Les Piche aux Etats-Unis

26 mars 2019

Depuis 10 jours les Piche sont aux Etats-Unis où ils vont de contrastes en contrastes.

Première escale, Honolulu sur l’île d’Oahu dans l’archipel d’Hawaï. Contraste maximum avec la Nouvelle-Zélande. Cette dernière est l’exaltation de la nature dans ce qu’elle a de plus beau, Honolulu est son exact opposé. Elle porte tous les excès de la société de consommation et du bétonnage au profit du luxe et des populations qui s’en régalent. Nulle part au monde Rose et Raoul n’ont vu autant de méga zones commerciales proposant des produits hors de prix et les hôtels qui vont avec. L’un n’allant, semble-t-il, pas sans l’autre, les sans abri sont nombreux tant les loyers ont atteint ici des hauteurs stratosphériques. Concernées les populations de Maoris (polynésiens), d’asiatiques et de métis. Les blancs sont dans le béton.

Les Piche sont conscients que leur vision d’Hawaï se réduisant à Honolulu est extrêmement partielle. Il existe une nature préservée dans d’autres îles de l’archipel mais elles nécessitent du temps pour y aller et les découvrir.

De Hawaï à San Francisco, nouveau contraste. San Francisco est une ville plus culturelle et cool que marchande et tape à l’œil. Cependant, on y voit, là aussi de nombreux sans abri tout le monde ne pouvant payer des loyers d’environ 4300 Euros pour moins de 100 m2.

Rose et Raoul ont été chaleureusement accueillis par leurs amis qui leur ont offert une journée fabuleuse : une sortie à la voile dans la baie de San Francisco entre le Golden Gate Bridge et le Bay Bridge avec rencontres de baleines (rares en ce llieu), de dauphins et de lions de mer ! Tantôt sous spi, tantôt au près serré à la gîte avec un vent frais, sous un  soleil radieux. Une journée mémorable, terminée entre amis autour d’une table d’un excellent restaurant de la ville (merci Keith, Dao, Joe et Nori).

Après San Francisco, New York. Impossible de qualifier cette ville à nulle autre pareille qui réunit à elle seule tous les contrastes possibles. Tout le monde la connaît, même sans jamais y avoir été. Pourtant, la parcourir en tout sens, il y a tant à voir, laisse souvent bouche bée. Oui, ici, la forêt de béton des gratte-ciel que l’on parcours la tête en l’air (au sens propre) est souvent belle, voire très belle. Fascinante pour Raoul, fatiguante pour Rose.

En trois jours, Rose et Raoul ont vu un grand nombre de sites. Parmi eux, Ground Zero, un lieu mémoriel particulièrement réussi, sobre, ample, émouvant avec les noms de toutes les personnes ayant trouvé la mort à cet endroit.

Toutefois, Rose à noté la présence d’un vendeur ambulant ventant en grandes lettres la nature “halal” de ses produits. À deux pas de Ground Zero elle a trouvé le rapprochement hasardeux. “Honi soit qui mal y pense”, lui a soufflé Raoul.

Bizarreries néo-zélandaises

17 mars 2019

- C’est le premier quartier de lune, remarque Rose.

- Non, le dernier, répond Raoul. Regarde, si on ajoute une barre verticale au croissant de lune cela forme la lettre “d” de “dernier”

- Oui, mais ici on a la tête en bas.

- …?

- Mets la tête à l’envers, les cheveux vers le sol, comme si tu étais aux antipodes, c’est-à-dire en France. La barre ajoutée au croissant forme le “p” de “premier”.

- Exact, reconnaît Raoul.

Pour les Piche, la Nouvelle-Zélande est pleine de petites bizarreries comme celle-là et d’autres.

La température monte lorsqu’on va vers le nord, baisse vers le sud. À midi le soleil indique le nord, pas le sud. Tout ferme à 17 heures. Après, c’est ville-morte. Avec quelques rares exceptions, notamment dans les deux seules “vraies” villes du pays Wellington (la capitale) et Auckland. À Havelock, petite bourgade du sud, le boulanger affiche ainsi ses horaires : “ouverture 8 heures, jusqu’à ce qu’on ait tout vendu”. À Rotorua une boutique indique sur sa devanture : fermé dimanche, lundi, mardi, mercredi “ouverture flottante”.

Autre bizarrerie relevée par les Piche, le goût de la viande d’agneau. Quasi aucun ! Alors que des dizaines de millions d’agneaux paissent en liberté sur des prairies immenses. Mystère. En revanche, les moules à coquilles vertes grandes comme la main sont tellement délicieuses que les Piche s’en sont littéralement gavé.

Les musées et les lieux “historiques” sont innombrables. Le moindre hameau possède le sien : musée des ex-mineurs d’or, des Hollandais, de la bière, des bûcherons, des engins agricoles, etc. Ce qui fait dire à Raoul que moins les pays ont d’histoire, ou si peu, plus ils éprouvent le besoin d’en affirmer une. Pas étonnant que les meilleurs musées soient ceux consacrés à l’histoire et à la culture Maori qui existent, elles, depuis de nombreux siècles. Cela ne procure pas pour autant une place privilégiée aux Maoris dans la société néo-zélandaise, pour employer une litote…

Après avoir parcouru 5000 km, les Piche ont acquis une conviction, la beauté de la Nouvelle-Zélande c’est l’île du sud, peu peuplée mais offrant un spectacle de la nature hors du commun. Bon, en disant cela, ils crachent un peu dans la soupe car ces derniers jours ils ont vu, au nord, une région avec de multiples manifestations volaniques tels que des mares bouillonnantes aux eaux acides de la plus infernale chimie naturelle aux couleurs vert fluo, vert pomme, rouge, blanche, grise perdues au milieu de vapeurs soufrées, d’effondrement de cratères, de failles et d’accidents de terrain qui révèlent toute la force du magma gargouillant sous nos pieds. Toujours au nord, les Piche ont aussi vu des gorges si étroites qu’elles propulsent un torrent d’eau bleu-vert au débit incroyable de 11000 m3 à la minute (une piscine olympique remplie en 11secondes).

Enfin, est-ce à classer au rang des bizarreries, les gens sont chaleureux, souriants, serviables. À l’image de cette employée de la ligne de ferry Bluebridge qui consacre du temps à renseigner les Piche sur la compagnie concurrente, la sienne ne pouvant répondre à leur attente.

L’épopée néo-zélandaise se termine, non sans un changement au score.

Sur le parking du dernier supermarché fréquenté par les Piche, Rose après avoir vidé son caddie ne lui prête plus attention et celui-ci dévalle gentiment la pente au risque  de percuter ce qu’il trouvera sur son chemin. Un homme crie pour alerter Rose qui se précipite et reprend le contrôle.

Raoul, goguenard, lui lance “30/15″.

L’idiot.

Deux jours plus tard, dans la parc Cornwall d’Auckland, sur une petite allée, Raoul effectue une marche arrière malencontreuse et emboutit une voiture venue se placer derrière lui.

Rose, éclate de rire et hilare, lui lance “30/30″

Pourquoi pas eux ?

14 mars 2019

Quel marin occidental à découvert la Nouvelle-Zélande ? Si vous répondez “James Cook”, vous avez gagné… le droit de vous replonger dans vos livres d’histoire. Cook a bien colonisé ces îles et ses habitants Maoris mais celui qui a touché ces côtes, 150 ans avant lui, est un Hollandais du nom d’Abel Tasman.

Parce qu’ils sont tombés en panne au milieu de nulle part, les Piche ont été contraints à une escale imprévue dans la petite ville de Foxton. En son centre trône un moulin à vent furieusement hollandais ainsi qu’un musée de l’immigration hollandaise car Foxton est de peuplement hollandais tant la région ressemble à leur pays d’origine. Bien sûr, ce n’est pas une immigration qui remonte au temps d’Abel Tasman, cependant le musée fait la part belle à ce génial navigateur. Il le mérite, ses navigations étaient fabuleusement audacieuses. Celles des Maoris, d’origine polynésienne, arrivés en Nouvelle-Zélande 800 ans (!) avant Tasman, l’étaient sans doute plus encore si l’on considère leurs moyens de navigation respectifs. Ces derniers ont parcouru des milliers de km en plein océan sans savoir où ils allaient. Tasman, lui, en a parcouru des dizaines de milliers dans la même ignorance mais avec la folle envie de “découvrir”. Au vu de ces exploits maritimes, Raoul, toujours intrigué par les Aborigènes d’Australie s’interroge :

- Les Aborigènes sont sur le continent australien depuis plusieurs dizaines de milliers d’années, ils se trouvent à peine à 2500 km des îles de Nouvelle-Zélande et ils n’ont jamais franchi le pas. Pourquoi ? Ils ne sont pas curieux ?

- Tous les peuples ne sont pas marins. Les Aborigènes ont appris à vivre dans le total dénuement désertique de l’outback australien, c’est déjà pas mal, lui répond Rose. Pourquoi attendre d’eux qu’ils sachent manier la pagaie ou inventer les voiles ?

- La citation d’Aristote pour qui “Il y a les vivants, les morts et ceux qui vont sur la mer”, leur va comme un gant, conclut Raoul. Les Aborigènes sont des morts-vivants. Tout de même 2500 kilomètres…

Gloires et misères de la mécanique

9 mars 2019

Est-ce parce qu’ils achètent toujours des voitures dépassées que les Piche aiment visiter les musées automobiles ? Peut-être, mais cette fois-ci ils ne pensaient pas que ce penchant allait trouver une prolongation pour le moins inopportune.

A vrai dire, ils n’attendaient pas non plus grand chose du Southward Car Museum de Paraparaumu, Nouvelle Zélande. Après les excellents musées de Milan et de Malaga qu’est-ce que celui de Paraparaumu pouvait leur apporter ? Eh ! Bien, beaucoup. La surprise est totale. Cette collection privée de plus de 500 véhicules contient de véritables perles. Parmi elles : une voiture électrique américaine de 1918, bourrée de batteries au plomb sous le capot moteur et dans le coffre arrière ; une voiture à vapeur de 1920 qui nécessitait 20 minutes de chauffage avant de démarrer, fâcheux à l’époque où l’on venait d’inventer le démarreur électrique pour les moteurs à explosion ; l’incroyable Cadillac 16 cylindres de Marlène Dietrich, un véritable paquebot construit en 1934 capable de rouler à 160 km/h ; une Mercédès de 1913 dotée d’un invraisemblable moteur de 24 litres de cylindrée (une voiture haut de gamme d’aujourd’hui fait 2,5 litres) et d’une puissance de 1000 cv (140 cv à 200 cv les hauts de gamme actuels) ; la Tatra tchèque, modèle copié par les Allemands pour créer la WV coccinelle (ils ont dû indemniser Tatra après la guerre). Peu nombreuses, les voitures françaises sont représentées par 3 modèles historiques, tous Citroën, la traction avant, la 2cv et la DS. Bon choix.

Après cette visite, les Piche reprennent leur route vers le nord discutant de la grande créativité des constructeurs du XXème siècle, lorsque soudain leur Toyota Hiace tout juste du début du XXIème sonne l’alarme ! Tous les voyants du tableau de bord s’allument à la fois. Raoul s’arrête. Tout semble normal sauf ces alertes. Les Piche appellent à l’aide par téléphone. Un mécanicien les rejoint dans la demi-heure. Diagnostic, l’alternateur est hors service. Mais c’est le week-end. Il faut attendre lundi pour savoir comment résoudre le problème. Rose et Raoul gagnent un camping proche où ils attendent lundi en vous racontant des histoires.

PS Si vous voulez faire plaisir à Rose, offrez-lui la voiture de ses rêves, découverte à Paraparaumu, un cabriolet Mac Laren de 2016 capable de la propulser de 0 à 100 km/h en 3 secondes. Elle aime ça.

Rose orpailleuse

7 mars 2019

Rose plonge délicatement dans l’eau sa batée qui contient du gravier de la rivière. La ressort, vide l’eau, élimine du gravier puis replonge la batée et recommence l’opération plusieurs fois jusqu’à ce qu’il ne reste que quelques grains de sable et… plusieurs paillettes d’or qui brillent au soleil ! Génial !

Au même endroit, Greymouth, il y a 200 ans, ils étaient des centaines à faire le même travail. Ils ont concassé des millions de tonnes de roche, creusé d’invraisemblables tunnels que les Piche ont parcourus puis séparé l’or et la pierre pour gagner chichement leur vie. Le seul qui ait découvert une méga pépite, 2,5 kg dénommée Victoria, n’en a jamais profité. Il l’avait cachée pour ne pas se la faire voler mais, tombé malade, transporté à la ville la plus proche (c’est-à-dire pas proche du tout) il y est décédé abandonnant sa richesse à d’autres. Rose, elle, ramènera son or à sa maison et jouira pleinement de sa contemplation.

Elle ramènera aussi son appareil photo qu’elle a, un temps, oublié au centre d’information d’un site remarquable (les Pancakes) puis récupéré mais qui lui a valu une remarque de Raoul qui a manqué là une occasion de se taire.

Dialogue :

Raoul

- Quand même fais attention. il y a des trucs à ne pas oublier !

Rose

- Tu as raison. C’est vrai que tu en connais un rayon sur les trucs à ne pas oublier. Comme le frein à main sur le parking du supermarché de Te Anau. Tu te souviens ? Tu te demandais qui avait déplacé le camping-car. Personne. Simplement, tu n’avais pas mis le frein à main ! Alors il a reculé tout seul de plusieurs mètres parce que cétait en pente. Une chance qu’il n’ait écrasé personne ni embouti une voiture. Oui, vraiment, il y a des trucs à ne pas oublier.

- C’était une pente très douce, tente piteusement de minimiser Raoul.

- Et moi, un oubli très bref.

15-15 ?

Un recul spectaculaire

5 mars 2019

Parfois le plus spectaculaire est ce qui ne se voit pas. Les Piche en font l’expérience sur le site du glacier Franz Joseph qui descend du mont Tasman.

Le glacier est là avec son chaos de glace bleu-vert mais il n’est plus tout à fait là où il était l’année dernière et encore moins les années précédentes. Des panneaux plantés de place en place indiquent, photos à l’appuie, “le glacier arrivait là en 1930″ puis plus loin “… en 1950″, “… en 1960″, “… en 2009″. Le recul se chiffre en km à la base et en centaines de mètres en hauteur soit un volume considérable ou apparaissent désormais des roches à nu.

Jamais les Piche n’avaient vu aussi concrètement et de façon si spectaculaire les effets du réchauffement climatique. Impressionnant.

Au glacier Fox, pas loin de là, les conséquences sont encore plus concrètes : des éboulement dus au retrait du glacier ont provoqué un changement du lit du torrent de fonte qui a détruit les chemins d’accès au dit glacier.

Afin de réduire cette catastrophe, des panneaux pédagogiques suggèrent aux passants des gestes du quotidien destinés à réduire les émissions de CO2. Lisant ce texte, Rose remarque :

- C’est bien tout ça mais pourquoi ils ne mentionnent pas la noria d’hélicoptères qui passent et repassent au-dessus de nos têtes pour montrer aux touristes le glacier “vu du ciel”? Cela en fait un paquet de CO2 que l’on pourrait éviter. Et le bruit aussi dans un site pareil !

- “Monétiser” vous dis-je, “monétiser” et tant pis pour les contradictions, répond Raoul.

Après le glacier, les Piche ont, une fois de plus, fait une marche à travers une forêt. Les forêts humides de Nouvelle Zélande sont parmi les plus extraordinaires qu’il soit. D’une densité et d’une variété de végétation qui les rendraient impénétrables si de bonnes âmes n’y avaient taillé des sentiers (ailleurs des routes, du coup magnifiques). Les troncs sont couverts de mousse, des lichens pendent des branches, des arbres fougères sont partout et même les rochers qui émergent sont moussus. Tout est vert, vert, vert et lorsque les rayons du soleil pénètrent ce paradis vert, les visions sont splendides et… gratuites. Au moins là, le CO2 recule au lieu de progresser.

Monétiser le tourisme

28 février 2019

Les journéess se succèdent dans l’île du sud pour les Piche et avec elles les paysages forts : lacs, rivières, torrents, sommets, forêts, chutes d’eau et même des plaines avec des millions de moutons (les Piche les ont comptés et ils s’endorment rapidement pour de longues nuits…). Le dernier panorama visité par Rose et Raoul à été le fjord de Milford Sound un bras de mer qui pénètre profondément au milieu de hautes montagnes.

Avec une telle nature pas étonnant que les touristes affluent. En fait, il semble que toute l’Europe se soit donnée rendez-vous ici et une bonne partie de la Chine aussi. Des Européens de toutes nationalités avec une prédominance d’Allemands et de Français. Principalement des jeunes de moins de  30 ans et quelques papys de plus de 60. La densité de camping car au km2 est hallucinante. Des engins de petites tailles genre combi VW (en réalité des Hiace Toyota) pour les jeunes et des “vrais”  camping car pour les retraités. Les vacances des Néo-Zélandais étant terminées, ils sont rares à “tourister”.

L’activité reine est la randonnée. Elles sont innombrables et pour tous les goûts, du flemmard à MC Guiver, de 2, 3, 4 ou 6 heures à 2, 3, 6, ou 10 jours ! Pour l’instant, les Piche limitent leur effort à 4 heures car à chaque fois ils ont affaire à des sentiers exclusivement en montée raide. Pénible. Mais au bout du chemin les vues super panoramiques sont garanties.

- Ne photographiez pas sinon le monde entier va envahir notre paradis, lance un campeur Néo-Zélandais à Raoul en train de mitrailler une rivière photogénique sur une aire de camping non-aménagée.

- Il me semble que c’est trop tard, non ? Lui répond Raoul.

Un éclat de rire lui vient en retour comme une forme d’approbation.

Rose et Raoul s’interrogent : pourquoi tant de touristes européens alors que leur continent est le plus éloigné qu’il soit de ce pays ?

- Parce que la nature est exceptionnelle et aussi parce que voyager ici est facile, sûr, sans risques, suggère Rose. D’ailleurs, j’ai remarqué qu’il y a beaucoup de jeunes femmes parmi ces adeptes du camping car.

- C’est tellement sans risque que les Néo-Zélandais n’ont de cesse que de proposer des activités à fort taux d’adrénaline ! Saut à l’élastique, chute libre, speed boat frôlant les rochers dans une gorge étroite, jusqu’à un “bateau-requin” à réaction avec trois passagers effrayés à souhait qui plonge sous la surface du lac Wakatipu à Queenstown pour jaillir ensuite à la verticale hors de l’eau etc.

- Ben oui, les sentiers de randonnées, c’est bien mais ça ne rapporte rien. Il faut bien “monétiser” le tourisme, conclue Raoul pragmatique.

Balades néozélandaises

22 février 2019

La route longe les eaux profondément turquoises du lac Pukaki sur des dizaines de kilomètres. À l’horizon, une dentelle de sommets acérés couverts de neige. Entre eux et le lac, des collines et une plaine ocre avec ici et là des tâches vertes de végétation, le tout couronné par une bataille de nuages blancs et de trouées de ciel bleu.

Le joyau promis aux Piche est là, qui s’offre à leur regard.

La route les conduit vers ce qui doit être le couronnement de ce spectacle : une randonnée dans une vallée glacière débouchant au pied du mont Cook et de ses 3700 m d’altitude.

Plus Rose et Raoul s’approchent du départ de leur randonnée plus le ciel s’uniformise de gris.

Une fois équipés avec chaussures de marche, polaires, eau, biscuits, parapluies ils s’engagent sur le sentier. Après 500 mètres, la bruine arrive, elle cesse pour laisser place à de violentes bourrasques de vent, après ce sera la pluie, puis la pluie et le vent, puis à nouveau la bruine, puis, puis une météo conforme au dicton néo zélandais selon lequel dans ce pays “on peut avoir trois saisons en une heure de temps”.

Les Piche enjambent deux ponts suspendus pour franchir des torrents puissants avec l’espoir, au détour de la vallée, d’apercevoir le fameux mont Cook. En fait, courbés sous les intempéries qui redoublent et après une heure et demi de marche, ils n’apercevront qu’une énorme masse de nuages bas et de pluie qui les convaincront de battre en retraite ! Raté.

Une heure plus tard, Rose et Raoul se retrouvent sous le soleil à suivre à nouveau les eaux turquoises de lac Pukaki sur le chemin du retour.

Deux jours plus tard ils sont vengés. Cette fois-ci ce sont les rives du lac Wakatipu qu’ils suivent au départ de Queenstown sur une route encore plus spectaculaire ! Le ciel dégagé laisse apparaître au loin des sommets enneigés. À l’extrémité du lac une randonnée les attend. Ce sera sous le soleil avec quelques rafales de vent (tout de même…). Une montée continue pendant une heure et demi pour atteindre une ancienne mine et découvrir une magnifique point de vue sur le lac et les cimes blanches des montagnes alentours.

- Ça me fait penser aux lacs italiens en plus grandiose, remarque Rose.

- Sans les palais, ni les hôtels et les résidences de luxe, souligne Raoul.

- En Europe tout cela s’est construit au fil des siècles. Les occupants néozélandais sont ici depuis moins de 200 ans. Une chance. Ainsi, la nature est préservée, observe Rose.

- Heureusement, ils ont eu le temps de construire des routes ce qui nous permet de nous rendre dans ces lieux si difficiles d’accès, reconnaît Raoul.

Vitesse maxi autorisée 100 km/h

16 février 2019

La Nouvelle Zélande ce sont deux îles. Une au nord avec la capitale Auckland à la latitude de Sydney, l’autre au sud à la latitude de la Tasmanie. L’île du sud passe pour la plus remarquable. Pour l’instant les Piche ont traversé l’île du nord  qu’ils viennent          juste de quitter.

Ils ont parcouru pas mal de kilomètres sur des routes étroites, sans séparateur central et une vitesse maxi autorisée de 100 km/h. Même lorsque les routes sont tellement sinueuses qu’un champion ne dépasserait pas les 50 km/h, les panneaux indiquent 100 km/h ! Non sans humour, ici, un panneau précise “100 km/h n’est pas la cible ! Conduisez raisonnablement. ”

Lîle du nord apparaît aux Piche comme un pays de beaux paysages, fortement vallonnés, très variés avec de nombreux moutons (habillés et déshabillés), bœuf, vaches.

Cinq étapes ont marqué ce début de voyage néo-zélandais : les exceptionnels jardins de Hamilton qui réhabilitent une décharge de la ville; une grotte tapissée de milliers de vers luisants de la taille d’une Led (ça fait faux mais c’est vrai !); une ballade dans un forêt luxuriante sur les flancs du mont Taranaki, un volcan de 2518 m posé en bord de mer; la jolie ville de Wellington et son musée Te Papa qui passe pour le plus remarquable du pays, où les Piche se sont régalés; enfin Kaikoura, célèbre pour ses langoustes. Raoul qui ne cesse de vouloir retrouver le goût des langoustes pêchées en Corse avec son frère et sa belle sœur dans leur jeunesse (sa madeleine de Proust, pas la belle sœur, la langouste…) s’y est essayé. Verdict : meilleures que les langoustes des Caraïbes, meilleures que les homards de Cuba, très supérieures aux homards du Maine (pas difficile, les Américains massacrent tous les produits de la mer) mais encore loin de la langouste Corse !

- Le prochain voyage ce sera aux Kerguelen, suggère Rose. Je suis sûre qu’elles y sont parfaites.

- Nous n’avons jamais été si près des îles Kerguelen, répond Raoul. Chiche ?

- … (silence éloquent de Rose qui n’est pas chiche du tout)

Les Piche en Nouvelle Zélande c’est parti

11 février 2019

Comme prévu les Piche ont quitté Bali ruinés en partageant à l’aéroport de Denpasar un malheureux sandwich à 99 000 rp, leurs dernières roupies.

Leur bref séjour balinais les a laissés perplexes. Ils y ont vu des temples, des maisons, des musées magnifiques, des cultures de riz en terrasses photogéniques, ils ont marché au milieu d’une forêt tropicale dense longeant un fleuve. Ils ont assisté à un spectacle de danses balinaises traditionnelles dans lesquelles les gestes et les postures des danseuses sont tous cassés, déhanchés, tordus. Tout l’inverse de la danse classique occidentale !

Mais leur impression la plus forte tient à l’hyper pression touristique du lieu où ils résidaient, Ubud. Un village réputé être plus épargné par le tourisme que la grande ville du bord de mer, Kuta. En fait, Ubud n’est qu’une succession de restaurants, boutiques, hôtels envahis de touristes alors que c’est la basse saison ! Comme la densité de population est élevée les rues et les routes sont encombrées par des milliers de petites motos et de voitures, moins nombreuses. Bref, que ce soit sur les trottoirs ou sur les rues ça grouille. De l’aéroport à Ubud, 40 km, l’urbanisation est continue avec l’essentiel de l’activité tournée vers la tourisme. Hallucinant.

Après Bali escale en Australie pour Rose et Raoul. Non pour visiter le pays, ils ont parcouru l’Australie il y a 9 ans pendant deux mois et demi, mais pour passer quelques jours avec leurs amis australiens Biddy et Jean-Pierre.

Le premier soir se passe au restaurant. À la table voisine, une jeune femme consulte la carte et interroge le maître de rang :

- Je suis vegan. Qu’est-ce que je peux prendre ?

- Un taxi, madame, un taxi. Lui répond le restaurateur en la fixant dans les yeux.

Rires sous cape à la table des Piche. En effet, dans sa vie active, leur ami Jean-Pierre achetait pas moins de 5 à 10 tonnes de viande par mois pour nourrir l’université de Canberra ! En 25 ans ce sont des milliers de tonnes de steaks qui sont passés par lui, alors la mode vegan…

Reçus comme des princes, coocoonés par leurs amis australiens, Rose et Raoul ont fini par les quitter, à regret, pour rejoindre Auckland et attaquer le “gras” de leur voyage : 40 jours à parcourir les îles nord et sud du pays kiwi.

Ils ont pris possession, non sans mal, d’un petit camping car et les voici maintenant à pied d’œuvre !

A suivre…

Les Piche sont millionnaires !

4 février 2019

Les Piche sont millionnaires ! Cela leur procure une curieuse impression. Comme les nouveaux riches, ils laissent facilement 10 fois le prix de leurs emplettes sur le comptoir et ne doivent qu’à l’honnêteté des commerçants de ne pas être dépouillés.

Leurs moyens leur ont permis de prendre pension dans une résidence où ils disposent d’un pavillon individuel, avec patio et forces sculptures pour 250 000 rp par jour. Une misère depuis qu’ils ont reçu pas moins de 1 300 000 rp en échange de 80€ à leur arrivée à Bali. Millionnaires en roupies indonésiennes, sans doute, mais millionnaires tout de même !
Cependant, ils appréhendent le jour de leur départ qui risque de les faire sortir de ce club très sélect.
Quant aux Balinais, les Piche les trouvent à la hauteur de leur réputation, souriants, aimables, gais
- Peut-être parce qu’ils sont tous multi-millionnaires, risque Rose.
- Voilà une idée à verser au “grand débat” qui sévit en France, lui répond Raoul : quitter l’euro et s’aligner sur la roupie indonésienne. Le smic bondirait à près de 30 millions par mois de quoi donner le sourire à tous les Français, non ?

Tout ne se passe pas toujours comme prévu

31 janvier 2019

Tout ne se passe pas toujours comme prévu. Une tempête de neige sur Moscou, où ils ont fait une escale prolongée, et hop ! ratée la visite des Piche à l’immense marché de Bangkok. Ce sera donc le marché des amulettes.

- Nous sommes dimanche, tu crois que ce sera ouvert, interroge Raoul ?

- Les Thaïs ne font pas les 35 heures, ils travaillent tous les jours, lui répond Rose.

Perdu, pas un chat aux amulettes. Le jour suivant, direction le centre des arts et de la culture. Fermé également.

- Bien sûr, nous sommes lundi ! S’exclame Rose qui commence à intégrer la normalité des horaires thaïs.

Le lendemain mardi, va pour le musée national, un des plus intéressant du pays : fermé les lundi, mardi  et jours feriés !

- On s’éloigne de plus en plus des 35 heures ironise Raoul.

Bon. Pourquoi ne pas visiter une nouvelle fois le palais royal et le temple What Phra Kaeo deux joyaux de Bangkok réunis dans la même enceinte. Epaules nues, Rose rate l’examen de passage à l’entrée et se voit sommée d’acheter une chemisette au tarif touristique. Elle tente le repêchage en jetant un châle sur ses épaules indignes. Refusée. Tandis qu’elle négocie, Raoul contemple, effaré, les groupes de touristes chinois qui rentrent par milliers et il n’a qu’une envie, ne pas les suivre !

Rose refusant le racket, les Piche décident de se rabattre sur le marché aux fleurs. 20 roses pour moins d’un euro, des orchidées au poids pour une misère qui font la misère de leurs vendeurs.

Changement de quartier, changement de décor. Au troisième niveau de l’immense centre commercial Siam Paragon, entre un Apple center et une boutique Samsung, les Piche se voient proposer des Bentley, Ferrari et autres Maserati, présentées comme de vulgaires objets de consommation.

Rose et Raoul se demandent si la Thaïlande ne connaîtrait pas un petit problème d’inégalités…


Le tour du monde des Piche, c’est parti !

28 janvier 2019

Bangkok, Bali, Sydney, Nouvelle Zélande, Hawaï, San-Francisco, New-York, Paris, les Piche entament leur migration annuelle. La plus longue en si peu de temps (2 mois).

- Migration, migration comme tu y vas lance Rose à Raoul. Tu en connais beaucoup des migrants qui prennent successivement dix avions pour effectuer le tour de la planète et finalement revenir chez eux ?

- Je parle de migration pas de migrants

- Et le bilan carbone de cette petite balade, tu y as pensé ? 30 tonnes de CO2 au bas mot. Bravo !

- Si nous ne prenions pas ces avions ils partiraient quand même. Le bilan CO2 serait le même.

- Oh ! La mauvaise foi !

- Et puis en matière de bilan carbone, j’ai du crédit. L’industrie de l’habillement participe pour 25% aux émissions de carbone devant la totalité des moyens de transport utilisés dans le monde : avions, autos et bateaux confondus.

- Alors ?

- Eh ! Bien ouvre ma penderie et regarde ma garde-robe. Si tout le monde avait la même, l’industrie de l’habillement n’émettrait pas plus de CO2 qu’une centrale nucléaire.

- Provoc !

Attablés devant un délicieux mets thaïlandais (la cuisine thaï est la meilleur du monde, après la française naturellement) Rose et Raoul Piche débutent leur périple par Bangkok une ville qu’ils affectionnent, au climat doux et aux gens aimables. Bien plus que les PIche discutant d’écologie entre eux.

“Votre président ? Une horreur !”

9 avril 2017

A la plantation Ardoyne, à Schriver, les Piche sont forts bien accueillis par celle qui habite les lieux et appartient aux descendants de la famille ayant fait construire cette remarquable bâtisse de style « victorien gothique rural ». Raoul qui apprécie l’hôtesse et sa culture, l’imagine démocrate et il ose une question qui lui brûle les lèvres : « que pensez-vous de votre nouveau président ». Elle esquive, en retournant la question « et vous qu’en pensez-vous ? ». Raoul ne peut s’empêcher de réagir instantanément : « une horreur ! ». Il se rend compte aussitôt que son hôtesse n’est pas du tout de cet avis ! Ce qui se confirme lorsqu’elle lâche cette phrase confondante « vous savez, ici il y a beaucoup de gens qui ne travaillent pas parce qu’ils préfèrent faire des enfants pour toucher les aides de l’Etat ». « Quel idiot je suis », se dit Raoul qui se rappelle soudain que parmi les portraits de famille qui viennent de lui être montrés lors de la visite, figure celui du général Lee, le commandant en chef des sudistes esclavagistes. Bon sang ne saurait mentir.

Innocemment, bien entendu, Rose complète l’échange par la question qui tue : « Et vous, combien avez-vous d’enfants ? ». Elle en a trois mais gagne dignement sa vie en faisant visiter une propriété de plusieurs millions de dollars, sans aide de l’Etat…

Raoul se trompe de route, une vraie chance !

6 avril 2017

Parce qu’ils se sont trompés de route, les Piche et leur amies Giselle et Chantal ont fait la rencontre la plus improbable de leur périple en Louisiane.

Il faut savoir que Giselle a reçu pour mission de la part de son petit-fils de lui ramener une plaque d’immatriculation de voiture louisianaise. Impossible d’en trouver. Pire, dans une casse automobile on a appris que cela était infaisable car lorsqu’un véhicule est retiré de la circulation, la plaque doit être rendue aux autorités.

Arrêt des recherches donc. Jusqu’au jour où, Raoul, qui vient de s’engager par erreur sur une petite route, tombe en arrêt face à un hangar rempli d’un fatras d’objets anciens, plutôt techniques. Il se gare, va voir, et très vite il remarque trois plaques d’immatriculation de Louisiane posées là, comme abandonnées, sur la couche supérieure de l’amas qui est devant lui.

Il appelle. Personne. Un homme âgé tond la pelouse de l’église voisine, juché sur un tracteur antédiluvien. Raoul lui fait signe. L’homme immobilise sa machine, en descend lentement, contourne paisiblement l’engin puis farfouille dans le moteur pour l’arrêter et finit par se tourner vers Raoul qui explique leur recherche.

L’homme qui a compris la requête se met alors à parler d’un flot de paroles continu, rythmé, clair, impossible à interrompre. Il parlera ainsi durant près d’une heure ! Racontant sa vie de collectionneur, sa vie tout court et sa rencontre avec un autre collectionneur d’un genre un peu spécial. Ce dernier avait accumulé des dizaines de milliers de plaques d’immatriculation qu’il lui a cédées pour une bouchée de pain. L’homme qui fait face à Raoul et Giselle, il s’appelle Ronald, a poursuivi et enrichi cette collection.

Les deux voyageurs font face au plus grand collectionneur de plaques d’immatriculation des Etats-Unis !

Elles sont toutes là, dans une grange derrière le hangar. Ronald, les y conduit et pour cela ils traversent deux autres grands hangars dont le contenu est à couper le souffle. Une véritable caverne d’Alibaba. Ronald collectionne bien plus que les plaques d’immatriculation ! Ce sont des milliers d’objets techniques du début du siècle passé jusqu’aux années 60 qui sont accumulés là : pompes à essence avec tubes de verre, cabine téléphoniques en bois, juke box, machines à sous mécaniques, distributeurs de Coca Cola, calculatrices de caisse, premiers moteurs hors-bord, disques vinyle par milliers, panneaux publicitaires, balances, maquettes d’avions etc. etc.

Alors que Raoul contemple un amas d’objets (tous ne sont pas aussi gros que ceux de la liste précédente), Chantal attire son attention.

- Tu as vu ce qu’il y a sous ce que tu regardes ?

- Non.

- Oh ! Oui. Une voiture !

Une Buick des années 50 disparaît sous la montagne d’objets posés sur elle !

Ronald ne vend rien. Ce n’est pas un brocanteur, il ferait fortune, c’est un collectionneur.

- J’ai 76 ans, ma pension de facteur me suffit pour vivre.

Les Piche ébahis continuent leurs découvertes tout en écoutant Ronald raconter sa vie. S’il ne vend pas, en revanche il loue des objets rares, en très bon état, à des équipes de production de films. Il en récupère aussi auprès d’elles, telles ces gigantesques oriflammes nazis qui pendent des poutres supérieures de la grange jusqu’au sol.

A plusieurs reprises Raoul tente de revenir aux plaques aperçues sous le hangar d’entrée. Ronald est-il prêt à les céder ? Celui-ci esquive sans cesse. Le petit groupe finit par se diriger petit à petit vers l’extérieur. Las, là, les attendent deux superbes pick-up Chevrolet des années 50 en parfait état de marche. La preuve, Ronald met le contact, tout en parlant, et l’engin revit dans le ronflement puissant de ses huit cylindres.

- Nous devons y aller, déclare Raoul pour mettre fin à cette visite, certes extraordinaire, mais qui est en voie d’occuper leur journée.

Pas à pas, le groupe opère un retrait stratégique en s’acheminant progressivement vers leur voiture à proximité des trois plaques d’immatriculation aperçues à leur arrivée. Giselle s’en saisi et fait une ultime tentative. En réponse, Ronald raconte l’histoire de ces plaques ! Il connaît par cœur chacun des milliers d’objets qu’il a entassés au fil des ans. Et puis, finalement …

- Tenez prenez les.

- Combien nous vous devons ?

- Rien. Rien du tout. J’ai été très heureux de votre visite.

Les Piche, Giselle et Chantal réalisent que, pendant une heure, ils ont rompu la solitude de cet homme. Une solitude qui lui pèse tant depuis que sa femme est décédée deux ans auparavant. Elle qu’il n’a cessé d’évoquer lors de son long monologue.

Et tout cela parce que Raoul s’est trompé de route.

Rencontre avec les alligators

5 avril 2017

- J’ va vous ramasser à steure sur la berge (« je vais vous prendre sur la berge tout de suite »), lance Norbert Leblanc aux Piche et à leurs deux amies en bordure du lac Martin au sud de Breaux Bridge en Louisiane.

Yeux bleu acier, barbe blanche, sec comme un cyprès des marais, dent de caïman autour du cou, Norbert Leblanc était un chasseur avant de guider les touristes dans les bayous avec son parler cajun imagé, à l’accent coloré mais parfaitement compréhensible.

- N’oubliez pas vos garde soleil (chapeaux). Aujourd’hui ça va pas mouiller (il ne va pas pleuvoir) et protégez-vous des maringouins (des moustiques).

La barque dans laquelle les Piche ont pris place quitte la berge et s’enfonce lentement dans les sous-bois du bayou. Le paysage n’est pas celui d’une mangrove. Il est plus aéré. Les arbres, essentiellement des cyprès des marais, sont le plus souvent séparés de plusieurs mètres les uns des autres. Leurs branches pleurent des touffes de « mousse espagnole » qui, aux siècles passés, servaient à rembourrer les sièges et les matelas. A une faible distance de chaque arbre, des racines en forme d’excroissances arrondies, s’élancent à quelques dizaines de centimètres au-dessus de la surface. On les appelle des genoux. Le lac est couvert de lentilles d’eau qui lui procure une belle couleur verte. Beaucoup de branches mortes de bonne section émergent ici et là.

La barque progresse paisiblement. Chacun à bord scrute le paysage dans l’espoir d’apercevoir un alligator.

- Là ! Sur la droite !

Une de ces bêtes à l’allure préhistorique repose immobile sur une branche morte. Il est mitraillé de photos par les passagers de l’embarcation. C’est leur premier alligator !

- Oh ! Là-bas, des tortues !

- Là, un héron gris !

- Et là, une armés de cormorans à la cime des arbres !

- Une spatule rose  !

- Une aigrette !

- Regardez, un alligator avec ses petits !

Là, là, là…

Progressivement, le bayou se révèle une spectaculaire réserve d’animaux aussi variés qu’inhabituels.

De temps à autres le moteur hors-bord cogne une branche posée sur le fond qui n’est qu’à une trentaine de centimètres ou l’hélice se fait étrangler par un amas de végétaux. Ce qui n’émeut pas Norbert, un petit coup de marche arrière et hop, c’est reparti.

Norbert répond à toutes les questions mélangeant humour et vérité :

- Que mangent les alligators ?

- De préférence des touristes. Et, lorsqu’ils n’en n’ont pas, n’importe quoi.

- Même des bébés alligators ?

- Oui

Il marque une halte sous les cyprès pour montrer aux Piche et à leurs amies les articles que la presse internationale lui a consacrée dans sa période de chasseur. Il fait également circuler des photos sur lesquelles on le voit avec sa plus grosse prise, un alligator d’environ 400 kg et de 3,5 m de long.

Il est seulement 11 heures du matin, Norbert extirpe de sous son siège une bouteille de « clair de lune », l’eau de vie qu’il distille lui-même.

- On me dit souvent que ce n’est pas l’heure pour les alcools forts. Pas avant 5h de l’après-midi, paraît-il.

Aussitôt, il sort une horloge avec les aiguilles correctement positionnées, mais chacune des douze heures du cadran porte le même chiffre, 5 !

- Comme ça, c’est toujours l’heure du « clair de lune »….

Après ce petit coup de remontant, la balade reprend et les alligators défilent à droite, à gauche, devant. Les Piche les croyaient rares, ils en verront plus d’une dizaine en deux heures de temps.

Et, ce n’est pas fini, ils en croiseront d’autres ailleurs, en voiture ou à pied. Jusqu’au jour où, sur l’île Avery, dans le remarquable Jungle Garden, Raoul manquera de marcher sur un bébé alligator. Plus, tard, une tortue échappera de peu aux roues de sa voiture, ce qui lui vaut une remarque acide de Rose.

- Avec toi, la protection animale atteint ses limites.

- Mais le tatou éventré au bord du Mississipi, à Natchez, et ceux qu’on aperçoit en bordure des routes ? Pas de commisération…

- Pourquoi tu me parles tout à coup des tatous ?

- Parce qu’en Argentine un tatou c’est un « Piche ». Je me sens solidaire.

Les Piche à Trumplandia

27 mars 2017

Intrigués, les Piche interpellent le troisième garçon qu’ils croisent portant une collection de colliers de pacotille de perles vertes, alors qu’ils se dirigent vers Bourbon street à la Nouvelle Orléans.

- Pourquoi “ça” ?

- Aujourd’hui, c’est la saint Patrick ! Répond, gaiement le jeune homme.

Parvenus dans la rue mythique du quartier français, les Piche font deux découvertes : les Irlandais fêtant la St Patrick et les maisons créoles. Les premiers mettent une ambiance chaude car fêter la St Patrick c’est boire beaucoup de bière, dès la matinée, et s’interpeler entre groupes portant tee-shirt verts, colliers de perles et drapeaux irlandais. L’un d’eux déclare à Rose et Raoul sa flamme pour la France, ajoutant :

- Nous n’avons pas besoin d’une reine ! Vous, vous avez su faire la révolution.

D’un geste éloquent à la base du cou, Raoul lui indique la marche à suivre concernant la tête de la reine. L’Irlandais est un peu refroidi.

- Quand même pas…

Quant aux maisons à un étage avec colonnes et balcons en fer forgé, elles sont splendides même si beaucoup ont été restaurées récemment.

La musique est omniprésente. Dans les cafés-bars à un niveau assourdissant, bien plus plaisamment dans la rue. Trompette, saxo, trombonne à coulisse, trombonne, accordéon, guitare, bandjo, batterie, clavier, chanteur… à chaque groupe son mélange d’instruments et pour tous une petite foule pour les admirer et les applaudir.

Le concert le plus original est celui du Natchez, le seul bateau à roue à aubes encore propulsé par des machines à vapeurs. Il dispose, sur son pont supérieur, d’un orgue à vapeur avec lequel un organiste joue des airs de musique… italienne, audibles à plus d’un mile à la ronde.

Grosse déception des Piche sur la route des plantations alors qu’ils viennent visiter la seule qui soit centrée sur l’histoire des esclaves. On leur demande quatre heures d’attente. Ils reprennent leur voiture pour aller voir ailleurs lorsqu’à la sortie du parking un automobiliste, qui lui entre, leur demande comment ils ont trouvé la visite. Raoul dit leur déception. L’homme se dévoile alors : “je suis le fondateur et le directeur de ce cette plantation-musée-mémorial, suivez-moi !”.

S’en suit une visite particulière, personnalisée et gratuite du site. Un lieu très émouvant. Tout est là. Le Mississipi à 200 mètres, les champs de cannes à sucre qui s’étendent jusqu’à plus de 15 km à partir du bord du fleuve, les maisons des esclaves et le mémorial des 35 assassinés parce qu’ils avaient tenté de porter la révolte à la Nouvelle Orléans.

Un peu plus loin, les Piche visitent la plantation Laura où une guide retrace, dans un français parfait, la vie d’une famille créole à travers le temps et l’histoire avec un grand H (notamment la guerre de sécession). Récit très intelligemment construit qui entre en résonnance avec les lieux.

Les Piche et leurs amies qui les ont rejoint à la Nouvelle Orléans, visitent ensuite plusieurs autres plantations toutes plus riches les unes que les autres ce qui leur rappelle les paroles du directeur de la première :

- La richesse des Etats-Unis vient, à l’origine, du travail des esclaves.

C’est ce que Karl Marx a appelé “l’accumulation primitive du capital”, résume Raoul plus politique que jamais au pays de la Trumpisation.

Que la montagne est belle

16 mars 2017

Il existe dans le monde quelques trains aux trajets spectaculaires. “El Chepe”, de son vrai nom “Chihuahua Pacifico” en fait partie. Il part du niveau de la mer sur la côte pacifique du Mexique pour rejoindre la ville de Chihuahua, 650 km plus loin, en franchissant un massif montagneux (la Sierra Madre Occidental) qui l’oblige à grimper à plus de 2400 mètres d’altitude. Pour se faire, il suit des fonds de vallées, franchit d’innombrables ponts et tunnels qui le conduisent en bordure d’un gigantesque canyon (Barrancas del Cobre) profond de 1800 m.

Autant dire qu’une fois passées les plaines culitivées, les zones des cactus géants et parvenu dans la montagne couverte de conifères, le spectacle devient grandiose et permanent. Comme les passagers peuvent s’installer à l’extérieur sur les plateformes entre les wagons, ils en profitent totalement.

Bref, El Chepe, le top ! Cela se paye tout de même d’un réveil très matinal, 4h30 du matin (!) un exploit difficile pour les Piche qui, la veille avaient effectué une traversée en ferry et s’étaient couchés à 23h. Il n’empêche, ils ont gardé les yeux écarquillés durant tout le trajet.

Pour jouir pleinement de cet étonnant massif montagneux, Rose et Raoul se sont installés pendant 3 jours dans un petit village aux allures alpines et aux nuits froides (13°C dans leur chambre, mais de grosses couvertures…). Ils sont descendus dans certains canyons par des routes tortueuses et ont cheminé à pied en bordure de leur fracture au sommet d’autres.

Dans cette région vit une population indigène, les Tarahumara, bien entendu de loin la plus pauvre, utilisée comme faire valoir culturel dans tout l’Etat du Chihuahua à travers ses savoirs-faire artisanaux, artistiques et ses coutumes. Autrefois, les Tarahumara étaient contraints au travail forcé dans les mines. Aujourd’hui, ils sont démunis mais libres !

Pour donner une idée de leur niveau de vie, beaucoup habitent dans des grottes, nombreuses dans cette montagne. Par relation, oui, oui, les Piche ont pu entrer dans l’une d’elles. Il y faisait bien plus chaud que dans leur chambre d’hôtel, sans doute grâce au feu de bois allumé en permanence. La grotte était grande, il y avait trois matelas doubles, un espace pour cuisiner et la vieille dame qui accueillait Rose et Raoul tressait un panier en se tenant face à l’entrée, seule partie éclairée par la lumière du jour. Le plafond noirci par des siècles de fumée donnait l’impression d’être… dans une grotte !

Des enfants jouaient à l’extérieur, une femme faisait la lessive, le ciel était bleu…

- Le bonheur, peut-être murmure Rose

- “J’ai cinq doigts moi aussi on peut se croire égaux”, ironise Raoul, appelant Nougaro à la rescousse.

Narcotrafiquants certainement, violeurs (?), mais voleurs certainement pas !

11 mars 2017

Les Piche ne sont pas toujours au bon endroit au bon moment. Ainsi, ils sont parvenus à Tepic un jour trop tard. La veille de leur arrivée dans cette ville, les “Forces fédérales” s’en sont pris à des “présumés en infraction avec la loi” (comprendre des narcotrafiquants) avec quelques moyens. Notamment un hélicoptère lourd  russe MI17 qui a mitraillé à tout va. Score 15 “présumés en infraction” passés de vie à trépas. Le chroniqueur du journal “La Jordana”, pas vraiment convaincu de la légalité de l’opération estime que les Forces armées ont surtout voulu montrer à Donald Trump, ayant déclaré “il faut abattre les narcotrafiquants”, que les Mexicains n’ont pas besoin de lui pour ça !

Deux jours plus tard, les Piche ont pu tester le penchant “voleur” dénoncé par le même Trump. Arrivé à la gare routière en taxi, Raoul troublé, on ne sait par quoi, oublie son sac à dos journalier sur le trottoir. Une broutille. Ce dernier contient appareil photo, téléphone, tablette, guides, cartes et une foultitude d’objets de peu de valeur mais fort utiles en voyage. Qu’arrive-t-il dans un pays de voleurs dans une telle situation ? Le sac disparaît immédiatement. Pas au Mexique ! 10 minutes après son oubli, alors qu’il ne l’a toujours  pas réalisé, Raoul s’entend interpeler, “Senor !”, et  voit le chauffeur de taxi lui tendre son sac ! Ému, Raoul ouvre son portefeuille pour une bonne “propina” et pense “décidément Trump se Trumpe sur toute la ligne”. L’extrême rigueur oblige à avouer que le même jour un couple de septuagénaires s’est fait trucider dans sa villa pour quelques milliers de pesos (quelques centaines d’euros au cours du jour de leur exécution). Plus assassins que voleurs ceux-là.

Au titre des convergences Etats-Unis Mexique, les Piche en relèvent trois.

La première est l’excellence de l’agencement des musées, de leurs contenus, de l’ergonomie et de la pédagogie des présentations. Même des villes qui ne sont pas majeures proposent des expositions remarquables, le plus souvent dans des lieux qui le sont tout autant.

La seconde tient à un trait de comportement que les Piche ont érigé en marqueur du degré de civilisation d’un pays : l’attitude des automobilistes vis à vis des piétons. En ville, au Mexique, les piétons bénéficient d’une attention et d’une priorité absolue de la part des conducteurs. À l’égal de ce qui se pratique en Californie.

Troisième point de convergence, la mal bouffe généralisée avec les problèmes de santé publique qui en résultent. Les Mexicains, lorsqu’ils ne sont pas chez eux, mangent n’importe quand, n’importe où, n’importe quoi pourvu qu’il y ait peu de légumes et pas de fruit. En bord de mer, par chance, on trouve de bons poissons, d’excellentes crevettes et même des langoustes acceptables. Cela ne constituant pas le quotidien des indigènes.

Enfin, les Piche ont noté une très étrange convergence migratoire entre les baleines et les Canadiens. En Basse Californie du sud, Rose et Raoul ont croisé de nombreux camping cars et aperçu au mouillage nombre voiliers, les uns et les autres originaires du Canada. Ceux avec lesquels les Piche ont parlé, expliquent qu’ils migrent pour échapper à la rigueur de l’hiver canadien. Ils retournent au pays le printemps venu comme de vulgaires baleines grises…

Toucher les baleines !

5 mars 2017

- Là !

Le souffle du cétacé se fait entendre avant que l’oeil de Raoul n’en cerne l’origine. Mais Rose a la vue aiguisée et désigne la longue forme grise qui dépasse à peine de la surface en soufflant à nouveau.

Bingo !

Les Piche tiennent leur première baleine. Elle évolue dans le chenal Puerto Lopez Mateo large de quelques centaines de mètres seulement et long de plusieurs dizaines de kilomètres.

Pas une once de hasard dans cette rencontre. Puerto Lopez Mateo, sur la côte Pacifique, en plein désert de la péninsule de basse Californie est l’un des endroits au monde où les baleines grises viennent se reproduire et mettre bas leurs “petits” baleineaux de près d’une tonne qu’elles nourrissent et accompagnent pendant plusiers mois. L’étroitesse du chenal fait qu’il est facile de les approcher sans avoir à parcourir des miles en mer.

Après cette première rencontre, suit une seconde, puis une troisième puis, puis, puis les baleines sont de plus en plus proches jusqu’à souffler devant l’étrave des Piche, en montrant leur dos gris, impressionnant de largeur.

Le plus souvent, ce ne sont pas une queue qui émerge mais deux, étroitement liées, celle de la mère et de son “bébé”.

Apercevant une barque immobile avec un baleineau collé tout contre, le capitaine de l’embarcation des Piche s’approche lentement. Complaisant, pas effrayé du tout, le baleineau se laisse caresser puis d’un mouvement ample et lent, il décide de s’éloigner en passant sous la barque des Piche à se frotter contre ! Dans sa manoeuvre, il nage à quelques centimètres de Rose qui n’ose pas le toucher.

Quelques minutes plus tard, la scène se répète avec un baleineau qui prolonge le contact avec les visiteurs, semblant y prendre du plaisir.

Il a raison d’en profiter car dans un mois fini de batifoler dans les eaux tièdes, calmes et sûres de basse Californie. Ce sera le retour vers les eaux froides au nord du Canada. Une “balade” de plus de 6000 km avant de revenir ici, l’an prochain, entre janvier et mars.

Si le spectacle l’enchante, Raoul n’en demeure pas moins d’une extrême perplexité : “comment, diable, ces baleines font-elles pour trouver sur des milliers de côte du Pacifique, l’entrée si étroite de ce chenal  Puerto Lopez Mateo ?”.

Non seulement, il n’a aucun début d’explication mais en plus cela lui rappelle un souvenir lointain, tout aussi extraordinaire : celui des énormes tortues luth (450 kg pièce) qu’avec Rose et leurs petits (les petits de Rose et de Raoul…) ils ont vu sortir de l’océan, ramper en soufflant avec peine jusqu’en haut de la plage des Hattes en Guyanne française, y creuser un trou profond, y pondre leurs oeufs dans une souffrance manifeste puis reboucher le trou et regagner l’océan ! Un océan qu’elles traversent depuis l’Afrique pour venir précisément pondre sur cette plage et pas sur une autre. Exploit qu’elles renouvellent tous les ans… comme les baleines plus au nord.

Le soir venu, les Piche reprennent leur voiture et se dirigent avec une précision diabolique vers leur hôtel à 300 km de Puerto Lopez Mateo en appuyant sur la touche “GO” de leur GPS. Non mais des fois…

Les Piche étrangers parmi les étrangers

24 février 2017

Parvenus à Mazatlan sur la côte pacifque du Mexique, les Piche réalisent qu’ils ont franchi une frontière invisible.

Sur la belle place du centre historique, ils ne croisent que des têtes chenues qui déambulent ou sont attablées aux terrasses des restaurants. Leur accoutrement, grande visière protège soleil pour les femmes , short aux genoux, nus pieds avec chaussettes blanches, chemisette et démarche texane, tout juste descendu de cheval pour les hommes font prendre conscience aux Piche qu’ils sont devenus encore plus étrangers parce qu’étrangers parmi des étrangers.

Mazatlan, port d’escale des bateaux de croisières venus des Etats-Unis reçoit des milliers de passagers chaque jour, exclusivement Etats-Uniens. Ils envahissent la ville.

Tout un groupe, sagement aligné devant l’arrrêt du bus touristique “hop on ! hop off !”, offre aux Piche un bel échantillon, ce qui permet à Rose et Raoul de se livrer avec délices au délit de faciès.

- Tu te rends compte ! Ce sont ces gens là qui dominent le monde ! Lance Rose, atterrée, dans une première salve, en détaillant ces petits blancs bizarres venus du nord.

Les Piche savent bien que ces moutons, alignés là, ne représentent pas tout les USA. Il n’empêche : lire chaque jour les exploits intellectuels de Donald Trump et retrouver ses groupies sur la côte pacifique du Mexique est un choc.

Seconde salve, lancée par Raoul qui ne veut pas être en reste :

- Et encore, eux, on les voit. Mais il y a ceux que l’on ne voit pas et qui influencent lourdement la vie dans ce pays. Regarde les chaînes câblées, uniquement des TV nord américaines, ou, si elles sont mexicaines que des niaiseries de même origine. Plus fort, en important leur mal bouffe, ils réussissent à sculpter les corps des Mexicains…

- Sculpter, sculpter comme tu y vas. La sculpture se fait par enlèvement de matière. Là, il s’agit plutôt d’ajout massif ! Rétorque Rose, toujours très réactive face à l’obésité généralisée.

- Le “soft power”, c’est ça précise doctement Raoul. En imposant un modèle culturel, on impose, en douceur, un mode de vie, un type de socièté et le système économique qui va avec. Redoutable.

- Aïe, aïe s’exclame soudain Rose lorsqu’un sino-américain soutenu par deux personnes s’écroule sur le banc à côté d’elle. “Tu marches trop vite, lui dit sa femme”. Les Piche nouent conversation. L’essoufflé a 86 ans et elle un peu moins. Ils sont de Los Angeles. Elle explique aux Piche qu’elle a travaillé jusqu’à 80 ans et qu’elle effectue là son premier voyage au Mexique. Une croisière d’une semaine. “Quelle est votre prochaine escale ?” “Je ne sais pas, je suis…”

A la vérité, à Mazatlan, il y a aussi des Mexicains : les mendiants le sont tous et même ce sont les plus Mexicains des Mexicains puisqu’ils sont en majorité Indiens. Du point de vue du marketing, ils s’adaptent et interpellent les “clients” en anglais. Pour eux, peut être un premier pas vers le rêve américain promu par Hollywood.

- En attendant, sentence Rose, au Mexique, pour certains, le “soft power” est plutôt “hard”.

Quatre vieilles, belles et riches….

16 février 2017

Elles sont quatre vieilles, belles, riches : Querétaro, San Miguel de Allende, Guanajuato et Zacatecas, quatre villes coloniales au nord de Mexico dans le pays des mines d’argent.

Après la tumultueuse Mexico, Querétaro paraît bien paisible avec ses nombreuses rues piétonnes, ses places ombragées, “emmusiquées” le soir venu, ses superbes maisons bourgeoises transformées en musées, ses églises et son rôle majeur dans l’histoire de l’indépendance du Mexique.

Un peu plus au nord, San Miguel de Allende est très différente. Toute la palette des ocres s’affiche sur les façades des maisons qui jalonnent les rues entièremment pavées. Très, presque trop, restaurée, San Miguel de Allende est devenue la ville de résidence d’immigrés d’un genre spécial qui constitue 20% de la population. Ils n’ont eu aucun problème pour franchir la frontière qui sépare leur pays, les Etats-Unis, du Mexique. Ce sont des retraités aisés, heureux de trouver là, beauté, climat (25° en février) et art de vivre. Conséquence, les superbes maisons avec patios entourés d’arcades sont transformées en établissements de luxe : hôtels, restaurants, galeries d’art, magasins… Des théâtres, des musées, des églises complètent le tableau. Sur les bancs des places ombragées des visages pâles aux allures d’anciens prof de fac lisent des ouvrages en anglais tandis que des peaux basanées, plus jeunes, discutent entre elles.

Encore un peu plus au nord, Guanajuato ne ressemble guère aux précédentes bien qu’on y retrouve le jaillissement des ocres, les maisons avec patio, les rues pavées, les églises, les théâtres, les musées. Sise au fond d’une étroite vallée entourée de collines abruptes, Guanajuato présente un urbanisme kafkaien. Les rues sinueuses ont des trajectoires imprévisibles ! Elles sont reliées par d’innombrables venelles tortueuses montantes et descendantes dans lesquelles seuls des piétons peuvent s’engager. La circulation automobile, quasi impossible, a été renvoyée… au sous-sol vers un réseau de tunnels dense qui évoque une sorte de métro pour voitures ! Les noms des rues s’affichent aux croisements comme dans les égoûts de Paris.

Essoufflés en montant les rues escarpées, les Piche s’inquiètent sur leur santé lorsque Rose note qu’à plus de 2000 m d’altitude cela n’est peut-être pas si anormal. Raoul achète l’explication et décide que pour le souffle rien de mieux que de descendre dans une ancienne mine d’argent.

Sans grande surprise, les Piche découvrent là que la richesse et la beauté de ces villes, patrimoine de l’humanité, reposent, certes, sur l’exploitation des minerais d’argent et d’or mais aussi, de façon indissociable sur l’exploitation de générations d’hommes et d’enfants réduits à l’esclavage. D’où une forte suggestion de Rose :

- En même temps que l’attribution du label “Patrimoine mondial de l’humanité”, l’Unesco devrait descerner celui de “Pire de l’histoire de l’humanité”.

Zacatecas, enfin, beaucoup plus au nord, a fourni jusqu’à 20% de la production mondiale d’argent. Ici, l’extrême richesse s’est traduite par une architecture d’une plus grande finesse mettant à profit une magnifique pierre rose locale. Par comparaison Zacatecas ferait paraître les autres cités un peu m’as-tu-vu. Les nombreux musées, installés dans des bâtiments historiques exceptionnels, régalent les Piche et font de leur séjour un moment pas trop difficile à vivre. A 2400 m d’altitude (400 mètres plus haut que le plus haut des villages européen !), ils y soufflent un peu avant de descendre vers le Pacifique.

Biodiversité, la fin des coccinelles vertes

9 février 2017

Les Piche n’étaient pas revenus à Mexico depuis 13 ans. Ils observent des changements dans la biodiversité. La plus notable est la disparition complète des coccinelles vertes. Autrefois omniprésentes, elle transportaient les gens d’un endroit à un autre en créant un trafic intense. Elles ont été remplacées par des Nissan rose et blanc, une espèce aujourd’hui dominante.

Les Piche notent aussi une forte présence d’épaisses Dodge noires, assez vilaines, avec écrit en gros POLICIA qui rôdent dans tous les quartiers. La littérature locale laisse entendre que, corrélativement, les voleurs, les violeurs et les trafiquants qui forment l’essentiel de la population mexicaine comme l’a finement observé le président de la grande démocratie voisine, régressent.

Puisque nous en sommes au registre de la démocratie éclairée, Rose et Raoul doivent avouer qu’ils ne sont pas à Mexico par hasard. Ils étaient présents au Zocalo, la grande place de la capitale,  le jour du centenaire de la Constitution des Etats-Unis du Mexique. Orchestres géants de mariachis, danses folkloriques mais également manifestations citoyennes animaient le centre de la ville parfois jusqu’à une assourdissante cacophonie sonore et politique d’un peuple loin d’être à l’unisson.

Toutefois, là encore, leur grand voisin leur donne un coup de main pour les rapprocher les uns des autres dans une commune détestation des USA ressurgie du fond des temps. Les =/ AdiosMacdo, =/AdiosWalmart, =/ AdiosCocaCola fleurissent sur les réseaux sociaux.

Dans l’ambiance générale, les Piche pensent qu’ils n’auront pas trop de difficulté à trouver une échelle pour franchir la frontière qui les conduira le mois prochain au Texas.

Orthodromie, loxodromie, zigzagodromie…

6 février 2017

Rose s’étonne :

- Depuis Paris nous avons survolé Londres, le Groenland et maintenant nous traversons les Etats-Unis depuis Chicago jusqu’à la Nouvelle Orléans pour finalement atterrir à Mexico. Curieuse trajectoire !

- Tu aurais préféré Paris-Nantes-Miami-Mexico, c’est une ligne droite sur la carte…

- Oui, bien sûr.

Raoul n’attendait que ça pour faire étalage de sa science de navigateur.

- La route directe sur la carte, c’est la loxodromie. Sur ce trajet, elle est plus longue de 1600 km que la route que nous suivons qui est l’orthodromie. Simplement parce qu’on se déplace sur une sphère. La terre n’est pas plate comme une carte.

- La terre n’est pas plate ! Ca alors, tu m’apprends quelque chose Raoul !

Atterrissage en douceur à Mexico après 11 heures de vol.

- On va prendre le métro, c’est le plus simple, annonce Raoul qui a soigneusement étudié le parcours aéroport-hôtel. On change à Océania, une station, puis c’est direct jursqu’à l’hôtel.

Chargés de leurs bagages, les Piche montent et descendent des escaliers, parcourent de longs couloirs au milieu d’une foule dense et finissent par s’engoufrer dans une rame surchargée.

Première station.

- Ce n’est pas Océania ! S’exclame Rose.

- On s’est trompé, répond Raoul.

- Oui, “on”, ironise Rose…

Demi-tour, à nouveau escaliers, couloirs, foule. Nouvelle rame. 4 stations.

- Ce n’est pas direct, regarde, il faut encore changer à Garibaldi, annonce Rose.

Encore une série d’escaliers, de couloirs, la foule…

Parvenus à destination, Rose remarque un bus de ville qui s’arrête devant leur hôtel. Curieuse, elle regarde le panneau ou s’affiche le trajet et appelle Raoul.

- Lis. Ce bus part de l’aéroport et, en six arrêts, il arrive pile devant notre hôtel ! Ca, c’est de l’orthodromie !

De honte, Raoul s’enfonce sous terre comme son métro diablement loxodromique…

PS. En ligne directe ou pas, les Piche sont donc à pied d’oeuvre pour une balade zigzagodromique de deux mois dans le nord du Mexique puis en Louisianne.

PS2. Pris par leur départ, faute de temps, les Piche n’ont pas répondu aux amis qui les interrogeaient sur leur destination. Mille excuses. Les voilà renseignés.

Le Brésil n’est pas le paradis

10 mars 2016

Opéra de Sâo Paulo, la foule en habits de soirée descend le grand escalier pour papoter un peu dans le grand hall après le spectacle.

- Combien tu vois de métis ou de noirs ? Demande Raoul à Rose.

- Heu, ben… Si là-bas, il y a une jeune femme métis. Autrement, ils sont tous blancs.

Les Piche traversent le boulevard en face de l’opéra. Là, au pied de la longue vitrine d’un grand magasin une quizaine de sans abris sont allongés sur des cartons. Comme à de nombreux endroits dans la ville.

- Combien tu vois de blancs parmi eux ? Demande Rose à Raoul.

- Heu, ben… Ah ! Si, il y a un blanc, répond Raoul.

A 50 mètres de distance, tout semble dit sur le niveau d’inégalité dans ce pays.

Certes, les Piche ne sont pas en voyage d’étude socio-économique au Brésil, néanmoins ils ont des yeux pour voir. Ils voient que dans les hôtels, le personnel de service le plus subalterne est toujours métis, que les gardiens des immeubles défendus par mille protections dans les quartiers riches sont toujours des métis, qu’à la télévision, sur O Globo la chaine la plus regardée, les journalistes sont tous blancs (”non, non corrige Rose, la présentatrice de la météo est métis”, exact), que sur la chaîne parlementaire les Piche n’ont vu débattre que des hommes blancs et très peu de femmes. Il faut savoir que sur les 204 millions de personnes qui peuplent le Brésil 43,1% sont métis, 7,6% noirs, 47,7 % blancs. il y a donc un peu moins de blancs que de métis et de noirs.

Les observations superficielles de Rose et de Raoul sont confortées par leurs lectures (leurs yeux leur servent aussi à cela ). Ils apprennent ainsi qu’au Brésil les 1% les plus riches gagnent 100 fois ce que gagnent les 10% les plus pauvres, que la tranche maxi de l’impôt sur le revenu est de 27% (40% en France), qu’il n’y a pas d’impôt sur les revenus financiers des personnes physiques, quasiment pas sur l’héritage, etc. Ce qui fait dire à certains que le Brésil est une sorte de paradis fiscal…

Directeur d’étude à l’institut de recherche économique appliquée (IPEA) de Brasilia, André Calixte explique les origines de ces inégalités : “Après l’abolition de l’esclavage, en 1888, le Brésil n’a pas eu de véritable réforme agraire. On a fossilisé les inégalités de richesses qui sont aussi des inégalités de genre et de race”. Du Piketty pur jus.

Certes Lula da Silva a sorti 25 millions de personnes de la misère mais depuis deux ans la situation s’est gravement détériorée. L’inflation est à 11%, le chômage en forte hausse, le PIB en chute de 3,5 % sans compter la crise politique qui agite le pays avec les scandales de corruption qui font les choux gras des journaux TV de O globo tous les soirs. Il n’est même pas certain que la présidente, Dilma Rouseff, puisse terminer son mandat.

Bref, le Brésil va très mal et même les PIche s’en rendent compte !

Déjà à Paraty, ils avaient été frappés de constater que les hélicoptères des riches de Sâo Paulo venus passer le week end dans ce petit paradis en bord de mer, rentraient un peu plus tôt en ville (Sâo Paulo compte 300 héliports contre “seulement” 60 à New York). Ah ! Ma bonne dame, il y a bien de la misère dans ce pays.

Lorsqu’ils voient ce qu’ils voient, qu’ils entendent ce qu’ils entendent, qu’ils lisent ce qu’ils lisent, les Piche sont bien contents d’être venus ici depuis un pays à la pointe du progrès social, de la lutte contre les inégalités et en croissance économique.

Il s’agit bien sûr de l’Uruguay d’où ils ont franchi la frontière vers le Brésil.

Honni soit qui mal y pense…

A bientôt

Du sexe des anges…

4 mars 2016

11 h du soir, les grilles des échopes sont cadenassées, les rideaux de fer baissés, les maisons à moitié finies succèdent à celles à moitié en ruine, des gens sont affalés sur le trottoir, la rue est à peine éclairée. Le bus file mais la vision reste la même. Les Piche sont ébahis devant une telle misère.

Après un long moment, ils parviennent au centre historique de Salvador.

Changement radical de décor.

Autour de Rose et de Raoul qui arrivent de l’aéroport en provenance de Brasilia une foule dense, des musiques qui s’entrechoquent, des vendeurs ambulants, des quémandeurs, des kiosques de boissons et de nourritures, des taxis, des policiers avec gilet pare-balle et pistolet au côté. Des projecteurs illuminent les superbes bâtiments alentour.

Avec leurs bagages sur le dos, les Piche ne se sentent pas vraiment dans la note. Une chose est sûre : ils ne sont plus à Brasilia ! Salvador Brasilia deux villes aux antipodes l’une de l’autre.

Très vite Rose et Raoul qui hésitent sur leur chemin sont entourés de conseillers-quémandeurs-emmerdeurs. Ils décident de ne pas poursuivre à pied vers leur hôtel pour ne pas être suivis dans les petites ruelles qu’ils doivent emprunter et sautent dans un taxi pour finir leur trajet.

Le premier contact avec Salavador est rude.

- “La première impression est toujours la bonne. Surtout quand elle est mauvaise”, rappelle Raoul à Rose qui espère bien que cette citation ne soit rien d’autre qu’un bon mot.

Après plusieurs jours, leur perception de la ville est plus contrastée. Clairement, Salvador ne ressemble à aucune autre ville du Brésil. Elle est débordante de vie. Dans tous ses excès. La musique omniprésente est forte, l’alcool y est fort, les voix et les personnalités y sont fortes. Première capitale du Brésil, principal lieu d’arrivée des millions d’esclaves venus d’Afrique, Salavador a conservé, perpétué, magnifié des pratiques, des arts et des croyances venues du Bénin et du Nigéria. Le Museu Afro Brasileiro en porte témoignage tout comme le musée du Bénin en plein Pelourinho, le lieu de vente des esclaves.

Pour ce qui est de l’art, les Piche sont preneurs mais pour les croyances ils ne sont pas clients. Le rabatteur qui voulait leur vendre une séance de Candomblé (hystérie collective mettant en jeu les Orixas des esprits qui, que …) s’est fait renvoyer dans ses buts.

Les Piche qui ne sont pas non plus trop clients de la religion dominante ont tout de même visité quelques unes des 365 églises (oui, oui, une par jour) que compte la ville. La plus célèbre, igreja Sâo Francisco, est aussi la plus laide intérieurement. Des boursoufflures dorées du sol au plafond, pas un centimètre carré sans sa feuille d’or ! Toutefois, cette visite a permis aux Piche de trancher une question qui les taraude depuis des années (et ils ne sont pas les seuls) : quel est le sexe des anges ? La réponse est là, à Salvador de Bahia, sur les murs de cette église. Les sculputres des anges ont toutes un sexe bien visible et il est masculin. Dans les autres églises un élégant drapé cache la chose. Cette stupéfiante découverte conduit Rose à un début d’induction mêlant église, anges masculins, petits garçons, tribunaux… qui, pour Raoul, manque un peu de rigueur.

A l’extérieur de ce nid à richesses ostentatoires, des pauvres attendent les visiteurs sur le parvis. Plus que des pauvres. Des êtres détruits par le crack et l’alcool qui tentent de trouver pour trois sous de survie. Les Piche ne cesseront de les croiser dans les rues du centre historique, tentant leur chance auprès de la moindre personne passant à portée de main. Un bus specialisé, très équipé, porte écrit sur son flanc “Le crack peut être vaincu”. A l’instant où Raoul photographie ce bus, un de ces pauvre hère passe dans le champ comme pour démentir le slogan volontariste.

Le coeur de Salvador avec ses maisons des XVIII et XIX siècles est magnifique, c’est lui et ceux qui animent ces quartiers, sans y habiter, qui drainent des millions de touristes chaque année.

Pour Rose et Raoul, le séjour prend une autre saveur. Venus à Salvador il y a trente deux ans en voilier depuis la France, ils sont là en pélerinage. Ils traquent les lieux qui ont compté à cette époque.

Pour eux ce modeste restaurant derrière l’ascenceur Lacerda, c’est le fameux “restau des putes”, leur cantine d’alors ! La fontaine qui offre généreusement et gratuitement de l’eau de source à Itaparica, l’île en face de Salvador, continue son office (depuis 1848 !). Elle leur servait à faire les pleins du bateau. De l’eau de source ! Un vrai bonheur. En revanche, la pléïade de voiliers qui mouillaient à l’abri de l’île n’y sont plus. Une modeste marina a poussé là.

Rose et Raoul ont tout de même rencontré un de ces fous de la mer qui vit encore sur son voilier. Ils ont eu des tas de choses à se dire autour d’un verre de caipirinha (alcool de canne à sucre, sucre de canne, citrons verts, glaçons, LA boisson d’ici). Les uns et les autres ont retrouvé le réflexe qui consiste, avant de s’asseoir, à regarder sous la table s’il y a quelques bouteilles de bière. L’habitude veut que pour éviter toute contestation, les consommateurs placent là les bouteilles au fur et à mesure qu’ils les vident. L’addition sera pour vous s’il en reste d’avant votre arrivée.

Signe du ciel (humm, humm), une pluie diluvienne s’abat ce matin sur la ville. Il y a trente deux ans c’était le moment pour la famille Piche de monter sur le pont pour prendre une douche d’eau douce et fraîche. Aujourd’hui, c’est celui de rester cloîtré dans une chambre d’hôtel. Heureusement, avec vue sur la baie “de tous les saints”  (”Bahia de todos os santos”).Tout de même.

A bientôt

PS Les Piche profitent de ce texte pour adresser un salut amical à ceux avec qui ils ont partagé de si bons moments, ici, dans la baie de Salvador, il y a trois décennies. Salut donc à Héphaïstos, Nuage, Dulcimer, Galopin, Chiloé, Maïo, Carpe Diem, Algorithme…

Alerte

1 mars 2016

5h10 du matin. Les occupants des 15 étages de l’hôtel Dos Americas de Brasilia sont tous réveillés. Le hurlement des sirènes alerte incendie ne leur laisse aucune chance de poursuivre leur nuit.

En moins de temps qu’il n’en faut pour enflammer une botte de paille, Rose est habillée, sac sur l’épaule prête à quitter sa chambre. Impressionné par cette rapidité, Raoul qui traînait un peu se presse à son tour. Bien sûr, les ascenceurs sont hors service. Par chance, la veille, les Piche ont quitté une chambre au 10 ème pour une autre au 4 ème. Six étages de moins à descendre. Ils rejoignent la foule des clients à l’extérieur de l’hôtel. Ni flamme, ni fumée mais au rez de chaussée une employée qui farfouille dans une armoire électronique. Pour Raoul, furax, la cause est entendue, il s’agit d’une fausse alerte. La suite lui donnera raison.

Fort de leur précédente expérience ratée de piétons brasilianesques, les Piche prennent désormais assez souvent le taxi lorsque les distances s’allongent. Ils notent qu’à chaque fois, le taxi part dans la direction opposée à la destination, effectue un tour de pâté d’immeubles, emprunte une ou deux bretelles de voie rapide pour prendre le bon cap, file bon train avant de sortir par une nouvelle bretelle qui le conduit à la rue finale.

Raoul fait remarquer à Rose que ces trajectoires tarabiscotées ressemblent fort à celles d’un avion en approche d’un aéroport pour atterissage.

- Pas étonnant, réplique Rose. Tu as vu le plan de la ville ? C’est exactement celui d’un avion. L’Eixo Rodoviario (l’axe est-ouest), c’est le fuselage, l’Eixo Monumental (l’axe nord-sud) les ailes. Un avion de 12 km sur 12…

- Je trouve que cela ressemble plutôt à un colibri, façon lignes de Nasca, répond Raoul.

- Si tu veux. On peut tout imaginer à Brasilia : les arches du pont JK forment un parfait monstre du Loch Ness ; la pente qui entoure le dôme du musée national est évidemment un anneau de Saturne ; la pyramide du théâtre national une rampe de skate board ; le dôme de l’asssemblée nationale une parabole TV. etc.

Effectivement, il y a de la magie dans cette ville pour qui veut bien se laisser porter par son imagination.

Il arrive aussi que le hasard en rajoute un peu dans le merveilleux. Tel cette répétition d’une pièce de Haydn par un orchestre de musique classique dans l’église Dom Bosco baignée par la féérique lumière bleue de ses 80 vitraux lorsque Rose et Raoul la visitent. Une harmonie parfaite entre musique et architecture.

De quoi faire oublier la stridence d’une sirène d’alarme incendie.

A bientôt

Brasilia, la vie malgré tout

27 février 2016

La plupart des métropoles cherchent comment sortir la voiture de la ville. Il y a 50 ans, Oscar Niemeyer, l’urbaniste Lucio Costa et le paysagiste Burle Marx ont trouvé, eux, en concevant  Brasilia, comment sortir le piéton de la ville ! Pour cela, ils ont créé des espaces verts tellement immenses qu’ils ne peuvent pas être parcourus à pied. D’autant moins qu’ils sont transpercés par d’innombrables voies de circulation.

Les Piche ont fait l’angoissante expérience de cet étrange urbanisme.

Au sortir du Congrès National (les deux paraboles et les tours jumelles connues du monde entier), ils se mettent en route, à pied, vers le pont JK, assez éloigné, un ouvrage remarquable. Ils suivent un trottoir qui longe une avenue bordée d’un côté par le palais de la présidence de la république et de l’autre par une vaste place. Puis les bâtiments disparaissent et seul subsiste un vaste espace boisé. Le trottoir devient piste cyclable puis chemin puis sentier puis plus rien. Pas un être humain visible, uniquement la verdure, les voies rapides, les voitures. Pour continuer leur chemin les Piche devraient traverser  une double voie qui fusionne avec une triple voie puis au-delà du terre plein central, à nouveau une triple voie et une double voie. Soit 10 voies de circulation à franchir au milieu d’un flot ininterrompu de véhicules. Du suicide ! Ils renoncent donc, changent de cap, marchent dans l’herbe et tentent de trouver leur salut à un feu de circulation, espérant qu’un taxi s’immobilisera là et qu’ils pourront s’y engouffrer. Pari gagné ! Ouf, une taxiteuse sera leur sauveur.

Heureusement, Brasilia ce sont aussi et surtout des créations architecturales hors du commun. Elles n’ont pas pris une ride, ni ne se sont démodées. Géniales elles étaient, géniales elles sont restées.

Trois d’entre-elles ont particulièrement subjuguées les Piche : le palais Itamaraty, siège du ministère des affaires étrangères, l’église Don Bosco et la cathédrale. Ces deux dernières, belles de l’extérieur, le sont mille fois plus encore vues de l’intérieur grâce aux extraordinaires vitraux qui inondent cet intérieur d’une lumière bleu océan.

De même, le palais Itamaraty, avec ses vastes salles de 2000 m2 sans pilier de soutien, agrandies encore par un étonnant jeu de miroirs noirs et par leurs ouvertures totales sur l’extérieur est  bien plus étonnant de l’intérieur que de l’extérieur.

Les jours passants, Rose et Raoul ont fini par trouver, ici une marchande de plats familliaux à savourer assis sur un banc, à l’ombre des arbres, là un café avec des chaises à l’extérieur et un chanteur qui accroît le plaisir de déguster une caipirinha. A Brasilia, par endroits, entre les blocs des immeubles ministériels, l’herbe folle a poussé, la vie aussi.

A bientôt

Au nord de Rio, la Suisse

25 février 2016

Rose le croyait plus simple. En fait, Raoul est un peu snob. Prétextant qu’à Rio de Janeiro la chaleur est étouffante il décide d’aller dans les montagnes du nord de la ville à l’instar de l’empereur du Brésil cent cinquante ans avant lui. Cap donc vers Petropolis où Pedro II construisit son palais pour vivre au frais.

Raoul se rue au dit palais. Mais il est un peu déconfit lorsqu’un gardien lui intime d’enfiler des patins pour ne pas abimer le parquet. Raoul passe donc une heure à astiquer les sols du palais de Pedro II. Quel manque de chic !

Le lendemain, il poursuit sa tournée impériale à Teresopolis (ville de l’impératrice Tereza). Là, sa lubie est d’aller voir le “Dedo de Deus” (le doigt de Dieu) ce qui lui attire les moqueries de Rose. Le doigt de Dieu est un étroit pic rocheux vertical, très allongé qui pointe vers le ciel à 1700 m d’altitude. Raoul découvre que la rando qui permet de le découvrir est formée d’une montée non-stop d’une heure, sur une pente super raide. Il souffle, transpire tant et si bien que, parvenu au sommet où se découvre le majestueux pic, Rose ne peux s’empêcher de lâcher à Raoul : “Tu le vois le doigt ? Ce n’est pas le doigt de Dieu, c’est le doigt que Dieu te fait !”.

Petropolis, Teresopolis puis Nova Friburgo autant de villégiatures des riches Cariocas qui se sont emparés des maisons des Suisses (surtout) et des Allemands chargés de coloniser la région au XIX ème siècle parce que le climat y est proche de celui de leurs pays d’origine.

Un siècle plus tard, les maisons et les châlets d’inspiration helvète abondent encore dans les magnifiques montagnes de cette contrée. Les vaches aussi.

Les Piche visiteront même “La crèmerie”, encore dénommée “La ferme de Genève” (en français dans le texte) qui produit crottin, pyramide, boursin, brique etc. Ils caressent les chèvres en train de manger de fins bambous, en suivant les explications du créateur de l’exploitation, un solide vieillard de plus de 85 ans. Il leur raconte notamment, comment sa grand-mère genevoise lui a transmis les recettes des fondues.

Quant aux yeux bleus, fréquents ici, dans un pays pourtant si métissé, il ne sont pas rares.  Influence germanique plutôt que suisse ?

A l’apéritif, les Piche se voient servir des saucisses grillées là où d’autres proposent des cacahuètes. Il n’y a pas que des bienfaits à la colonisation…

A bientôt

Rose “the girl from Ipanema”

21 février 2016

Raoul la croyait plus simple. En fait, Rose est un peu snob. Pour laver son linge, elle l’amène à Copacabana. Elle le met dans le tambour de la machine et part se faire rouler dans les déferlantes qui explosent tout au long de la plage. Cela juste en face du “Copacabana Palace”. A 14 h 30 elle quitte l’endroit et met le cap sur Ipanema où elle devient “the girl from Ipanema”. Ces détails de la vie quotidienne prendront un relief particulier le lendemain, à la lecture des journaux comme on le verra plus loin.

Depuis quelques jours, les Piche parcourent Rio dans tous les sens. Ils y voient le pire comme le meilleur.

Ici d’interminables banlieues aux sites industriels en ruines, là de superbes maisons coloniales, défigurées au rez de chaussée par des commerces bas de gamme, ailleurs des quartiers huppés et au-dessus d’eux, très au-dessus, des favelas construites sur des pentes si raides qu’elles semblent attendre le premier orage pour partir en glissade. Dans le centre historique, le quartier des bureaux grouille de monde dans des rues étroites à l’heure du déjeuner.

La beauté de Rio de Janeiro tient au site extraordinaire dans lequel la ville est construite. C’est du sommet du Corcovado que l’on s’en rend compte, la vue est à couper le souffle. Un spectcle unique. Paradoxalement, le second lieu qui montre toute la beauté du site de Rio ne se trouve pas à Rio mais à Niteroï de l’autre côté de la baie de Guanabara. A Niteroï, l’alignement est parfait : l’étonnant musée d’art contemporain conçu par Oscar Niemeyer posé sur une pointe rocheuse fait face au pain de sucre, au Corcovado, à la baie et à la ville de Rio.

Autre coup de coeur des Piche, le sublime “Museu d’amanha” (”Musée de demain”) qui vient d’ouvrir ses portes. Un extraordinaire bâtiment futuriste sensé représenter un Churinga aborigène (les plus motivés chercheront ce qu’est un Churinga !)

Bref, Rose et Raoul trouvent Rio de Janeiro variée au possible, passionante mais difficile.

La sécurité  pour les visiteurs étrangers ?

-  Un Allemand a été tué il y a un an.

- Un professeur péruvien, lundi dernier. Il était sorti promener son chien à 15h dans un quartier plutôt chic. “Le chien a été retouvé vivant”, précise le journal.

- Une touriste argentine, le mercredi suivant. A Copacabana, face au “Copacabana Palace”, exactement là où Rose se faisait rouler dans les vagues, 12 heures plus tôt.

A bientôt

PS : Rose tient à préciser que se baigner à Copacabana à 2 h de l’après-midi, ce n’est pas du tout pareil que d’y boire des bières à 2 heures du matin avec des copines. C’est toute la différence entre la prudence et l’imprudence. Elle reproche à Raoul de faire des rapprochements injustifiés pour dramatiser le récit. Raoul, estime, lui, qu’il est normal de “faire saigner la tomate”.  Chacun appréciera.