“Laissez les bons temps rouler” !

9 avril 2017

Les Piche aiment le parler cajun, aussi ne manquent-ils pas une occasion de s’adresser aux inconnus en français dans l’espoir de les entendre répondre dans leur langue émaillée d’expressions ou de mots qu’ils ne connaissent pas : « Laissez les bons temps rouler » (profitez du présent), « un bec doux » (une bise), « ça plume bien » (ça va bien), « un char » (une voiture), « jongler » (penser), « to got the paresse » (être fatigué), « make the misère » (faire des problèmes), « fais dodo » (lieu où l’on danse)…

Mais chez Fred’s Lounge, célèbre bar-salle-de-concert-station-de-radio à Mamou, au cœur de la Louisiane profonde, le cajun des chanteurs et de l’animatrice est totalement incompréhensible pour les Piche. La musique typiquement cajun qui rythme le « two steps » des danseurs est transmise en direct sur la radio locale KVPI et Raoul s’amuse à écouter dans sa voiture ce qu’il peut entendre sur place ! Bien qu’ils aiment inviter leurs « cousins venus de loin », c’est avec un grand Texan jovial que Rose s’élance sur le petit espace de danse.

« Ne lâchez pas la patate » (persévérez) est une autre expression, très courante, apprise de la bouche d’Audrey Babineaux une mamy sur-vitaminée qui tient un Bed and Breakfast à Houma.

Par son entremise, les Piche et leurs amies Chantal et Giselle rencontrent Mike, un cajun, pêcheur de chevrettes (crevettes), haut en couleur. Installé en bordure de la voie d’eau qui conduit aux marais de la pointe Cocodrie (crocodile) sur le golfe du Mexique, Mike explique de sa voix rocailleuse ses techniques de pêche du crabe bleu et des chevrettes. Chacune de ses phrases est ponctuée d’un vigoureux « Ah ! Ouais ! ». Il fait visiter la chambre où les chevrettes sont conservées vivantes ce qui aiguise l’appétit de Piche. Sans barguigner il accepte de leur faire cuire un lot de chevrettes avec quelques pommes de terre coupées en deux, le tout est servi à même la table et dégusté dans un silence gourmand. Silence entrecoupé d’explications sur la catastrophe Deepwater Horizon, la plate-forme de forage BP qui a explosé en 2010 dans le golfe, pas si loin de chez lui, et qui a mis au chômage tous les pêcheurs de la région. Mike ne porte guère dans son cœur avocats et politiciens chargés de gérer le dossier, « j’les connais, sont mes clients, viennent ici ach’ter leurs appâts pour la pêche. Ah ! Ouais ! ».

La cuisine cajun est l’un des trésors du pays. Les plats sont des mélanges d’influences africaine, française, espagnole. Un mets domine, les « crawfishs », autrement dit les écrevisses. Elles sont proposées « à l’étouffé », panées ou bouillies. C’est bouillies qu’elles sont les meilleures. Trop épicées, au restaurant huppé DI’s, elles sont délicieuses chez Susi, un boui-boui adorable où une simple feuille de papier épais recouvre chaque table. Susi verse trois livres d’écrevisses sur ce papier. Elles sont immédiatement épluchées à la main par les Piche et leurs amies et, lorsque tout est terminé, Susi replie le papier sur lui-même pour débarrasser la table en 15 secondes !

Des élevages d’écrevisses, les Piche en voient partout le long des routes. La production est phénoménale car simple et très rentable. Après la récolte du riz, dans chaque parcelle, on verse 15 kg d’écrevisses vivantes qui trouvent là une nourriture abondante et elles se reproduisent à une vitesse folle. Des engins bizarres mi-barque mi-tracteur viennent, chaque jour, relever les nasses dans lesquelles elles se font prendre appâtées par un morceau de poisson. Rose et Raoul ont pu suivre de bout en bout le processus de cette récolte et discuter avec celui qui l’effectue. Un Mexicain, bien entendu, comme pour tous les métiers peu payés aux Etats-Unis.

En France, l’écrevisse rouge de Louisiane est l’ennemie. Elle est considérée comme une menace très sérieuse pour la biodiversité dans les étangs.

A la plantation Ardoyne, à Schriver, les Piche sont forts bien accueillis par celle qui habite les lieux et appartient aux descendants de la famille ayant fait construire cette remarquable bâtisse de style « victorien gothique rural ». Raoul qui apprécie l’hôtesse et sa culture, l’imagine démocrate et il ose une question qui lui brûle les lèvres : « que pensez-vous de votre nouveau président ». Elle esquive, en retournant la question « et vous qu’en pensez-vous ? ». Raoul ne peut s’empêcher de réagir instantanément : « une horreur ! ». Il se rend compte aussitôt que son hôtesse n’est pas du tout de cet avis ! Ce qui se confirme lorsqu’elle lâche cette phrase confondante « vous savez, ici il y a beaucoup de gens qui ne travaillent pas parce qu’ils préfèrent faire des enfants pour toucher les aides de l’Etat ». « Quel idiot je suis », se dit Raoul qui se rappelle soudain que parmi les portraits de famille qui viennent de lui être montrés lors de la visite, figure celui du général Lee, le commandant en chef des sudistes esclavagistes. Bon sang ne saurait mentir.

Innocemment, bien entendu, Rose complète l’échange par la question qui tue : « Et vous, combien avez-vous d’enfants ? ». Elle en a trois mais gagne dignement sa vie en faisant visiter une propriété de plusieurs millions de dollars, sans aide de l’Etat…

Natchez au bord du Mississipi est la dernière étape avant le retour à la Nouvelle Orléans. Natchez, ville hors du commun qui compte un nombre impressionnant de belles demeures coloniales grandes et petites mais aussi d’immenses bâtisses où l’on aurait pu tourner « Autant en emporte le vent ».

Au fil des jours, les Piche et leurs deux amies ont multiplié les visites les plus variées : l’usine de production mondiale de Tabasco, une plate-forme de forage off-shore (à terre car retirée du service), une brasserie de bière locale, le centre scientifique d’étude du golfe (du Mexique) et des marais, etc.

Pour leur dernière journée de séjour à la Nouvelle Orléans, les Piche, Giselle et Chantal assistent au quartier noir de Treme à une messe avec Gospel. Le prêcheur est une sorte de clone de Barack Obama. Mêmes temps morts entre les phrases, même regard qui scrute l’auditoire, même humour. Belle reconversion…

Après la messe, c’est jazz au parc Louis Armstrong avec, sur scène, le « Treme brass band » à l’occasion de la fête du crabe. Là, Rose et Raoul découvrent le crabe à carapace molle (soft shell crab) servi pané qui conserve sa forme, corps, pinces et pattes mais qui peut être mangé en entier sans être décortiqué. Délicieux.

Et voilà, le voyage des Piche s’achève. Ils sont de retour au pays. Contents de partir mais toujours contents de revenir.

En espérant que vous aurez pris plaisir à les suivre comme ils l’ont eu à tenter de vous faire partager les meilleurs moments de ce périple Mexicano-Louisianais, les Piche vous envoient mille « becs doux ».

Les Piche

PS. D’ici quelques temps ils devraient mettre des images en ligne sur le site www.raoulpiche.fr et vous le feront savoir.

Raoul se trompe de route, une vraie chance !

6 avril 2017

Parce qu’ils se sont trompés de route, les Piche et leur amies Giselle et Chantal ont fait la rencontre la plus improbable de leur périple en Louisiane.

Il faut savoir que Giselle a reçu pour mission de la part de son petit-fils de lui ramener une plaque d’immatriculation de voiture louisianaise. Impossible d’en trouver. Pire, dans une casse automobile on a appris que cela était infaisable car lorsqu’un véhicule est retiré de la circulation, la plaque doit être rendue aux autorités.

Arrêt des recherches donc. Jusqu’au jour où, Raoul, qui vient de s’engager par erreur sur une petite route, tombe en arrêt face à un hangar rempli d’un fatras d’objets anciens, plutôt techniques. Il se gare, va voir, et très vite il remarque trois plaques d’immatriculation de Louisiane posées là, comme abandonnées, sur la couche supérieure de l’amas qui est devant lui.

Il appelle. Personne. Un homme âgé tond la pelouse de l’église voisine, juché sur un tracteur antédiluvien. Raoul lui fait signe. L’homme immobilise sa machine, en descend lentement, contourne paisiblement l’engin puis farfouille dans le moteur pour l’arrêter et finit par se tourner vers Raoul qui explique leur recherche.

L’homme qui a compris la requête se met alors à parler d’un flot de paroles continu, rythmé, clair, impossible à interrompre. Il parlera ainsi durant près d’une heure ! Racontant sa vie de collectionneur, sa vie tout court et sa rencontre avec un autre collectionneur d’un genre un peu spécial. Ce dernier avait accumulé des dizaines de milliers de plaques d’immatriculation qu’il lui a cédées pour une bouchée de pain. L’homme qui fait face à Raoul et Giselle, il s’appelle Ronald, a poursuivi et enrichi cette collection.

Les deux voyageurs font face au plus grand collectionneur de plaques d’immatriculation des Etats-Unis !

Elles sont toutes là, dans une grange derrière le hangar. Ronald, les y conduit et pour cela ils traversent deux autres grands hangars dont le contenu est à couper le souffle. Une véritable caverne d’Alibaba. Ronald collectionne bien plus que les plaques d’immatriculation ! Ce sont des milliers d’objets techniques du début du siècle passé jusqu’aux années 60 qui sont accumulés là : pompes à essence avec tubes de verre, cabine téléphoniques en bois, juke box, machines à sous mécaniques, distributeurs de Coca Cola, calculatrices de caisse, premiers moteurs hors-bord, disques vinyle par milliers, panneaux publicitaires, balances, maquettes d’avions etc. etc.

Alors que Raoul contemple un amas d’objets (tous ne sont pas aussi gros que ceux de la liste précédente), Chantal attire son attention.

- Tu as vu ce qu’il y a sous ce que tu regardes ?

- Non.

- Oh ! Oui. Une voiture !

Une Buick des années 50 disparaît sous la montagne d’objets posés sur elle !

Ronald ne vend rien. Ce n’est pas un brocanteur, il ferait fortune, c’est un collectionneur.

- J’ai 76 ans, ma pension de facteur me suffit pour vivre.

Les Piche ébahis continuent leurs découvertes tout en écoutant Ronald raconter sa vie. S’il ne vend pas, en revanche il loue des objets rares, en très bon état, à des équipes de production de films. Il en récupère aussi auprès d’elles, telles ces gigantesques oriflammes nazis qui pendent des poutres supérieures de la grange jusqu’au sol.

A plusieurs reprises Raoul tente de revenir aux plaques aperçues sous le hangar d’entrée. Ronald est-il prêt à les céder ? Celui-ci esquive sans cesse. Le petit groupe finit par se diriger petit à petit vers l’extérieur. Las, là, les attendent deux superbes pick-up Chevrolet des années 50 en parfait état de marche. La preuve, Ronald met le contact, tout en parlant, et l’engin revit dans le ronflement puissant de ses huit cylindres.

- Nous devons y aller, déclare Raoul pour mettre fin à cette visite, certes extraordinaire, mais qui est en voie d’occuper leur journée.

Pas à pas, le groupe opère un retrait stratégique en s’acheminant progressivement vers leur voiture à proximité des trois plaques d’immatriculation aperçues à leur arrivée. Giselle s’en saisi et fait une ultime tentative. En réponse, Ronald raconte l’histoire de ces plaques ! Il connaît par cœur chacun des milliers d’objets qu’il a entassés au fil des ans. Et puis, finalement …

- Tenez prenez les.

- Combien nous vous devons ?

- Rien. Rien du tout. J’ai été très heureux de votre visite.

Les Piche, Giselle et Chantal réalisent que, pendant une heure, ils ont rompu la solitude de cet homme. Une solitude qui lui pèse tant depuis que sa femme est décédée deux ans auparavant. Elle qu’il n’a cessé d’évoquer lors de son long monologue.

Et tout cela parce que Raoul s’est trompé de route.

Rencontre avec les alligators

5 avril 2017

- J’ va vous ramasser à steure sur la berge (« je vais vous prendre sur la berge tout de suite »), lance Norbert Leblanc aux Piche et à leurs deux amies en bordure du lac Martin au sud de Breaux Bridge en Louisiane.

Yeux bleu acier, barbe blanche, sec comme un cyprès des marais, dent de caïman autour du cou, Norbert Leblanc était un chasseur avant de guider les touristes dans les bayous avec son parler cajun imagé, à l’accent coloré mais parfaitement compréhensible.

- N’oubliez pas vos garde soleil (chapeaux). Aujourd’hui ça va pas mouiller (il ne va pas pleuvoir) et protégez-vous des maringouins (des moustiques).

La barque dans laquelle les Piche ont pris place quitte la berge et s’enfonce lentement dans les sous-bois du bayou. Le paysage n’est pas celui d’une mangrove. Il est plus aéré. Les arbres, essentiellement des cyprès des marais, sont le plus souvent séparés de plusieurs mètres les uns des autres. Leurs branches pleurent des touffes de « mousse espagnole » qui, aux siècles passés, servaient à rembourrer les sièges et les matelas. A une faible distance de chaque arbre, des racines en forme d’excroissances arrondies, s’élancent à quelques dizaines de centimètres au-dessus de la surface. On les appelle des genoux. Le lac est couvert de lentilles d’eau qui lui procure une belle couleur verte. Beaucoup de branches mortes de bonne section émergent ici et là.

La barque progresse paisiblement. Chacun à bord scrute le paysage dans l’espoir d’apercevoir un alligator.

- Là ! Sur la droite !

Une de ces bêtes à l’allure préhistorique repose immobile sur une branche morte. Il est mitraillé de photos par les passagers de l’embarcation. C’est leur premier alligator !

- Oh ! Là-bas, des tortues !

- Là, un héron gris !

- Et là, une armés de cormorans à la cime des arbres !

- Une spatule rose  !

- Une aigrette !

- Regardez, un alligator avec ses petits !

Là, là, là…

Progressivement, le bayou se révèle une spectaculaire réserve d’animaux aussi variés qu’inhabituels.

De temps à autres le moteur hors-bord cogne une branche posée sur le fond qui n’est qu’à une trentaine de centimètres ou l’hélice se fait étrangler par un amas de végétaux. Ce qui n’émeut pas Norbert, un petit coup de marche arrière et hop, c’est reparti.

Norbert répond à toutes les questions mélangeant humour et vérité :

- Que mangent les alligators ?

- De préférence des touristes. Et, lorsqu’ils n’en n’ont pas, n’importe quoi.

- Même des bébés alligators ?

- Oui

Il marque une halte sous les cyprès pour montrer aux Piche et à leurs amies les articles que la presse internationale lui a consacrée dans sa période de chasseur. Il fait également circuler des photos sur lesquelles on le voit avec sa plus grosse prise, un alligator d’environ 400 kg et de 3,5 m de long.

Il est seulement 11 heures du matin, Norbert extirpe de sous son siège une bouteille de « clair de lune », l’eau de vie qu’il distille lui-même.

- On me dit souvent que ce n’est pas l’heure pour les alcools forts. Pas avant 5h de l’après-midi, paraît-il.

Aussitôt, il sort une horloge avec les aiguilles correctement positionnées, mais chacune des douze heures du cadran porte le même chiffre, 5 !

- Comme ça, c’est toujours l’heure du « clair de lune »….

Après ce petit coup de remontant, la balade reprend et les alligators défilent à droite, à gauche, devant. Les Piche les croyaient rares, ils en verront plus d’une dizaine en deux heures de temps.

Et, ce n’est pas fini, ils en croiseront d’autres ailleurs, en voiture ou à pied. Jusqu’au jour où, sur l’île Avery, dans le remarquable Jungle Garden, Raoul manquera de marcher sur un bébé alligator. Plus, tard, une tortue échappera de peu aux roues de sa voiture, ce qui lui vaut une remarque acide de Rose.

- Avec toi, la protection animale atteint ses limites.

- Mais le tatou éventré au bord du Mississipi, à Natchez, et ceux qu’on aperçoit en bordure des routes ? Pas de commisération…

- Pourquoi tu me parles tout à coup des tatous ?

- Parce qu’en Argentine un tatou c’est un « Piche ». Je me sens solidaire.

Les Piche à Trumplandia

27 mars 2017

Intrigués, les Piche interpellent le troisième garçon qu’ils croisent portant une collection de colliers de pacotille de perles vertes, alors qu’ils se dirigent vers Bourbon street à la Nouvelle Orléans.

- Pourquoi “ça” ?

- Aujourd’hui, c’est la saint Patrick ! Répond, gaiement le jeune homme.

Parvenus dans la rue mythique du quartier français, les Piche font deux découvertes : les Irlandais fêtant la St Patrick et les maisons créoles. Les premiers mettent une ambiance chaude car fêter la St Patrick c’est boire beaucoup de bière, dès la matinée, et s’interpeler entre groupes portant tee-shirt verts, colliers de perles et drapeaux irlandais. L’un d’eux déclare à Rose et Raoul sa flamme pour la France, ajoutant :

- Nous n’avons pas besoin d’une reine ! Vous, vous avez su faire la révolution.

D’un geste éloquent à la base du cou, Raoul lui indique la marche à suivre concernant la tête de la reine. L’Irlandais est un peu refroidi.

- Quand même pas…

Quant aux maisons à un étage avec colonnes et balcons en fer forgé, elles sont splendides même si beaucoup ont été restaurées récemment.

La musique est omniprésente. Dans les cafés-bars à un niveau assourdissant, bien plus plaisamment dans la rue. Trompette, saxo, trombonne à coulisse, trombonne, accordéon, guitare, bandjo, batterie, clavier, chanteur… à chaque groupe son mélange d’instruments et pour tous une petite foule pour les admirer et les applaudir.

Le concert le plus original est celui du Natchez, le seul bateau à roue à aubes encore propulsé par des machines à vapeurs. Il dispose, sur son pont supérieur, d’un orgue à vapeur avec lequel un organiste joue des airs de musique… italienne, audibles à plus d’un mile à la ronde.

Grosse déception des Piche sur la route des plantations alors qu’ils viennent visiter la seule qui soit centrée sur l’histoire des esclaves. On leur demande quatre heures d’attente. Ils reprennent leur voiture pour aller voir ailleurs lorsqu’à la sortie du parking un automobiliste, qui lui entre, leur demande comment ils ont trouvé la visite. Raoul dit leur déception. L’homme se dévoile alors : “je suis le fondateur et le directeur de ce cette plantation-musée-mémorial, suivez-moi !”.

S’en suit une visite particulière, personnalisée et gratuite du site. Un lieu très émouvant. Tout est là. Le Mississipi à 200 mètres, les champs de cannes à sucre qui s’étendent jusqu’à plus de 15 km à partir du bord du fleuve, les maisons des esclaves et le mémorial des 35 assassinés parce qu’ils avaient tenté de porter la révolte à la Nouvelle Orléans.

Un peu plus loin, les Piche visitent la plantation Laura où une guide retrace, dans un français parfait, la vie d’une famille créole à travers le temps et l’histoire avec un grand H (notamment la guerre de sécession). Récit très intelligemment construit qui entre en résonnance avec les lieux.

Les Piche et leurs amies qui les ont rejoint à la Nouvelle Orléans, visitent ensuite plusieurs autres plantations toutes plus riches les unes que les autres ce qui leur rappelle les paroles du directeur de la première :

- La richesse des Etats-Unis vient, à l’origine, du travail des esclaves.

C’est ce que Karl Marx a appelé “l’accumulation primitive du capital”, résume Raoul plus politique que jamais au pays de la Trumpisation.

Que la montagne est belle

16 mars 2017

Il existe dans le monde quelques trains aux trajets spectaculaires. “El Chepe”, de son vrai nom “Chihuahua Pacifico” en fait partie. Il part du niveau de la mer sur la côte pacifique du Mexique pour rejoindre la ville de Chihuahua, 650 km plus loin, en franchissant un massif montagneux (la Sierra Madre Occidental) qui l’oblige à grimper à plus de 2400 mètres d’altitude. Pour se faire, il suit des fonds de vallées, franchit d’innombrables ponts et tunnels qui le conduisent en bordure d’un gigantesque canyon (Barrancas del Cobre) profond de 1800 m.

Autant dire qu’une fois passées les plaines culitivées, les zones des cactus géants et parvenu dans la montagne couverte de conifères, le spectacle devient grandiose et permanent. Comme les passagers peuvent s’installer à l’extérieur sur les plateformes entre les wagons, ils en profitent totalement.

Bref, El Chepe, le top ! Cela se paye tout de même d’un réveil très matinal, 4h30 du matin (!) un exploit difficile pour les Piche qui, la veille avaient effectué une traversée en ferry et s’étaient couchés à 23h. Il n’empêche, ils ont gardé les yeux écarquillés durant tout le trajet.

Pour jouir pleinement de cet étonnant massif montagneux, Rose et Raoul se sont installés pendant 3 jours dans un petit village aux allures alpines et aux nuits froides (13°C dans leur chambre, mais de grosses couvertures…). Ils sont descendus dans certains canyons par des routes tortueuses et ont cheminé à pied en bordure de leur fracture au sommet d’autres.

Dans cette région vit une population indigène, les Tarahumara, bien entendu de loin la plus pauvre, utilisée comme faire valoir culturel dans tout l’Etat du Chihuahua à travers ses savoirs-faire artisanaux, artistiques et ses coutumes. Autrefois, les Tarahumara étaient contraints au travail forcé dans les mines. Aujourd’hui, ils sont démunis mais libres !

Pour donner une idée de leur niveau de vie, beaucoup habitent dans des grottes, nombreuses dans cette montagne. Par relation, oui, oui, les Piche ont pu entrer dans l’une d’elles. Il y faisait bien plus chaud que dans leur chambre d’hôtel, sans doute grâce au feu de bois allumé en permanence. La grotte était grande, il y avait trois matelas doubles, un espace pour cuisiner et la vieille dame qui accueillait Rose et Raoul tressait un panier en se tenant face à l’entrée, seule partie éclairée par la lumière du jour. Le plafond noirci par des siècles de fumée donnait l’impression d’être… dans une grotte !

Des enfants jouaient à l’extérieur, une femme faisait la lessive, le ciel était bleu…

- Le bonheur, peut-être murmure Rose

- “J’ai cinq doigts moi aussi on peut se croire égaux”, ironise Raoul, appelant Nougaro à la rescousse.

Narcotrafiquants certainement, violeurs (?), mais voleurs certainement pas !

11 mars 2017

Les Piche ne sont pas toujours au bon endroit au bon moment. Ainsi, ils sont parvenus à Tepic un jour trop tard. La veille de leur arrivée dans cette ville, les “Forces fédérales” s’en sont pris à des “présumés en infraction avec la loi” (comprendre des narcotrafiquants) avec quelques moyens. Notamment un hélicoptère lourd  russe MI17 qui a mitraillé à tout va. Score 15 “présumés en infraction” passés de vie à trépas. Le chroniqueur du journal “La Jordana”, pas vraiment convaincu de la légalité de l’opération estime que les Forces armées ont surtout voulu montrer à Donald Trump, ayant déclaré “il faut abattre les narcotrafiquants”, que les Mexicains n’ont pas besoin de lui pour ça !

Deux jours plus tard, les Piche ont pu tester le penchant “voleur” dénoncé par le même Trump. Arrivé à la gare routière en taxi, Raoul troublé, on ne sait par quoi, oublie son sac à dos journalier sur le trottoir. Une broutille. Ce dernier contient appareil photo, téléphone, tablette, guides, cartes et une foultitude d’objets de peu de valeur mais fort utiles en voyage. Qu’arrive-t-il dans un pays de voleurs dans une telle situation ? Le sac disparaît immédiatement. Pas au Mexique ! 10 minutes après son oubli, alors qu’il ne l’a toujours  pas réalisé, Raoul s’entend interpeler, “Senor !”, et  voit le chauffeur de taxi lui tendre son sac ! Ému, Raoul ouvre son portefeuille pour une bonne “propina” et pense “décidément Trump se Trumpe sur toute la ligne”. L’extrême rigueur oblige à avouer que le même jour un couple de septuagénaires s’est fait trucider dans sa villa pour quelques milliers de pesos (quelques centaines d’euros au cours du jour de leur exécution). Plus assassins que voleurs ceux-là.

Au titre des convergences Etats-Unis Mexique, les Piche en relèvent trois.

La première est l’excellence de l’agencement des musées, de leurs contenus, de l’ergonomie et de la pédagogie des présentations. Même des villes qui ne sont pas majeures proposent des expositions remarquables, le plus souvent dans des lieux qui le sont tout autant.

La seconde tient à un trait de comportement que les Piche ont érigé en marqueur du degré de civilisation d’un pays : l’attitude des automobilistes vis à vis des piétons. En ville, au Mexique, les piétons bénéficient d’une attention et d’une priorité absolue de la part des conducteurs. À l’égal de ce qui se pratique en Californie.

Troisième point de convergence, la mal bouffe généralisée avec les problèmes de santé publique qui en résultent. Les Mexicains, lorsqu’ils ne sont pas chez eux, mangent n’importe quand, n’importe où, n’importe quoi pourvu qu’il y ait peu de légumes et pas de fruit. En bord de mer, par chance, on trouve de bons poissons, d’excellentes crevettes et même des langoustes acceptables. Cela ne constituant pas le quotidien des indigènes.

Enfin, les Piche ont noté une très étrange convergence migratoire entre les baleines et les Canadiens. En Basse Californie du sud, Rose et Raoul ont croisé de nombreux camping cars et aperçu au mouillage nombre voiliers, les uns et les autres originaires du Canada. Ceux avec lesquels les Piche ont parlé, expliquent qu’ils migrent pour échapper à la rigueur de l’hiver canadien. Ils retournent au pays le printemps venu comme de vulgaires baleines grises…

Toucher les baleines !

5 mars 2017

- Là !

Le souffle du cétacé se fait entendre avant que l’oeil de Raoul n’en cerne l’origine. Mais Rose a la vue aiguisée et désigne la longue forme grise qui dépasse à peine de la surface en soufflant à nouveau.

Bingo !

Les Piche tiennent leur première baleine. Elle évolue dans le chenal Puerto Lopez Mateo large de quelques centaines de mètres seulement et long de plusieurs dizaines de kilomètres.

Pas une once de hasard dans cette rencontre. Puerto Lopez Mateo, sur la côte Pacifique, en plein désert de la péninsule de basse Californie est l’un des endroits au monde où les baleines grises viennent se reproduire et mettre bas leurs “petits” baleineaux de près d’une tonne qu’elles nourrissent et accompagnent pendant plusiers mois. L’étroitesse du chenal fait qu’il est facile de les approcher sans avoir à parcourir des miles en mer.

Après cette première rencontre, suit une seconde, puis une troisième puis, puis, puis les baleines sont de plus en plus proches jusqu’à souffler devant l’étrave des Piche, en montrant leur dos gris, impressionnant de largeur.

Le plus souvent, ce ne sont pas une queue qui émerge mais deux, étroitement liées, celle de la mère et de son “bébé”.

Apercevant une barque immobile avec un baleineau collé tout contre, le capitaine de l’embarcation des Piche s’approche lentement. Complaisant, pas effrayé du tout, le baleineau se laisse caresser puis d’un mouvement ample et lent, il décide de s’éloigner en passant sous la barque des Piche à se frotter contre ! Dans sa manoeuvre, il nage à quelques centimètres de Rose qui n’ose pas le toucher.

Quelques minutes plus tard, la scène se répète avec un baleineau qui prolonge le contact avec les visiteurs, semblant y prendre du plaisir.

Il a raison d’en profiter car dans un mois fini de batifoler dans les eaux tièdes, calmes et sûres de basse Californie. Ce sera le retour vers les eaux froides au nord du Canada. Une “balade” de plus de 6000 km avant de revenir ici, l’an prochain, entre janvier et mars.

Si le spectacle l’enchante, Raoul n’en demeure pas moins d’une extrême perplexité : “comment, diable, ces baleines font-elles pour trouver sur des milliers de côte du Pacifique, l’entrée si étroite de ce chenal  Puerto Lopez Mateo ?”.

Non seulement, il n’a aucun début d’explication mais en plus cela lui rappelle un souvenir lointain, tout aussi extraordinaire : celui des énormes tortues luth (450 kg pièce) qu’avec Rose et leurs petits (les petits de Rose et de Raoul…) ils ont vu sortir de l’océan, ramper en soufflant avec peine jusqu’en haut de la plage des Hattes en Guyanne française, y creuser un trou profond, y pondre leurs oeufs dans une souffrance manifeste puis reboucher le trou et regagner l’océan ! Un océan qu’elles traversent depuis l’Afrique pour venir précisément pondre sur cette plage et pas sur une autre. Exploit qu’elles renouvellent tous les ans… comme les baleines plus au nord.

Le soir venu, les Piche reprennent leur voiture et se dirigent avec une précision diabolique vers leur hôtel à 300 km de Puerto Lopez Mateo en appuyant sur la touche “GO” de leur GPS. Non mais des fois…

Les Piche étrangers parmi les étrangers

24 février 2017

Parvenus à Mazatlan sur la côte pacifque du Mexique, les Piche réalisent qu’ils ont franchi une frontière invisible.

Sur la belle place du centre historique, ils ne croisent que des têtes chenues qui déambulent ou sont attablées aux terrasses des restaurants. Leur accoutrement, grande visière protège soleil pour les femmes , short aux genoux, nus pieds avec chaussettes blanches, chemisette et démarche texane, tout juste descendu de cheval pour les hommes font prendre conscience aux Piche qu’ils sont devenus encore plus étrangers parce qu’étrangers parmi des étrangers.

Mazatlan, port d’escale des bateaux de croisières venus des Etats-Unis reçoit des milliers de passagers chaque jour, exclusivement Etats-Uniens. Ils envahissent la ville.

Tout un groupe, sagement aligné devant l’arrrêt du bus touristique “hop on ! hop off !”, offre aux Piche un bel échantillon, ce qui permet à Rose et Raoul de se livrer avec délices au délit de faciès.

- Tu te rends compte ! Ce sont ces gens là qui dominent le monde ! Lance Rose, atterrée, dans une première salve, en détaillant ces petits blancs bizarres venus du nord.

Les Piche savent bien que ces moutons, alignés là, ne représentent pas tout les USA. Il n’empêche : lire chaque jour les exploits intellectuels de Donald Trump et retrouver ses groupies sur la côte pacifique du Mexique est un choc.

Seconde salve, lancée par Raoul qui ne veut pas être en reste :

- Et encore, eux, on les voit. Mais il y a ceux que l’on ne voit pas et qui influencent lourdement la vie dans ce pays. Regarde les chaînes câblées, uniquement des TV nord américaines, ou, si elles sont mexicaines que des niaiseries de même origine. Plus fort, en important leur mal bouffe, ils réussissent à sculpter les corps des Mexicains…

- Sculpter, sculpter comme tu y vas. La sculpture se fait par enlèvement de matière. Là, il s’agit plutôt d’ajout massif ! Rétorque Rose, toujours très réactive face à l’obésité généralisée.

- Le “soft power”, c’est ça précise doctement Raoul. En imposant un modèle culturel, on impose, en douceur, un mode de vie, un type de socièté et le système économique qui va avec. Redoutable.

- Aïe, aïe s’exclame soudain Rose lorsqu’un sino-américain soutenu par deux personnes s’écroule sur le banc à côté d’elle. “Tu marches trop vite, lui dit sa femme”. Les Piche nouent conversation. L’essoufflé a 86 ans et elle un peu moins. Ils sont de Los Angeles. Elle explique aux Piche qu’elle a travaillé jusqu’à 80 ans et qu’elle effectue là son premier voyage au Mexique. Une croisière d’une semaine. “Quelle est votre prochaine escale ?” “Je ne sais pas, je suis…”

A la vérité, à Mazatlan, il y a aussi des Mexicains : les mendiants le sont tous et même ce sont les plus Mexicains des Mexicains puisqu’ils sont en majorité Indiens. Du point de vue du marketing, ils s’adaptent et interpellent les “clients” en anglais. Pour eux, peut être un premier pas vers le rêve américain promu par Hollywood.

- En attendant, sentence Rose, au Mexique, pour certains, le “soft power” est plutôt “hard”.

Quatre vieilles, belles et riches….

16 février 2017

Elles sont quatre vieilles, belles, riches : Querétaro, San Miguel de Allende, Guanajuato et Zacatecas, quatre villes coloniales au nord de Mexico dans le pays des mines d’argent.

Après la tumultueuse Mexico, Querétaro paraît bien paisible avec ses nombreuses rues piétonnes, ses places ombragées, “emmusiquées” le soir venu, ses superbes maisons bourgeoises transformées en musées, ses églises et son rôle majeur dans l’histoire de l’indépendance du Mexique.

Un peu plus au nord, San Miguel de Allende est très différente. Toute la palette des ocres s’affiche sur les façades des maisons qui jalonnent les rues entièremment pavées. Très, presque trop, restaurée, San Miguel de Allende est devenue la ville de résidence d’immigrés d’un genre spécial qui constitue 20% de la population. Ils n’ont eu aucun problème pour franchir la frontière qui sépare leur pays, les Etats-Unis, du Mexique. Ce sont des retraités aisés, heureux de trouver là, beauté, climat (25° en février) et art de vivre. Conséquence, les superbes maisons avec patios entourés d’arcades sont transformées en établissements de luxe : hôtels, restaurants, galeries d’art, magasins… Des théâtres, des musées, des églises complètent le tableau. Sur les bancs des places ombragées des visages pâles aux allures d’anciens prof de fac lisent des ouvrages en anglais tandis que des peaux basanées, plus jeunes, discutent entre elles.

Encore un peu plus au nord, Guanajuato ne ressemble guère aux précédentes bien qu’on y retrouve le jaillissement des ocres, les maisons avec patio, les rues pavées, les églises, les théâtres, les musées. Sise au fond d’une étroite vallée entourée de collines abruptes, Guanajuato présente un urbanisme kafkaien. Les rues sinueuses ont des trajectoires imprévisibles ! Elles sont reliées par d’innombrables venelles tortueuses montantes et descendantes dans lesquelles seuls des piétons peuvent s’engager. La circulation automobile, quasi impossible, a été renvoyée… au sous-sol vers un réseau de tunnels dense qui évoque une sorte de métro pour voitures ! Les noms des rues s’affichent aux croisements comme dans les égoûts de Paris.

Essoufflés en montant les rues escarpées, les Piche s’inquiètent sur leur santé lorsque Rose note qu’à plus de 2000 m d’altitude cela n’est peut-être pas si anormal. Raoul achète l’explication et décide que pour le souffle rien de mieux que de descendre dans une ancienne mine d’argent.

Sans grande surprise, les Piche découvrent là que la richesse et la beauté de ces villes, patrimoine de l’humanité, reposent, certes, sur l’exploitation des minerais d’argent et d’or mais aussi, de façon indissociable sur l’exploitation de générations d’hommes et d’enfants réduits à l’esclavage. D’où une forte suggestion de Rose :

- En même temps que l’attribution du label “Patrimoine mondial de l’humanité”, l’Unesco devrait descerner celui de “Pire de l’histoire de l’humanité”.

Zacatecas, enfin, beaucoup plus au nord, a fourni jusqu’à 20% de la production mondiale d’argent. Ici, l’extrême richesse s’est traduite par une architecture d’une plus grande finesse mettant à profit une magnifique pierre rose locale. Par comparaison Zacatecas ferait paraître les autres cités un peu m’as-tu-vu. Les nombreux musées, installés dans des bâtiments historiques exceptionnels, régalent les Piche et font de leur séjour un moment pas trop difficile à vivre. A 2400 m d’altitude (400 mètres plus haut que le plus haut des villages européen !), ils y soufflent un peu avant de descendre vers le Pacifique.

Biodiversité, la fin des coccinelles vertes

9 février 2017

Les Piche n’étaient pas revenus à Mexico depuis 13 ans. Ils observent des changements dans la biodiversité. La plus notable est la disparition complète des coccinelles vertes. Autrefois omniprésentes, elle transportaient les gens d’un endroit à un autre en créant un trafic intense. Elles ont été remplacées par des Nissan rose et blanc, une espèce aujourd’hui dominante.

Les Piche notent aussi une forte présence d’épaisses Dodge noires, assez vilaines, avec écrit en gros POLICIA qui rôdent dans tous les quartiers. La littérature locale laisse entendre que, corrélativement, les voleurs, les violeurs et les trafiquants qui forment l’essentiel de la population mexicaine comme l’a finement observé le président de la grande démocratie voisine, régressent.

Puisque nous en sommes au registre de la démocratie éclairée, Rose et Raoul doivent avouer qu’ils ne sont pas à Mexico par hasard. Ils étaient présents au Zocalo, la grande place de la capitale,  le jour du centenaire de la Constitution des Etats-Unis du Mexique. Orchestres géants de mariachis, danses folkloriques mais également manifestations citoyennes animaient le centre de la ville parfois jusqu’à une assourdissante cacophonie sonore et politique d’un peuple loin d’être à l’unisson.

Toutefois, là encore, leur grand voisin leur donne un coup de main pour les rapprocher les uns des autres dans une commune détestation des USA ressurgie du fond des temps. Les =/ AdiosMacdo, =/AdiosWalmart, =/ AdiosCocaCola fleurissent sur les réseaux sociaux.

Dans l’ambiance générale, les Piche pensent qu’ils n’auront pas trop de difficulté à trouver une échelle pour franchir la frontière qui les conduira le mois prochain au Texas.

Orthodromie, loxodromie, zigzagodromie…

6 février 2017

Rose s’étonne :

- Depuis Paris nous avons survolé Londres, le Groenland et maintenant nous traversons les Etats-Unis depuis Chicago jusqu’à la Nouvelle Orléans pour finalement atterrir à Mexico. Curieuse trajectoire !

- Tu aurais préféré Paris-Nantes-Miami-Mexico, c’est une ligne droite sur la carte…

- Oui, bien sûr.

Raoul n’attendait que ça pour faire étalage de sa science de navigateur.

- La route directe sur la carte, c’est la loxodromie. Sur ce trajet, elle est plus longue de 1600 km que la route que nous suivons qui est l’orthodromie. Simplement parce qu’on se déplace sur une sphère. La terre n’est pas plate comme une carte.

- La terre n’est pas plate ! Ca alors, tu m’apprends quelque chose Raoul !

Atterrissage en douceur à Mexico après 11 heures de vol.

- On va prendre le métro, c’est le plus simple, annonce Raoul qui a soigneusement étudié le parcours aéroport-hôtel. On change à Océania, une station, puis c’est direct jursqu’à l’hôtel.

Chargés de leurs bagages, les Piche montent et descendent des escaliers, parcourent de longs couloirs au milieu d’une foule dense et finissent par s’engoufrer dans une rame surchargée.

Première station.

- Ce n’est pas Océania ! S’exclame Rose.

- On s’est trompé, répond Raoul.

- Oui, “on”, ironise Rose…

Demi-tour, à nouveau escaliers, couloirs, foule. Nouvelle rame. 4 stations.

- Ce n’est pas direct, regarde, il faut encore changer à Garibaldi, annonce Rose.

Encore une série d’escaliers, de couloirs, la foule…

Parvenus à destination, Rose remarque un bus de ville qui s’arrête devant leur hôtel. Curieuse, elle regarde le panneau ou s’affiche le trajet et appelle Raoul.

- Lis. Ce bus part de l’aéroport et, en six arrêts, il arrive pile devant notre hôtel ! Ca, c’est de l’orthodromie !

De honte, Raoul s’enfonce sous terre comme son métro diablement loxodromique…

PS. En ligne directe ou pas, les Piche sont donc à pied d’oeuvre pour une balade zigzagodromique de deux mois dans le nord du Mexique puis en Louisianne.

PS2. Pris par leur départ, faute de temps, les Piche n’ont pas répondu aux amis qui les interrogeaient sur leur destination. Mille excuses. Les voilà renseignés.

Le Brésil n’est pas le paradis

10 mars 2016

Opéra de Sâo Paulo, la foule en habits de soirée descend le grand escalier pour papoter un peu dans le grand hall après le spectacle.

- Combien tu vois de métis ou de noirs ? Demande Raoul à Rose.

- Heu, ben… Si là-bas, il y a une jeune femme métis. Autrement, ils sont tous blancs.

Les Piche traversent le boulevard en face de l’opéra. Là, au pied de la longue vitrine d’un grand magasin une quizaine de sans abris sont allongés sur des cartons. Comme à de nombreux endroits dans la ville.

- Combien tu vois de blancs parmi eux ? Demande Rose à Raoul.

- Heu, ben… Ah ! Si, il y a un blanc, répond Raoul.

A 50 mètres de distance, tout semble dit sur le niveau d’inégalité dans ce pays.

Certes, les Piche ne sont pas en voyage d’étude socio-économique au Brésil, néanmoins ils ont des yeux pour voir. Ils voient que dans les hôtels, le personnel de service le plus subalterne est toujours métis, que les gardiens des immeubles défendus par mille protections dans les quartiers riches sont toujours des métis, qu’à la télévision, sur O Globo la chaine la plus regardée, les journalistes sont tous blancs (”non, non corrige Rose, la présentatrice de la météo est métis”, exact), que sur la chaîne parlementaire les Piche n’ont vu débattre que des hommes blancs et très peu de femmes. Il faut savoir que sur les 204 millions de personnes qui peuplent le Brésil 43,1% sont métis, 7,6% noirs, 47,7 % blancs. il y a donc un peu moins de blancs que de métis et de noirs.

Les observations superficielles de Rose et de Raoul sont confortées par leurs lectures (leurs yeux leur servent aussi à cela ). Ils apprennent ainsi qu’au Brésil les 1% les plus riches gagnent 100 fois ce que gagnent les 10% les plus pauvres, que la tranche maxi de l’impôt sur le revenu est de 27% (40% en France), qu’il n’y a pas d’impôt sur les revenus financiers des personnes physiques, quasiment pas sur l’héritage, etc. Ce qui fait dire à certains que le Brésil est une sorte de paradis fiscal…

Directeur d’étude à l’institut de recherche économique appliquée (IPEA) de Brasilia, André Calixte explique les origines de ces inégalités : “Après l’abolition de l’esclavage, en 1888, le Brésil n’a pas eu de véritable réforme agraire. On a fossilisé les inégalités de richesses qui sont aussi des inégalités de genre et de race”. Du Piketty pur jus.

Certes Lula da Silva a sorti 25 millions de personnes de la misère mais depuis deux ans la situation s’est gravement détériorée. L’inflation est à 11%, le chômage en forte hausse, le PIB en chute de 3,5 % sans compter la crise politique qui agite le pays avec les scandales de corruption qui font les choux gras des journaux TV de O globo tous les soirs. Il n’est même pas certain que la présidente, Dilma Rouseff, puisse terminer son mandat.

Bref, le Brésil va très mal et même les PIche s’en rendent compte !

Déjà à Paraty, ils avaient été frappés de constater que les hélicoptères des riches de Sâo Paulo venus passer le week end dans ce petit paradis en bord de mer, rentraient un peu plus tôt en ville (Sâo Paulo compte 300 héliports contre “seulement” 60 à New York). Ah ! Ma bonne dame, il y a bien de la misère dans ce pays.

Lorsqu’ils voient ce qu’ils voient, qu’ils entendent ce qu’ils entendent, qu’ils lisent ce qu’ils lisent, les Piche sont bien contents d’être venus ici depuis un pays à la pointe du progrès social, de la lutte contre les inégalités et en croissance économique.

Il s’agit bien sûr de l’Uruguay d’où ils ont franchi la frontière vers le Brésil.

Honni soit qui mal y pense…

A bientôt

Du sexe des anges…

4 mars 2016

11 h du soir, les grilles des échopes sont cadenassées, les rideaux de fer baissés, les maisons à moitié finies succèdent à celles à moitié en ruine, des gens sont affalés sur le trottoir, la rue est à peine éclairée. Le bus file mais la vision reste la même. Les Piche sont ébahis devant une telle misère.

Après un long moment, ils parviennent au centre historique de Salvador.

Changement radical de décor.

Autour de Rose et de Raoul qui arrivent de l’aéroport en provenance de Brasilia une foule dense, des musiques qui s’entrechoquent, des vendeurs ambulants, des quémandeurs, des kiosques de boissons et de nourritures, des taxis, des policiers avec gilet pare-balle et pistolet au côté. Des projecteurs illuminent les superbes bâtiments alentour.

Avec leurs bagages sur le dos, les Piche ne se sentent pas vraiment dans la note. Une chose est sûre : ils ne sont plus à Brasilia ! Salvador Brasilia deux villes aux antipodes l’une de l’autre.

Très vite Rose et Raoul qui hésitent sur leur chemin sont entourés de conseillers-quémandeurs-emmerdeurs. Ils décident de ne pas poursuivre à pied vers leur hôtel pour ne pas être suivis dans les petites ruelles qu’ils doivent emprunter et sautent dans un taxi pour finir leur trajet.

Le premier contact avec Salavador est rude.

- “La première impression est toujours la bonne. Surtout quand elle est mauvaise”, rappelle Raoul à Rose qui espère bien que cette citation ne soit rien d’autre qu’un bon mot.

Après plusieurs jours, leur perception de la ville est plus contrastée. Clairement, Salvador ne ressemble à aucune autre ville du Brésil. Elle est débordante de vie. Dans tous ses excès. La musique omniprésente est forte, l’alcool y est fort, les voix et les personnalités y sont fortes. Première capitale du Brésil, principal lieu d’arrivée des millions d’esclaves venus d’Afrique, Salavador a conservé, perpétué, magnifié des pratiques, des arts et des croyances venues du Bénin et du Nigéria. Le Museu Afro Brasileiro en porte témoignage tout comme le musée du Bénin en plein Pelourinho, le lieu de vente des esclaves.

Pour ce qui est de l’art, les Piche sont preneurs mais pour les croyances ils ne sont pas clients. Le rabatteur qui voulait leur vendre une séance de Candomblé (hystérie collective mettant en jeu les Orixas des esprits qui, que …) s’est fait renvoyer dans ses buts.

Les Piche qui ne sont pas non plus trop clients de la religion dominante ont tout de même visité quelques unes des 365 églises (oui, oui, une par jour) que compte la ville. La plus célèbre, igreja Sâo Francisco, est aussi la plus laide intérieurement. Des boursoufflures dorées du sol au plafond, pas un centimètre carré sans sa feuille d’or ! Toutefois, cette visite a permis aux Piche de trancher une question qui les taraude depuis des années (et ils ne sont pas les seuls) : quel est le sexe des anges ? La réponse est là, à Salvador de Bahia, sur les murs de cette église. Les sculputres des anges ont toutes un sexe bien visible et il est masculin. Dans les autres églises un élégant drapé cache la chose. Cette stupéfiante découverte conduit Rose à un début d’induction mêlant église, anges masculins, petits garçons, tribunaux… qui, pour Raoul, manque un peu de rigueur.

A l’extérieur de ce nid à richesses ostentatoires, des pauvres attendent les visiteurs sur le parvis. Plus que des pauvres. Des êtres détruits par le crack et l’alcool qui tentent de trouver pour trois sous de survie. Les Piche ne cesseront de les croiser dans les rues du centre historique, tentant leur chance auprès de la moindre personne passant à portée de main. Un bus specialisé, très équipé, porte écrit sur son flanc “Le crack peut être vaincu”. A l’instant où Raoul photographie ce bus, un de ces pauvre hère passe dans le champ comme pour démentir le slogan volontariste.

Le coeur de Salvador avec ses maisons des XVIII et XIX siècles est magnifique, c’est lui et ceux qui animent ces quartiers, sans y habiter, qui drainent des millions de touristes chaque année.

Pour Rose et Raoul, le séjour prend une autre saveur. Venus à Salvador il y a trente deux ans en voilier depuis la France, ils sont là en pélerinage. Ils traquent les lieux qui ont compté à cette époque.

Pour eux ce modeste restaurant derrière l’ascenceur Lacerda, c’est le fameux “restau des putes”, leur cantine d’alors ! La fontaine qui offre généreusement et gratuitement de l’eau de source à Itaparica, l’île en face de Salvador, continue son office (depuis 1848 !). Elle leur servait à faire les pleins du bateau. De l’eau de source ! Un vrai bonheur. En revanche, la pléïade de voiliers qui mouillaient à l’abri de l’île n’y sont plus. Une modeste marina a poussé là.

Rose et Raoul ont tout de même rencontré un de ces fous de la mer qui vit encore sur son voilier. Ils ont eu des tas de choses à se dire autour d’un verre de caipirinha (alcool de canne à sucre, sucre de canne, citrons verts, glaçons, LA boisson d’ici). Les uns et les autres ont retrouvé le réflexe qui consiste, avant de s’asseoir, à regarder sous la table s’il y a quelques bouteilles de bière. L’habitude veut que pour éviter toute contestation, les consommateurs placent là les bouteilles au fur et à mesure qu’ils les vident. L’addition sera pour vous s’il en reste d’avant votre arrivée.

Signe du ciel (humm, humm), une pluie diluvienne s’abat ce matin sur la ville. Il y a trente deux ans c’était le moment pour la famille Piche de monter sur le pont pour prendre une douche d’eau douce et fraîche. Aujourd’hui, c’est celui de rester cloîtré dans une chambre d’hôtel. Heureusement, avec vue sur la baie “de tous les saints”  (”Bahia de todos os santos”).Tout de même.

A bientôt

PS Les Piche profitent de ce texte pour adresser un salut amical à ceux avec qui ils ont partagé de si bons moments, ici, dans la baie de Salvador, il y a trois décennies. Salut donc à Héphaïstos, Nuage, Dulcimer, Galopin, Chiloé, Maïo, Carpe Diem, Algorithme…

Alerte

1 mars 2016

5h10 du matin. Les occupants des 15 étages de l’hôtel Dos Americas de Brasilia sont tous réveillés. Le hurlement des sirènes alerte incendie ne leur laisse aucune chance de poursuivre leur nuit.

En moins de temps qu’il n’en faut pour enflammer une botte de paille, Rose est habillée, sac sur l’épaule prête à quitter sa chambre. Impressionné par cette rapidité, Raoul qui traînait un peu se presse à son tour. Bien sûr, les ascenceurs sont hors service. Par chance, la veille, les Piche ont quitté une chambre au 10 ème pour une autre au 4 ème. Six étages de moins à descendre. Ils rejoignent la foule des clients à l’extérieur de l’hôtel. Ni flamme, ni fumée mais au rez de chaussée une employée qui farfouille dans une armoire électronique. Pour Raoul, furax, la cause est entendue, il s’agit d’une fausse alerte. La suite lui donnera raison.

Fort de leur précédente expérience ratée de piétons brasilianesques, les Piche prennent désormais assez souvent le taxi lorsque les distances s’allongent. Ils notent qu’à chaque fois, le taxi part dans la direction opposée à la destination, effectue un tour de pâté d’immeubles, emprunte une ou deux bretelles de voie rapide pour prendre le bon cap, file bon train avant de sortir par une nouvelle bretelle qui le conduit à la rue finale.

Raoul fait remarquer à Rose que ces trajectoires tarabiscotées ressemblent fort à celles d’un avion en approche d’un aéroport pour atterissage.

- Pas étonnant, réplique Rose. Tu as vu le plan de la ville ? C’est exactement celui d’un avion. L’Eixo Rodoviario (l’axe est-ouest), c’est le fuselage, l’Eixo Monumental (l’axe nord-sud) les ailes. Un avion de 12 km sur 12…

- Je trouve que cela ressemble plutôt à un colibri, façon lignes de Nasca, répond Raoul.

- Si tu veux. On peut tout imaginer à Brasilia : les arches du pont JK forment un parfait monstre du Loch Ness ; la pente qui entoure le dôme du musée national est évidemment un anneau de Saturne ; la pyramide du théâtre national une rampe de skate board ; le dôme de l’asssemblée nationale une parabole TV. etc.

Effectivement, il y a de la magie dans cette ville pour qui veut bien se laisser porter par son imagination.

Il arrive aussi que le hasard en rajoute un peu dans le merveilleux. Tel cette répétition d’une pièce de Haydn par un orchestre de musique classique dans l’église Dom Bosco baignée par la féérique lumière bleue de ses 80 vitraux lorsque Rose et Raoul la visitent. Une harmonie parfaite entre musique et architecture.

De quoi faire oublier la stridence d’une sirène d’alarme incendie.

A bientôt

Brasilia, la vie malgré tout

27 février 2016

La plupart des métropoles cherchent comment sortir la voiture de la ville. Il y a 50 ans, Oscar Niemeyer, l’urbaniste Lucio Costa et le paysagiste Burle Marx ont trouvé, eux, en concevant  Brasilia, comment sortir le piéton de la ville ! Pour cela, ils ont créé des espaces verts tellement immenses qu’ils ne peuvent pas être parcourus à pied. D’autant moins qu’ils sont transpercés par d’innombrables voies de circulation.

Les Piche ont fait l’angoissante expérience de cet étrange urbanisme.

Au sortir du Congrès National (les deux paraboles et les tours jumelles connues du monde entier), ils se mettent en route, à pied, vers le pont JK, assez éloigné, un ouvrage remarquable. Ils suivent un trottoir qui longe une avenue bordée d’un côté par le palais de la présidence de la république et de l’autre par une vaste place. Puis les bâtiments disparaissent et seul subsiste un vaste espace boisé. Le trottoir devient piste cyclable puis chemin puis sentier puis plus rien. Pas un être humain visible, uniquement la verdure, les voies rapides, les voitures. Pour continuer leur chemin les Piche devraient traverser  une double voie qui fusionne avec une triple voie puis au-delà du terre plein central, à nouveau une triple voie et une double voie. Soit 10 voies de circulation à franchir au milieu d’un flot ininterrompu de véhicules. Du suicide ! Ils renoncent donc, changent de cap, marchent dans l’herbe et tentent de trouver leur salut à un feu de circulation, espérant qu’un taxi s’immobilisera là et qu’ils pourront s’y engouffrer. Pari gagné ! Ouf, une taxiteuse sera leur sauveur.

Heureusement, Brasilia ce sont aussi et surtout des créations architecturales hors du commun. Elles n’ont pas pris une ride, ni ne se sont démodées. Géniales elles étaient, géniales elles sont restées.

Trois d’entre-elles ont particulièrement subjuguées les Piche : le palais Itamaraty, siège du ministère des affaires étrangères, l’église Don Bosco et la cathédrale. Ces deux dernières, belles de l’extérieur, le sont mille fois plus encore vues de l’intérieur grâce aux extraordinaires vitraux qui inondent cet intérieur d’une lumière bleu océan.

De même, le palais Itamaraty, avec ses vastes salles de 2000 m2 sans pilier de soutien, agrandies encore par un étonnant jeu de miroirs noirs et par leurs ouvertures totales sur l’extérieur est  bien plus étonnant de l’intérieur que de l’extérieur.

Les jours passants, Rose et Raoul ont fini par trouver, ici une marchande de plats familliaux à savourer assis sur un banc, à l’ombre des arbres, là un café avec des chaises à l’extérieur et un chanteur qui accroît le plaisir de déguster une caipirinha. A Brasilia, par endroits, entre les blocs des immeubles ministériels, l’herbe folle a poussé, la vie aussi.

A bientôt

Au nord de Rio, la Suisse

25 février 2016

Rose le croyait plus simple. En fait, Raoul est un peu snob. Prétextant qu’à Rio de Janeiro la chaleur est étouffante il décide d’aller dans les montagnes du nord de la ville à l’instar de l’empereur du Brésil cent cinquante ans avant lui. Cap donc vers Petropolis où Pedro II construisit son palais pour vivre au frais.

Raoul se rue au dit palais. Mais il est un peu déconfit lorsqu’un gardien lui intime d’enfiler des patins pour ne pas abimer le parquet. Raoul passe donc une heure à astiquer les sols du palais de Pedro II. Quel manque de chic !

Le lendemain, il poursuit sa tournée impériale à Teresopolis (ville de l’impératrice Tereza). Là, sa lubie est d’aller voir le “Dedo de Deus” (le doigt de Dieu) ce qui lui attire les moqueries de Rose. Le doigt de Dieu est un étroit pic rocheux vertical, très allongé qui pointe vers le ciel à 1700 m d’altitude. Raoul découvre que la rando qui permet de le découvrir est formée d’une montée non-stop d’une heure, sur une pente super raide. Il souffle, transpire tant et si bien que, parvenu au sommet où se découvre le majestueux pic, Rose ne peux s’empêcher de lâcher à Raoul : “Tu le vois le doigt ? Ce n’est pas le doigt de Dieu, c’est le doigt que Dieu te fait !”.

Petropolis, Teresopolis puis Nova Friburgo autant de villégiatures des riches Cariocas qui se sont emparés des maisons des Suisses (surtout) et des Allemands chargés de coloniser la région au XIX ème siècle parce que le climat y est proche de celui de leurs pays d’origine.

Un siècle plus tard, les maisons et les châlets d’inspiration helvète abondent encore dans les magnifiques montagnes de cette contrée. Les vaches aussi.

Les Piche visiteront même “La crèmerie”, encore dénommée “La ferme de Genève” (en français dans le texte) qui produit crottin, pyramide, boursin, brique etc. Ils caressent les chèvres en train de manger de fins bambous, en suivant les explications du créateur de l’exploitation, un solide vieillard de plus de 85 ans. Il leur raconte notamment, comment sa grand-mère genevoise lui a transmis les recettes des fondues.

Quant aux yeux bleus, fréquents ici, dans un pays pourtant si métissé, il ne sont pas rares.  Influence germanique plutôt que suisse ?

A l’apéritif, les Piche se voient servir des saucisses grillées là où d’autres proposent des cacahuètes. Il n’y a pas que des bienfaits à la colonisation…

A bientôt

Rose “the girl from Ipanema”

21 février 2016

Raoul la croyait plus simple. En fait, Rose est un peu snob. Pour laver son linge, elle l’amène à Copacabana. Elle le met dans le tambour de la machine et part se faire rouler dans les déferlantes qui explosent tout au long de la plage. Cela juste en face du “Copacabana Palace”. A 14 h 30 elle quitte l’endroit et met le cap sur Ipanema où elle devient “the girl from Ipanema”. Ces détails de la vie quotidienne prendront un relief particulier le lendemain, à la lecture des journaux comme on le verra plus loin.

Depuis quelques jours, les Piche parcourent Rio dans tous les sens. Ils y voient le pire comme le meilleur.

Ici d’interminables banlieues aux sites industriels en ruines, là de superbes maisons coloniales, défigurées au rez de chaussée par des commerces bas de gamme, ailleurs des quartiers huppés et au-dessus d’eux, très au-dessus, des favelas construites sur des pentes si raides qu’elles semblent attendre le premier orage pour partir en glissade. Dans le centre historique, le quartier des bureaux grouille de monde dans des rues étroites à l’heure du déjeuner.

La beauté de Rio de Janeiro tient au site extraordinaire dans lequel la ville est construite. C’est du sommet du Corcovado que l’on s’en rend compte, la vue est à couper le souffle. Un spectcle unique. Paradoxalement, le second lieu qui montre toute la beauté du site de Rio ne se trouve pas à Rio mais à Niteroï de l’autre côté de la baie de Guanabara. A Niteroï, l’alignement est parfait : l’étonnant musée d’art contemporain conçu par Oscar Niemeyer posé sur une pointe rocheuse fait face au pain de sucre, au Corcovado, à la baie et à la ville de Rio.

Autre coup de coeur des Piche, le sublime “Museu d’amanha” (”Musée de demain”) qui vient d’ouvrir ses portes. Un extraordinaire bâtiment futuriste sensé représenter un Churinga aborigène (les plus motivés chercheront ce qu’est un Churinga !)

Bref, Rose et Raoul trouvent Rio de Janeiro variée au possible, passionante mais difficile.

La sécurité  pour les visiteurs étrangers ?

-  Un Allemand a été tué il y a un an.

- Un professeur péruvien, lundi dernier. Il était sorti promener son chien à 15h dans un quartier plutôt chic. “Le chien a été retouvé vivant”, précise le journal.

- Une touriste argentine, le mercredi suivant. A Copacabana, face au “Copacabana Palace”, exactement là où Rose se faisait rouler dans les vagues, 12 heures plus tôt.

A bientôt

PS : Rose tient à préciser que se baigner à Copacabana à 2 h de l’après-midi, ce n’est pas du tout pareil que d’y boire des bières à 2 heures du matin avec des copines. C’est toute la différence entre la prudence et l’imprudence. Elle reproche à Raoul de faire des rapprochements injustifiés pour dramatiser le récit. Raoul, estime, lui, qu’il est normal de “faire saigner la tomate”.  Chacun appréciera.

Le risque zéro n’existe pas. Le Zica si.

16 février 2016

- Tu as vu que l’épidémie de Zica s’étend au Brésil. Exactement dans les régions où tu m’amènes.

- Humm

- Tu te souviens du tremblement de terre au Costa Rica ?

- Humm

- Et de notre hôtel qui s’est écroulé à Buenos Aires ?

- Humm

- Et de l’incendie à Mexico ?

- Humm

- Et de l’alerte Tsunami en Australie ?

- Humm

- Et de la révolution, place Tahir au Caire ?

- Humm

- Raoul parfois je me demande si tu ne me portes pas la poisse.

- Mais qu’est-ce que tu racontes. Tu as vu les informations ? Un orage de la force d’un ouragan s’est abattu sur Porto Alegre…

- Et alors ?

- Alors, cela s’est produit juste le jour où nous avons quitté cette ville ! Au contraire, je crois que je te porte chance.

-  Demain tu as prévu que nous prenions un bus pour Trindade. Il a tué 15 touristes, il y a 5 mois et deux de plus il y a deux mois. Tu es bien sûr de nous porter chance ?

- Mais oui, tout va bien se passer. Tout de même, tu as pris le répulsif à moustique ?

- Pour aider la chance ? Oui je l’ai pris.

A bientôt

PS : Aux dernières nouvelles, les Piche sont revenus intacts de Trindad, où ils ont découvert Cachadaçao une des plus belles plages du Brésil. Ca valait la peine de prendre le risque, non ?

La plage idylique existe

14 février 2016

La plage idylique existe.

Elle se trouve au creux d’une large baie, entourée de montagnes boisées, terminée à ses extrémités par de gros rochers lisses et ronds qui forment une piscine naturelle. L’eau fraîche d’une cascade finit son cours en serpentant au milieu du sable blanc où elle creuse son lit avant de rejoindre la mer.

La brise qui se lève à midi ajoute à la fraîcheur de l’ombre des arbres qui bordent le haut de la plage. Sous cet ombrage une modeste paillote propose trois tables et quelques chaises et sert des boissons locales. Une noix de coco décapitée avec une paille plantée à l’intérieur et l’on déguste le jus de fruit le plus naturel du monde.

L’eau douce de la cascade, captée par un petit tuyau, tombe en douche pour rincer les rares baigneurs.

La mer est animée de rouleaux complaisants qui s’achèvent sur l’estran en le zébrant des lignes blanches de leur déferlement.

Pas de construction, pas de route d’accès, seulement un chemin escarpé et glissant, mal commode. Le modeste prix à payer pour découvrir ce lieu.

Oui, les Piche ont passé une excellente journée. Merci.

A bientôt

Serra Verde Express, un Express pas trop pressé

13 février 2016

Il y a très peu de trains au Brésil. Aussi, les Piche ne veulent pas rater l’occasion d’en emprunter un : le Serra Verde Express, 64 km à travers des montagnes couvertes d’une forêt tropicale, à franchir des viaducs, des tunnels, à longer des lacs, des cascades, etc.

Le mot “Express” est sans doute excessif.

A 8h pile, le train s’ébranle, la précision d’un TGV. Sur les 5 premiers mètres la même vitesse que le TGV. Au-delà, Le Serra Verde Express marque sa différence. Les Piche s’en rendent compte lorsqu’ils voient les cyclistes dépasser le train.

- C’est parce que nous sommes en ville, sentence Raoul. Après il va accélérer.

Pas du tout. Sorti de la ville, à la première côte, il ralentit ! Un coureur à pied le dépasserait. Mais de coureur à pied il n’y a point, car le passage de la voie au milieu de la forêt est si étroit que les branches fouettent les fenêtres des wagons. Raoul doit tenir fermement son appareil photo pour ne pas se le faire arracher par l’agresseur végétal.

Au détour d’un virage, les Piche découvrent un panorama grandiose. Un précipice sur leur gauche (normal, c’est dans l’air du temps…), au loin une vallée encadrée de hauts sommets couverts de forêts avec ici et là des cascades inatteignables.

Les heures passent, le spectacle est permanent.

Bien que sa vitesse ne le laisse guère supposer, le train descend de 900 m au niveau de la mer. Conséquence, la température, elle, monte, monte, monte. Après 4h de parcours à la fabuleuse moyenne de 16 km/h, le train arrive enfin à destination. Les Piche sont ravis mais ils sont cueillis par une chaleur épouvantable car à la perte d’altitude s’ajoute les caprices d’El Nino capable de faire monter la température à 38° voire 40°. Or ces jours-ci El Nino pique sa crise.

Après une rapide visite du bourg où ils se trouvent, Il ne reste plus aux Piche qu’à envisager le retour.

Ils bénissent cette femme qui la veille leur a conseillé de ne pas prendre le train pour revenir car “au retour le train va moins vite” ! Les Piche doutent que cela soit possible mais ils n’ont pas envie de le vérifier. Ils prennent donc un bus qui les ramène à leur point de départ dans le quart du temps pris par l’”Express”.

Plus performant, le bus, sans aucun doute mais bien moins spectaculaire.

A bientôt

Drôle de carnaval

10 février 2016

Les Piche sont dans un de ces fameux bus longs de Curitiba lorsque, à l’arrêt de l’hôpital Nostra Senhora de la Piedad, une femme et un homme montent à bord. Rose sursaute et alerte Raoul :

- Mon dieu (elle qui n’en a pas), quelle horreur ! Tu as vu cette femme ? Elle a le visage tout sanguinolant, comme écorché vif ! C’est fou, on ne quitte pas l’hôpital dans cet état, on y entre plutôt.

- Tu as remarqué, lui répond Raoul, son compagnon est dans le même état. En plus ils rigolent tous les deux !!

- Ce n’est pas possible c’est du faux. Mais bien sûr ! Nous sommes au second jour du carnaval. Incroyable tout de même comme déguisement.

Une demi-heure plus tard, Rose et Raoul arrivent à la grande rue piétonnière du centre ville et là, le choc. Le spectacle qu’ils ont sous les yeux serait inimaginable en France. La foule est constituée de personnes aux visages et aux corps éclatés, meurtris, couverts de sang. Plus gore, tu meurs… Certains portent des armes factices (mal imitées) et pour que nul ne se méprenne, un homme tout de noir vétu brandit la grande faux.

Les grimages et les déguisements sont si réalistes qu’ils en sont insupportables. Seuls quelques participants ont pris le parti d’une recherche esthéthique plutôt que choquante. Finalement, les Piche découvrent que le thème du jour est les “zombis”. Pour Rose et Raoul c’est plutôt “Bataclan”.

La veille, le défilé auquel ils avaient assisté était nettement plus pépère. Parmi les groupes, deux ont particulièrement retenus leur attention. Celui de la CGT locale qui chantait et dansait pour dénoncer le “massacre du 27 avril” date d’une manifestation durement réprimée par la police. La même police chargée de protéger le défilé. (précisons que le “massacre” du 27 avril n’avait fait ni mort ni blessé).

Et puis il y a eu un groupe très coloré, très gai, très vivant, le plus applaudi de tous, uniquement composé de papys et de mamys !

Cela a ragaillardi les Piche auxquels les jeunes cèdent systématiquement les places réservées aux vieux dans les fameux autobus longs de la ville.

A bientôt

Les Piche au régime brésilien : 15 fruits au petit déjeuner

4 février 2016

Pour le dépaysement, le Brésil ce n’est évidemment pas l’Afrique, ni l’Asie ni même l’Amérique centrale. Néanmoins, pour les Piche les motifs de surprise ne manquent pas.

Le premier qui les met en joie dès le matin, est le petit déjeuner brésilien. Le mot “petit” ne convenant pas du tout.

Il s’agit d’un hallucinant buffet qui offre une myriade de fruits frais, de jus de fruits, de yaourts aux fruits mais aussi des variétés de pains, de gâteaux et comme si cela ne suffisait pas du jambon, du fromage, de l’omelette, des saucisses, etc… sans oublier le café brésilien. A volonté. Et de la volonté, Rose et Raoul n’en manquent pas.

Puisqu’on est dans le registre alimentaire, restons-y.

Depuis Porto Alegre, les Piche sont fanas des restaurants “au kilo”. Autrement dit, des restaurants qui proposent de copieux buffets et où l’on paye en fonction du poids de ce que l’on a mis dans son assiette. Il est ainsi possible de déjeuner (plus rarement de dîner) très correctement pour 5  à 7 euros seulement.

Autre fonction essentielle du quotidien des Piche voyageurs, les déplacements.

Rose et Raoul aiment se déplacer avec les bus de ville et non pas en taxi. Pas toujours facile de s’y retrouver mais c’est un jeu agréable parce qu’il conduit fréquemment à se tourner vers les indigènes, unanimement serviables et coopératifs. A Curitiba le système de bus est de renommée mondiale. A juste titre. Le réseau a été créé dans les années 70 lorsqu’un nouveau maire à voulu inverser la tendance urbanistique de l’époque qui consistait à ouvrir les villes aux voitures comme à Los Angeles.

Faute de moyens pour doter la ville d’un métro ou de lignes de tramways, il a “inventé” un métro de surface à base de bus de très grande capacité conçus spécialement à sa demande par Volvo. Ces long bus, articulés par deux soufflets, emportent plus de 200 passagers. Ils s’arrêtent à des quais d’embarquement abrités, en forme de gros tubes qui sont au même niveau que le plancher du bus. L’embarquement et le débarquement sont donc aisés et rapides. Des élévateurs permettent aux personnes handicapées d’accéder au quai et ensuite d’entrer dans le bus sans nécessiter d’aide. Des voies sont réservées à ces bus qui passent toutes les 5 minutes. A Curitiba, deux millions de personnes prennent le bus chaque jour.

Ce n’est pas la seule particularité de cette ville étonnante pour ceux qui ont en tête l’image des mégalopoles brésiliennes agitées, stressantes, criminalisées et criblées de pauvreté. Curitiba est une ville plutôt paisible pour comporter 1,8 million d’habitants. Le niveau de vie y est élevé et les préoccupations sociales et de “bien vivre” y sont manifestes. Le fameux maire a multiplié les places, a planté des millions d’arbres, ouvert des rues piétonnes, organisé le ramassage des déchets. Bref, il a fait d’un univers de béton quelque chose de vivable. Il a constamment été réélu…

La culture y tient une place importante.

Les Piche se sont rués sur le joyau de la ville : le musée d’art contemporain Oscar Niemeyer. Un bâtiment de béton et de verre en forme d’oeil dans le style années 60 du maître. Superbe, avec de nombreuses expositions dont certaines éblouissantes quasi au sens propre. Raoul a pris des photos qu’il montrera peut-être un jour.

Dernier agrément de Curitiba que les Piche apprécient au plus au point, la ville se situe à 930 mètres d’altitude, la température y est donc moins chaude qu’ailleurs. De toute façon, de ce côté-là les choses se sont bien arrangées pour Rose et Raoul. Depuis qu’ils ont grillé sur une plage de Florianopolis le temps s’est mis au gris et à la pluie. Du coup, de rouge façon homard thermidor, ils évoluent gentiment vers un joli brun gâteau sec.

A bientôt

“Les Bidochons en vacances”

31 janvier 2016

En franchissant la frontière du Brésil, pour les Piche tout a changé.

D’abord, ils sont devenus Uruguayens. Dès qu’ils parlent, on leur renvoie un “ah! vous êtes Uruguayens !” qui les ravit. Cela leur laisse à penser que leur espagnol, qu’ils utilisent à la place du brésilien, n’est pas si mauvais. Le brésilien, cette langue si chantante, est précisément le deuxième grand changement. Face aux difficultés des Piche pour échanger dans cet idome, Rose a posé un diagnostic sans appel “lorsqu’ils (les Brésiliens) parlent, je comprends la musique mais pas les paroles”. En habillant leur  vocabulaire espagnol de “ou”, “oum”, “oïs” les Piche parviennent à se faire comprendre mais le plus souvent ils ne comprennent pas les réponses à leurs questions.

Le troisième changement, ce sont les vacances. C’est le plein été et les Brésiliens sont sur les plages. Notamment à Florianopolis. Sable blanc, fin, eau turquoise et chaude, parasols, marchands ambulants, familles… Les Piche qui se sont joints à eux ne sont plus les Piche en voyage mais “Les Bidochons en vacances” ! Repliés sous leur minuscule parasol, ils essayent de ne pas virer au rouge façon homard thermidor.

Raoul a l’impression de revenir 60 ans en arrière à Carnon plage, à une différence près qui, encore une fois, change tout : les culs ! Ici les culs sont nus ou quasiment, tant les strings des dames et des demoiselles ne cachent rien de leur anatomie.

Raoul s’adapte. Sans difficulté.

A bientôt

PS : Les Piche ont échoué ils sont rouge thermidor

Les Uruguayens, drôles de citoyens ?

26 janvier 2016

A Montevideo, les Piche sont perplexes. Que penseraient les Français, si :

- Pour se conformer au principe de séparation des églises et de l’Etat, on changeait les appellations des jours fériés nationaux issus des fêtes catholiques et qu’on les remplace par ” le jour de la famille” pour Noël, ” La semaine du tourisme ” pour la semaine de Pâques, “la journée des plages” pour l’Ascencion.

- On accueillait des réfugiés syriens en leur attribuant une aide égale à 2 fois le revenu minimum.

- On vendait le canabis en pharmacie et on autorisait des clubs d’amateurs à en cultiver pour leur consommation personnelle. Histoire de couper l’herbe (hi, hi) sous le pied des trafiquants et de réduire la criminalité.

- Un juge refusait la diffusion des portraits de braqueurs pris par les caméras de surveillance d’une banque au nom de la présomption d’innocence. Et aussi pour ne pas violer le loi sur la protection des mineurs “au cas où les personnes filmées se révèleraient être des mineurs”.

- On choisissait comme capitale une ville avec des dizaines de km de plages depuis le centre jusqu’à la périphérie, longés par une superbe et interminable promenade piétonière.

Les Piche s’interrogent, mais pas les Uruguayens pour lesquels tout cela est réalité chez eux.

A Bientôt

PS Bien sûr ceci n’a aucun rapport avec cela mais les Piche notent que l’Uruguay a un des plus haut niveau d’instruction des pays d’Amérique latine.

Destins croisés

24 janvier 2016

- Hola ! jeune homme, viens voir là. Comment t’appelles-tu ?

- Ernesto, Monsieur.

- Tu habites par ici ?

- Oui, à quatre rues de là.

- Tu aimes la musique ?

- Oui, mais je préfère la lecture et le sport

- Très bien, très bien. Continue et tu réussiras.

- Et vous, Monsieur, comment vous appelez-vous ?

- Manuel, mon garçon.

- Vous aimez beaucoup la musique, j’imagine ?

- C’est ma vie.

- Merci, au revoir Monsieur.

- Adieu petit.

Le vieil homme et le jeune homme se quittent sur cet adieu, réciproquement impressionnés par la force qui émane de l’un et de l’autre.

Nous sommes en 1946 dans la bourgade d’Alta Gracia, perdue au centre de l’Argentine. La famille d’Ernesto s’est installée ici parce qu’il souffre d’asthme. Manuel y est venu pour la tranquillité du lieu. Il mourra dans son lit quelques mois après cette rencontre. Ernesto, 21 ans plus tard, d’une rafale de mitraillette.

Tout deux connaîtront une célébrité mondiale. Manuel de Falla pour ses compositions musicales, Ernesto Guevarra pour sa luttre contre l’oppression des peuples.

Cette rencontre n’a jamais eu lieu mais elle aurait pu. Elle a été imaginée par Raoul Piche après la visite à Alta Gracia des maisons musées de Manuel de Falla et d’Ernesto Guevarra et constaté qu’ils y vécurent durant quelques années au même moment à quelques rues de distance.

A bientôt

Rencontres du troisième type

23 janvier 2016

Modeste par l’altitude, le mont Uritorco est pourtant de première importance pour l’humanité.

C’est là, à une centaine de kilomètres au nord de Cordoba que viennent régulièrement nous rendre visite des extraterrestres.

De nombreux témoignages en font foi.

Le premier remonte à 1935. Plus récemment, en 1986, Gabriel et Esperanza Gomez ont vu un vaisseau spatial si grand qu’il illuminait tout le paysage environnant. Le lendemain, le sol était brûlé sur 122 m de long et 64 m de large à l’endroit de l’”atterrissage”. Quelques années plus tard ce sont 300 personnes qui ont vu un vaisseau ayant laissé également une grande marque roussie. Rebelotte en 1991.

Chaque année, 100 000 personnes grimpent sur les flancs du mont Uritorco dans l’espoir d’une rencontre du troisième type.

Les Piche ne pouvaient pas manquer un tel rendez-vous. Ils se sont donc rendus au “centre d’information sur les OVNI” de Capilla del Monte, la commune au pied du mont. Tous les documents et les témoignages sur les événements y sont rassemblés.

Parmi les théories émises pour justifier ces phénomènes, Rose déclare à Raoul que sa préférence va nettement vers celle-ci :

Les extraterrestres visitent le mont Uritorco parce que le chevalier de Perceval y aurait apporté le saint Graal et la croix des Templiers à la fin du XII ème siècle pour les poser à côté du sceptre, réalisé 8000 ans auparavant par Vatan chef des Comechingones, la tribu indienne qui peuplait la région.

Inquiet, Raoul demande à Rose pourquoi cette explication retient sa faveur.

- J’aime bien cette explication car elle montre à quel point les gens qui croient à ces fadaises d’extraterrestres ont l’esprit dérangé. Pour écrire des trucs pareils il faut vraiment être “azimuté” (une expression chère à Rose pour qualifier quelqu’un qui a perdu le nord).

Raoul est rassuré mais de retour à Cordoba la rationalité des Piche est à nouveau mise à l’épreuve.

A la foire artisanale du quartier bobo de Güemes des vendeurs proposent des pyramides sensées concentrer l’orgone, cette énergie chère à Wilhem Reich que la physique ignore. Elle transforme “l’énergie négative en énergie positive, purifie les émotions et protège des mauvaises radiations”.

Face au regard plus que dubitatif de Rose, Raoul propose une alternative (c’est le cas de le dire, on va comprendre…).

- Pour obtenir le même résultat, il suffit de mettre les doigts dans une prise de courant qui passe 50 fois par seconde du positif au négatif (60 aux Etats Unis !) pour vivre des émotions fortes qui irradient joyeusement tout le corps au point de le faire se trémousser. Et, avec un peu de chance on peut, en prime, voir des éléphants roses venus de la planète Edé F.

Le manque de spiritualité et de sens poétique des Piche est consternant.

A bientôt

L’herbe roussie sur le lieu de l’”atterrissage”

La zone d’”atterrissage” vue de plus loin

La presse s’est emparé du sujet

Quand on vous dit que c’est lumineux !!!

Les Piche ont effectivement rencontré un extraterrestre à côté de sa soucoupe volante en plein centre ville de Capilla del Monte

La mairie lui paye le stationnement pour service rendu à l’économie de la ville. Des centaines de milliers de visiteurs chaque année.

Il a accepté de poser pour notre caméra. Oui, il a une apparence humaine mais il ne faut pas s’y fier…

Un bien bel engin. Pas aussi grand que dans les descriptions des témoins ? Et alors ? Incroyants !

Le mont Uritorco est en arrière plan

Raoul Piche découvrant le Saint Graal.

Dow Chimical, Dupont, Summit agro, Stinger, Gaucho… Les Argentins ont la main verte

18 janvier 2016

Que l’élevage argentin produise la viande la plus suave et goûteuse du monde, les Piche le savaient. Que les Argentins en consomment 8 fois plus par tête que les Etatsuniens, pourtant carnivores patentés, prêts à tout pour défendre leur beefstaek, les Piche s’en doutaient un peu. Au restaurant une tranche de faux filet de moins de 400 g ça n’existe pas.

Mais, en plus, les Piche découvrent que les Argentins ont la main verte.

Sur les 700 km qui séparent Buenos Aires de Cordoba, l’essentiel du paysage est formé de champs d’un vert absolu qui s’étendent à perte de vue. En revanche, Rose et Raoul n’ont pas bien compris les panneaux accrochés aux clôtures : Dow Chimical, Stinger, Dupont, Summit agro, Gaucho, Adama “simply groth together”, Systema full agro, Sinsem NS 5258, Pampero uso intensivo, Nidera (semillas, agrochimicas, fertilizantes), Polaverich inoculando liquido para maïz…  Sans doute des supporters des paysans.

C’est probablement avec leur aide que les Argentins sont devenus les deuxièmes producteurs mondiaux de soja et de maïs. Très forts !

De l’agriculture à la culture il n’y a qu’un pas que les Piche ont franchi le jour de leur arrivée à Cordoba en entrant dans le café “La real”. Dans cette salle rétro résonnaient les voix de Brel, Montand, Aznavour…

La culture comme l’agriculture s’exportent. Aussi naturelles l’une que l’autre ?

Conquête d’espace vital dans la carlingue d’un avion

13 janvier 2016

Tout voyage lointain commence par le partage de l’espace restreint d’une carlingue d’avion entre plusieurs centaines de personnes.
Un monde en réduction.
Pour les Piche allant vers Buenos Aires ce sont 13h30 à passer dans ce petit monde. Pour les autres aussi. Les instincts vitaux s’éveillent. Chacun lorgne sur les sièges vides qui lui permettra de s’allonger un peu. Raoul observe des prises de position stratégiques dans l’allée centrale forte de 4 sièges côte à côte. 4 sièges libres, c’est un lit, un château, un rêve. 3 sièges libres, c’est un peu de confort. 2 sièges, c’est un mauvais HLM, beaucoup préfèrent encore l’inconfort de leur siège unique qui ne doit rien à personne.
Avant le décollage, Rose quitte Raoul pour tenter sa chance ailleurs. Raoul se retrouve à une extrémité d’une rangée de 4, une femme à l’autre extrémité. Elle jette des coups d’oeil sur les deux sièges qui les séparent. Raoul fait de même. Derrière Raoul, un homme seul a pris position espérant conquérir les 4 sièges de sa rangée.
Décollage. Altitude de croisière. Première tentative de conquête territoriale. L’homme seul voit arriver une femme avec un bébé (l’horreur absolue, le bébé voyageur), elle vient nicher sur sa rangée. Tête du futur colon qui tente une opération de résistance déjouée par une autorité supérieure, celle de l’hôtesse de l’air. Il part à la recherche d’un nouveau territoire mais ne le trouve pas et revient chez lui.
Après le repas la très très longue nuit commence. C’est là que tout se joue.
Raoul croit à sa chance pour posséder trois sièges. Las, à son retour des toilettes, il trouve la femme d’extrême droite (hum !) couchée là où il croyait si bien s’étendre. Tant pis. Il regarde un film. Au mot fin, il tombe de sommeil. La femme s’est relevée, assise sur son siège. Raoul s’allonge. Plus tard il se relève et elle se couche. Finalement, tout au long de la nuit, ces deux-la vont partager leur territoire par périodes successives en bonne entente. Rose a moins de chance. Son voisin de rangée ne lui cèdera pas un pouce de terrain.
Derrière Raoul, pour des raisons mystérieuses, au milieu de la nuit , la femme s’exilera avec son bébé vers son siège d’origine. L’homme, enfin seul, restera allongé dans son château jusqu’au bout.
Dans la rangée côté hublot, à la hauteur de Rose, une femme visiblement adepte de la chirurgie esthétique portant moult bagouses grosses comme des balles de ping pong est nerveuse. Elle n’aime pas l’avion. Elle n’a pas confiance. Peut-être se demande-t-elle comme Jean Yanne “pourquoi n’a-t-on pas pensé à faire le fuselage des avions dans le même métal que les boîtes noires ?”. Raoul est tenté de la rassurer en lui faisant remarquer qu’elle peut faire plus confiance au pilote qu’à son chirurgien car dans l’hypothèse d’une erreur, le premier est bien plus sévèrement puni que le second. Mais réalisant qu’ils sont dans un avion de la Lufthansa, Raoul se ravise. Il pense que les passagers de la filiale Germanwing de la Lufthansa qui ont terminé leur voyage et leur vie sur les contreforts des Alpes françaises n’auraient pas apprécié le manque de rigueur de son raisonnement.
Du coup Raoul se sent coupable et un peu nerveux à son tour.
Lors du choc plutôt doux du train d’atterrissage sur la piste de Buenos Aires, la femme pousse un grand soupir de soulagement. Le pilote tenait à sa vie autant qu’à celle de ses passagers. Mais comment le savoir tant que les roues n’ont pas touché le sol.
Le monde en réduction d’un vol en avion ressemble décidément au monde réel. Désir de conquête, résistance, coopération, danger, incertitude, confiance, défiance ne s’y retrouvent-ils pas ?
A bientôt

La Confitería Ideal

23 février 2013

Carlos Gradel a chanté là, Maurice Chevalier y est venu tout comme Vittorio Gassman, des scènes des films « Tango » et « Evita » y ont été tournées. C’est dire si « La Confitería Ideal », café mais surtout haut lieu de rencontre des passionnés du tango, appartient à l’histoire de Buenos Aires.

Son style art déco du début du XX ème siècle l’a figée à cette époque. Colonnes de marbre, coupole de fer forgé, vitraux tchèques, percolateurs centenaires, services de cristal, lustres et appliques inondant la salle de bal de mille feux, en 2013 on est encore en 1912.

Même les danseurs qui évoluent sur la piste semblent d’époque. Là, un jeune couple, lui en pantalon trop ample, elle avec une longue robe et des chaussures à talons hauts et fins, enchaînent des passes savantes avec délice. Plus loin, un couple entre deux âges, lui tout de blanc vêtu, moustache et barbe au menton, entraîne une femme « embijoutée » dans une danse coquine.

Le haut des corps semble figé mais les jambes tournoient, se croisent, se frottent, s’entre-croisent, sont vivement jetées vers l’arrière puis s’écartent en ciseau vers la gauche, le couple se serre, se colle, s’écarte, tournoie, multiplie des pas qui lui font faire le tour de l’immense piste de marbre. La danseuse frotte son pied sur le pantalon du danseur, oh!

On retrouve les origines du tango, cette danse de malfrats qui sévissait à la Boca, le quartier du port où les machos immigrés italiens imposaient leur loi. Immigration massive qui a fait dire que « les Mexicains descendent des Aztèques, les Péruviens descendent des Incas, et les Argentins descendent… du bateau. »

Évidemment, c’est dans cette célébrissime « milonga » que Rose prend sa première leçon de tango. Même si le tango se veut danse d’improvisation, son apprentissage se révèle très technique : avant, pivot, écartement à droite, arrière, croisé, la gamme des pas de base est sans limite.

Après la grammaire espagnole voilà Rose qui apprend celle du tango. Pas si simple qu’elle le croyait. L’apprentissage durera plus que prévu. Raoul qui connaît ses limites plus que réduites en ce domaine, reste sagement à observer les lieux et les danseurs.

Après cette plongée dans le passé, les Piche se réjouissent que « La Confitería Ideal » n’ait pas été gagnée par la « mondialisation » comme bien d’autres lieux fameux de Buenos Aires. Sans vouloir fâcher leurs amis anglo saxons, Rose et Raoul trouvent que les noms d’origine des cafés porteños, « La Orchidea », « La Poesia », « Café Tortoni », « Café de los Angelitos », « Las Violetas », « Mundo bizarro » sonnent tout de même mieux que les rugueux « Starbuck’s » (beurk!), « Mac Donald’s » et autres « Burger King » qui les ont trop souvent remplacés dans des superbes édifices prestigieux du coeur de ville.

Mais les Argentins ne sont pas comme les Piche, ils acceptent plus volontiers la domination linguistique et culturelle étatsuniène (« estadounidense» comme il est dit ici où l’on demeure malgré tout chatouilleux sur l’appropriation des termes Amérique et Américains par les seuls « Etatsuniens »). Pour preuve les films à l’affiche dans les principales salles de la ville qui sont quasi exclusivement les « blockbusters » (et allons-y !!!) hollywoodiens en version originale sous-titrée. « C’est bien, comme ça, les aveugles peuvent lire ce qui se dit » lâche un Piche qui ne sera pas dénoncé dans ces lignes car il exerce des menaces à l’encontre de l’autre Piche, « si tu me dénonces, je dirai comment tu conjugues l’auxiliaire « haber » (avoir) en « haribo » (bonbon à la réglisse fabriqué à Uzès…) ».

C’est tendu en ce moment chez les Piche.

A Bientôt.

Cocktail molotov

10 février 2013

« Vous mettez un peu de chlorate de potassium et du sucre dans un papier, vous le pliez, ce sera le détonateur. Vous le collez sur la bouteille qui, elle, sera remplie d’essence ».

L’explosion d’une toute belle 2cv Citroën blanche bombardée par plusieurs cocktails molotov lancés par des artistes prouve que la recette marche. La preuve, la deudeuche est là devant les Piche, a moitié calcinée, posée sur d’épais traités de droit constitutionnel au milieu de la salle d’exposition du parc de la mémoire dédié aux victimes du terrorisme d’Etat.

Le cours d’explosif est présenté dans une vidéo qui explique l’origine et la raison de cette oeuvre d’art. Elle a été enregistrée par un survivant des émeutes de Cordoba contre la dictature argentine des années 70.

Inauguré assez récemment, ce parc de 14 hectares a été livré aux artistes plutôt qu’aux historiens. Le résultat est remarquable. Notamment, la longue promenade en bordure du Rio de la Plata où, sur chaque lampadaire, un groupe d’artistes a affiché une série de panneaux imitant la signalétique à base de pictogrammes. Terribles, à force d’expression synthétique des actions de la dictature.

Quelques exemples : sur un panneau en losange, fond jaune, un à plat noir dessine la forme d’un avion, et, dans l’avion, un homme. Ce sont les vols de la mort. Ces milliers de prisonniers que la dictature a précipité depuis des avions dans le Rio de la Plata. Foin de longs discours, tout est dit en une image ultra simple. Et le Rio de la Plata est là à quelques mètres…

Même type de panneau, même fond jaune, même simplicité, une succession de barres verticales noires, et, derrière les barres, le profil d’une femme au ventre rond. Evocation des bébés volés aux femmes enceintes, incarcérées puis assassinées.

Emus par ce lieu de mémoire dont l’intelligence fait ressortir en contre-point la brutalité de la bêtise humaine, les Piche ne peuvent s’empêcher de se remémorer d’autres lieux de mémoire rencontrés lors de précédents voyages.

Celui de Nankin qui perpétue le massacre de 300 000 Chinois de la ville par l’armée japonaise. Un lieu impressionnant par sa dignité et son contenu historique.

Celui du chemin de fer de la mort (death railway) à Kanchanaburi en Thaïlande à la frontière de la Malaisie, rendu célèbre par le film « Le pont de la rivière Kwaï ». Dans ce défilé reliant les deux pays des jeunes, Hollandais et Britanniques, tombaient comme des mouches.

Celui de la marche de la mort (encore et toujours) aux Philippines. Une marche forcée de 97 km, décidée par les Japonais, qui a fait plus de 20 000 victimes philippines et américaines en quelques jours.

Tout ces lieux ont un point commun : ils parlent pour les victimes. Et, comme à Buenos Aires, elles nous disent « nunca mas ! ». Plus jamais ça !

Les Piche ne sont pas loin de penser que c’est vraiment le moment de bien écouter leur message.

A bientôt