Kuala Lumpur, déluge, jeu d’arcade et Titanic

19 mars 2012

Un flash bleu intense, un claquement sec assourdissant, la foudre est tombée très près des Piche. Abrités sous leurs parapluies ils se dirigent vers un restaurant lorsque le ciel leur tombe sur la tête. Raoul qui vient d’acheter un parapluie tout neuf s’inquiète de la pointe qui en dépasse, « pas bon pour la foudre ». Puis il réalise que Rose et lui marchent dans une rue bordée de gratte-ciel de 200 à 400 mètres de haut, hérissés d’antennes et de paratonnerres. La foudre a l’embarras du choix pour s’abattre ailleurs que sur leurs malheureux parapluies.

Durant deux heures c’est le déluge. Confortablement assis à une table d’un excellent restaurant, les Piche devisent sur cette pluie tropicale. Elle évoque les épisodes cévenols qu’ils connaissent si bien et redoutent tant. L’intensité est la même. « Mais chez eux c’est au moins une fois par semaine. Ils sont habitués » remarque Rose.

Faux.

Bien qu’il pleuve chaque jour à Kuala Lumpur en fin d’après-midi, ce soir là était un peu inhabituel. La preuve, le lendemain, le journal titrait sur les inondations qui avaient noyé certains quartiers et les voitures submergées dans des parkings. Tiens, tiens ! 200 millimètres de pluie en une soirée, on sait faire au sud des Cévennes.

Si la pluie profite à la végétation, les dollars, eux, font pousser les gratte-ciel. Kuala Lumpur en est hérissée (dont les fameuses tours jumelles Petronas de 421 mètres de haut) et cela continue. Des forêts de grues, de gigantesques chantiers grignotent petit à petit ce qu’il reste de quartiers traditionnels.

Résultat, les déplacements à pied relèvent du jeu d’arcade. Il y a une énigme à trouver tous les 300 mètres pour progresser de 300 mètres.

Exemple vécu par les Piche pour se rendre au Musée National de Malaisie.

Départ : la station du monorail. Traverser une ou deux avenues au trafic intense. S’engager sous un tunnel de béton, au-dessus duquel se trouve le chantier d’un gratte-ciel. Après 200 mètres dans le bruit et la fureur qui règne là-dessous prendre un petit escalier dérobé sur la droite, il donne accès à un escalier plus grand qui débouche dans une rue face à la gare centrale de Kuala Lumpur.

Traverser la gare au niveau 0, puis au niveau 1. En sortant on se trouve devant l’immense bâtiment de l’hôtel Méridien. Traverser le parking situé sous l’hôtel. On parvient alors à une bretelle d’accès d’une double voie rapide située en contrebas. Infranchissable. Les Piche scrutent le paysage, cherchent la solution, cela dure 10 minutes. Ah ! Un petit trottoir de 50 cm de large permet d’accéder à un escalier à peine visible, là-bas à 100 m de l’autre côté d’une seconde bretelle. L’escalier descend d’un niveau et amène en bordure d’une rue « normale » qui donne accès à une passerelle, laquelle franchit la voie rapide. Encore quelques mètres et c’est l’entrée dans le parc central de la ville. Un sentier, sans indication, paraît aller dans la bonne direction. Une petite colline, l’arrière d’un bâtiment à contourner et voilà l’entrée du Musée National ! Facile !

Raoul, au caissier : « C’est vous qui devriez nous payer pour être parvenus jusqu’ici ». « Vous n’êtes pas venus en voiture ? » « Non !!! » Parfois il est suspect d’être piéton.

En comparaison, Singapour est une ville respirable, avec moins de gratte-ciel, moins hauts, plus d’espaces verts, de la place pour les piétons et un excellent réseau de transports publics.

A Singapour les Piche ont vu une remarquable exposition organisée autour des objets remontés de l’épave du Titanic.

Lorsqu’ils contemplent les noms aux sommets des gratte-ciel de Kuala Lumpur et de Singapour, ils ne peuvent s’empêcher de faire un rapprochement : Chartered Bank, ING Bank, Maybank, UCO Bank, Bank of east Asia, Barclays, HSBC, Indian Bank, KBC Bank, RHB islamic Bank, City Bank etc. Ne sont-ce pas là autant de Titanic qui se dirigent vers des écueils dont ils font fi comme d’autres ont ingnoré les icebergs de l’Atlantique nord le 12 avril 1912.

To big to fail ?

Le Titanic, lui aussi était réputé insubmersible…

Curry de tête de poisson

19 mars 2012

La synthèse la plus improbable de deux cuisines aux antipodes l’une de l’autre est réalisée par les Malaisiens de Penang, le porridge aux grenouilles ! Le porridge des Anglais et les grenouilles des Français dans la même cassolette, un exploit culinaire.

A GeorgesTown, capitale de l’île de Penang, le mot « mélange » est le maître mot : mélange des mets, des races, des langues, des architectures caractérise cette petite ville classée au patrimoine mondial de l’humanité. Tous les peuples d’Asie, et d’ailleurs, se retrouvent : Chinois, Indiens, Birmans, Javanais, Arabes, Arméniens, Japonais, Ceylanais, Malais (il y en a aussi…) sans compter quelques autochtones aux appellations étranges Aceh, Bugis, Minangkaban. Claude Guéant s’il venait à Penang en aurait les cheveux qui se dressent sur la tête : toutes ces communautés vivent en parfaite intelligence depuis 300 ans. A croire que c’est lorsqu’elle est insuffisante que l’immigration pose problème.

Dans le quartier indien on est vraiment en Inde. Musique Bollywoodienne aigrelette à fond, femmes en sari, hommes à la peau très foncée, vendeurs d’épices, innombrables bijouteries étalant les ors si prisés, tailleurs, restaurants, temples, tout y est. Une rue à traverser et on se retrouve en Chine. Enseignes écrites en chinois, journaux chinois, temples bouddhistes, ateliers de toutes sortes, couleurs rouge et or, anciennes et magnifiques maisons d’ex-riches marchands transformées en musées qui servent de décors à des films (« Indochine » a été tourné dans l’une d’elles).

La beauté du centre de la ville tient pour beaucoup à l’architecture coloniale britannique des maisons alignées les unes contre les autres et cela quelle que soit la « coloration » du quartier. Avec la richesse croissante de la Malaisie, les restaurations de ces maisons vont bon train, le classement par l’Unesco agissant comme un catalyseur.

Rose et Raoul Piche appréhendent cette plaisante diversité de la façon la plus triviale, par la bouffe !

Ils ont leur rond de serviette au Red Garden, un « food court » où sont rassemblés une vingtaine d’étals de cuisine, chacun avec ses spécialités, ce qui leur permet de découvrir toutes les saveurs d’Asie. Celle du Laksa (typiquement malaisien) soupe de poisson aigre douce au tamarin avec des nouilles, du Koay Teow qui mêle crevettes, fruits de mer, légumes et nombre d’autres éléments non identifiés, curry de tête de poisson, Wan Tan Mee, Hokkien Mee, Nasi Kandar, Cendal, etc.

Rose et Raoul qui en 20 ans ont englouti près de 1000 douzaines d’huîtres n’ont pas pu franchir le pas de l’huître frite, pourtant spécialité de Penang. Tolérants les Piche, certes, mais il y a des limites à l’hérésie ! Idem pour le porridge aux grenouilles. Rose a mangé les grenouilles mais a refusé le porridge. On met l’identité nationale où l’on peut. Content Monsieur Guéant ?

Plongée en eau trouble

19 mars 2012

Sourcil froncé par l’inquiétude, le commandant du « Friendship », bateau de 25 mètres avec 60 personnes à bord, scrute la surface de l’eau. Il lui manque deux passagers. Le bateau est au mouillage à l’entrée de Maya Bay, sur l’île de Kho Phi Phi. Il a vu les deux manquant plonger pour aller explorer les fonds sous-marins. Ils devaient remonter à bord au bout d’une heure. Personne. La sirène retentit pour les appeler. Rien. Rose et Raoul Piche ont disparu.

Ce sont leurs amis, Chantal et Patrice qui ont prévenu le capitaine de leur absence alors qu’il allait lever l’ancre sans eux. Face au chef de bord inquiet, ils se veulent rassurant, « ne vous en faites pas ils sont très expérimentés ».

Une heure auparavant, les Piche avaient effectivement quitté le bord avec masque et tuba pour admirer la faune et la flore des eaux tropicales. Sous le bateau le spectacle était intéressant sans être très riche. En nageant vers la plage éloignée, Rose et Raoul pensaient en voir plus. Ce fut le contraire. Sur les trois-quart du trajet un spectacle de désolation : des coraux morts et plus aucun poisson. Parvenus à la plage ils pensaient trouver la barque censée ramener les passagers à bord. Mais tout le monde était déjà retourné au bateau.

Ils entendaient la sirène du « Friendship » les appeler désespérément mais aucune barque pour revenir. Finalement en graissant la patte à un marinier ils sont rapatriés sur leur navire… et grondés par le commandant : « ne refaites plus jamais ça ! ». Il s’en est fallu de peu que les Piche jouent les Robinson sur cette île déserte. Ils regrettent presque d’avoir été récupérés.

Le lendemain les Piche se retrouvent sur une petite plage idyllique où ils sont logés dans des bungalows spartiates mais à la vue superbe. Un minuscule centre de plongée est là. Raoul ne veut pas rester sur une mauvaise impression. Il décide d’effectuer deux plongées bouteille. « Avec leur bateau rapide on va pouvoir aller sur de bons coins », pense-t-il.

Une demi-heure de mer et première plongée à proximité d’un îlot. Après 40 minutes dans une eau trouble, Raoul se demande si le but de cette plongée est de démontrer qu’il n’y a rien à voir autour de Phuket ! Devinant ses pensées le chef de palanquée lui annonce que la seconde plongée va être bien plus belle, avec coraux mous et poissons « mais avec pas mal de courant ».

2ème plongée, sur un second îlot. Immersion, eau de plus en plus trouble en descendant et encore moins de poissons. Tout à coup, au détour d’un rocher, Raoul voit le chef de palanquée emporté à toute allure sur sa gauche par un très fort courant. Pour ne pas le perdre il suit, comme les trois autres plongeurs qui sont avec lui. La silhouette du leader est à peine perceptible dans la brume du fond. Les coraux mous sont là survolés à toute vitesse sans possibilité de les contempler. L’attention des plongeurs est totalement concentrée sur le fait de ne pas se perdre de vue les uns les autres ! Profondeur -30m. Début d’une lente remontée. Plus rien à voir ni dessous, ni dessus. Après des paliers, surface. « Tiens, on est au large ! » remarque Raoul. Pas de bateau pour récupérer les plongeurs. Ils barbotent 20 minutes avant d’être aperçus et récupérés.

De retour au bungalow Raoul est accueilli par une Rose enthousiaste « là, devant la plage, il y a plein de poissons, des coraux, c’est super ».

Raoul s’y rend et reconnaît que, sans être les Philippines, l’endroit est de loin le plus riche qu’il ait vu autour de Phuket.

A pied, depuis la plage, avec un simple masque, un tuba et des palmes.

Grrrrrr…!!!

Astrologie birmane

19 mars 2012

Tout le monde connaît cette réflexion d’Einstein : « Deux domaines donnent une idée de l’infini : l’espace intersidéral et la bêtise humaine. Mais pour ce qui est de l’espace j’ai encore un doute ».

L’histoire des dernières  décennies de la Birmanie n’aurait pas été de nature à modifier son jugement tant la bêtise des dirigeants de ce pays a atteint des sommets.

Ils ne seraient sans doute pas parvenus à de telles cimes, s’ils n’avaient été aidés par leurs astrologues. Cela a donné les épisodes suivants.

Comme le directeur de la Banque de France l’ignore, le chiffre 9 porte bonheur. Heureusement, un dirigeant birman en a été informé par son astrologue. Du jour au lendemain, il a remplacé les billets de 100, 50, 10, etc, par des billets de 90, 75, 35, 15, ruinant les économie liquides des petits épargnants.

Plus tard, la même source d’information a annoncé des catastrophes, si dans le pays, ex colonie britannique, on continuait à rouler à gauche. Au jour J on a été prié de rouler… à droite. Mais  la totalité du parc automobile est resté avec des volants à droite. Y compris les voitures neuves! Donc, pour doubler, on est prié de se déporter largement sur la gauche, histoire de voir si la voie est libre. Audacieux.

Un autre cataclysme a été prédit par les astrologues conseillés du pouvoir, si la capitale restait à Rangoon. A coup de millions de dollars a donc été construite une ville nouvelle, au milieu de nulle part, à 400 kilomètres de Rangoon et 300 de Mandalay. Bâtiments administratifs, aéroport, autoroutes à quatre, six et même huit voies, sont sortis du sol pour faciliter les déplacements des dirigeants et des hauts fonctionnaires du pays. Les Birmans, déjà pauvres, se sont appauvris un peu plus.

A la question rouge du jeu des mille euros « quelle est la capitale de la Birmanie? », la réponse est donc « Nay Pyi Taw ». Au passage, rappelons que les mêmes ont débaptisé leur pays qui ne s’appelle plus la Birmanie mais le Myanmar. Nay Pyi Taw est donc la capitale du Myanmar.

La liste est longue et serait fastidieuse des exploits de cette gouvernance astrologique. Elle s’est accompagnée, on le sait, d’une tyrannie meurtrière pour le peuple.

Mais les choses bougent, paraît-il, et les élections d’avril prochain suscitent beaucoup d’espoir. Pourvu que les astrologues ne s’en mêlent pas !

Tout ce qui est d’or… brille

19 mars 2012

Un rocher couvert d’or, en déséquilibre sur le vide, c’est le rocher d’or. Le défi aux lois de la gravitation que ce gros caillou semble poser n’en est pas un. Son équilibre tient à un cheveu.

Pas n’importe lequel. Un cheveu de Bouddha placé à son sommet. 10 000 fois plus résistant qu’un fil d’araignée, lui-même 1000 fois plus résistant que l’acier, le cheveu de Bouddha c’est le top du top de la résistance mécanique. Si les Birmans créaient Air Bouddha doté d’une flotte d’avions en poils de Bouddha, ils auraient la compagnie aérienne la plus sûre du monde.

Les Birmans sont fanas du rocher d’or, un de leur lieu de pèlerinage préféré.

Toutefois, n’accède pas au rocher d’or qui veut. Il faut en payer le prix. Non pas en dollars (encore qu’un petit billet de 5 $ n’est pas de refus à l’entrée du site) mais en sueur et en sensations fortes.

Bien entendu, le rocher, l’or, le cheveu tout ça est perché au sommet d’un montagne quasi inaccessible. La piété n’étant plus ce qu’elle était, même chez les bouddhistes, une partie du trajet s’effectue non pas à pied mais… en bétaillère. Moderne, Nissan dernier cri, moteur puissant, elle emporte 42 pèlerins assis sur 7 étroites poutres (en teck, évidement) placées en travers de la benne arrière. Aucun bus ne pourrait gravir les pentes, parfois de 30%, ni négocier les épingles à cheveu (de Bouddha?) qui conduisent à l’étape intermédiaire avant la montée finale à pied. Pendant trois quart d’heure la bétaillère conduit les pèlerins vers les sommets de la spiritualité.

A chaque virage, sur chaque poutre, le chargement glisse, écrasant le pèlerin assis à l’extrême droite ou à l’extrême gauche du morceau de bois, selon le sens du tournant. Cela au milieu des cris et des rires. Les bouddhistes sont très rieurs. Comme le Bouddha qui a toujours un sourire en coin (un débat savant fait rage pour savoir si ce sourire est moqueur ou pas mais cela dépasse largement la compétence des Piche qui se refusent à prendre position).

Lors des reprises en côte, c’est en arrière que les pèlerins sont projetés. De ces mouvements d’ensemble, s’élève une sorte de « Ola! » birmane qui accompagne la vague humaine dans les oscillations successives intra bétaillère.

Parvenue à destination, une passerelle, genre passerelle d’avion, est avancée sur le flanc de la bétaillère afin de permettre aux passagers de débarquer. Air Bouddha dispose déjà des passerelles…

Seconde épreuve, l’ascension terminale à pied. La pente est encore plus forte que sur la portion précédente.

Comme à son habitude, Rose légère comme une plume s’envole. Raoul opte pour un pas d’une extrême lenteur. Du coup, il devient la cible des porteurs de chaises à porteurs. Cheveux blancs, pas lent, en voilà un qui n’ira pas jusqu’au bout, pensent-ils. Et de tourner autour de Raoul tels des corbeaux guettant le dernier souffle de leur proie. Mais de souffle, le Raoul n’en manque pas. A cette allure, il est capable de marcher des heures et des heures. A force de les voir tourner autour de lui et de remonter inutilement la côte, c’est Piche qui prend pitié d’eux. Le « non » birman étant imprononçable, le « no » isolé ne donnant pas de résultats, Raoul Piche se campe sur ses jambes et leur assène une série de « no, no, no, no, no » qui font enfin effet. Les corbeaux s’envolent.

Libéré de ses anges gardiens, il poursuit son chemin qui passe devant des étals de pharmacopées fortes : têtes de bouc sanguinolentes, crânes de singes, peaux de serpents, pattes velues et griffus d’origine inconnue, fioles contenant divers ingrédients solides baignant dans un liquide couleur whisky. Sûr, voilà des médecines 100% naturelles bien plus efficaces que du butylhydroxyanisole ou du chlorydrate de loperamide horriblement chimiques.

Après une heure de marche, Rose, Raoul et leurs amis se retrouvent au sommet. Au rocher d’or ! Vision superbe.

Rose veut sacrifier à la tradition et coller une feuille d’or sur le bloc de pierre. C’est oublier un peu vite qu’elle est un être impur, indigne de ce geste : « interdit aux femmes ». Une interdiction qui ne la rapproche pas vraiment du bouddhisme ce qui aurait pourtant constitué le véritable miracle du lieu et du jour.

Raoul tente de la remplacer dans l’expédition mais l’accès lui est également interdit. Dans son petit sac à dos il a rangé ses chaussures après s’être mis pieds nus comme dans tous les lieux sacrés du bouddhisme. Les chaussures aux semelles maculées de crachats rouge au jus de bétel ne doivent pas approcher du rocher même enfouies dans un sac en plastic enfoncé dans un sac à dos. Mauvaises vibrations. Délesté de son sac confié à l’« impure » (un peu plus, un peu moins…), Raoul colle l’or sur l’or du rocher. Le luxe suprême en ces temps de crise.

Le soir au restaurant, Rose et Raoul croisent un groupe de Grecs. « Des Grecs ici? Avec tous les problèmes qu’ils ont dans leur pays! ». « A moins que… » Une pensée folle traverse l’esprit de Piche, « non, ils n’oseraient pas ! L’or du Bouddha, tout de même ! ».
En sortant du restaurant, c’est à peine s’ils saluent ces étranges visiteurs, à leurs yeux plus indignes qu’indignés.

Cités lacustres et moine francophile

19 mars 2012

Le lac Inle n’est pas un lac comme les autres. La vie ne s’y organise pas autour mais dessus. Les villages formés de maisons plantées sur des forêts de pilotis se trouvent sur l’eau. Les habitants se déplacent uniquement en barque et cultivent des jardins flottants dont ils parcourent les allées sur des canoës plats à coup de pagaie ou de godille.

Singulière godille puisqu’elle est actionnée par le rameur en position debout à l’aide de sa jambe droite enroulée sur elle. Bel exercice d’équilibre, le rameur se tient sur une seule jambe, l’autre écartée sur le côté au-dessus de l’eau actionnant avec vigueur l’étrange propulseur.

Pour aller d’un village à l’autre et transporter hommes et marchandises ce sont de longues, fines et élégantes barques en teck (de Birmanie, bien sûr, commerce local oblige) qui sont utilisées.

Les maisons en bois et bambou tressé vont du plus rudimentaire au plus sophistiqué, notamment celles destinées à accueillir les riches touristes « les pieds dans l’eau ». L’unicité des matériaux naturels procure à ces villages une indéniable beauté. Les porcs eux-mêmes ont droit à des porcheries perchées sur pilotis !

Sur l’eau on croise des pêcheurs, des cultivateurs, des grands-mères avec leurs petits-fils, des enfants seuls sur de frêles embarcations godillants comme des adultes, des mères qui ramènent leur progéniture de l’école, bref toute la vie qui d’ordinaire anime les rues des villages « terrestres ».

Tisserands, forgerons bijoutiers, les artisans ont également des ateliers sur le lac. La forge et le travail des lames d’aciers rougies ont impressionné les Piche. Du soufflet manuel à l’enclume, jusqu’aux masses, maniées par trois costauds, qui s’abattent à tour de rôle pour donner sa forme à la pièce d’acier, rien n’a changé dans ce tableau depuis des siècles.

Partis en ballade à vélo autour du lac Inle, les Piche et leurs amis se sont ingéniés à se perdre dans des chemins de traverses. Au bout de l’un d’eux, ils croient débarquer chez des alchimistes. Dans des grands chaudrons fumants et écumants bouillonne un étrange liquide verdâtre. Muni d’une grosse louche à très long manche un homme transvase les contenus tandis qu’une femme pousse les feux en chargeant de résidu de canne à sucre le foyer situé sous les chaudrons. La transmutation qui s’opère là est celle du jus de canne, en sucre de canne. Elle ne rapporte pas beaucoup d’or…

Plus loin, un autre chemin aboutit dans un hameau où un paysan invite les promeneurs dans sa pauvre maison. Même sur terre, les maisons dans la campagne birmane sont sur pilotis. Une échelle de bambou inclinée sert d’escalier glissant pour accéder à l’étage. Assis sur des nattes tressées, les Piche et leurs amis sont reçus avec une gentillesse touchante. Thé, couenne de porc grillée, le premier geste des pauvres, ici comme ailleurs, est d’offrir, de donner. Le paysan est très fier de présenter six de ses dix enfants âgés de 20 ans à 2 ans. L’un d’eux, 13 ans, parle un peu l’anglais qu’il apprend à l’école. Une de ses soeurs de 20 ans ne semble pas avoir bénéficié du même apprentissage.

Ailleurs, le hasard conduit les Piche dans une clairière où trône un monastère de teck. Invités à pénétrer dans ce lieu, les promeneurs sont à nouveau accueillis de façon on ne peut plus amicale avec force sourires. Surprise ! Le vieux moine, maître des lieux, connaît des mots de français qu’il mêle à l’anglais. Tout de suite il porte des jugements péremptoires : « Les Français, good, good, the best », « les Anglais », grimace et pouce vers le bas, « les Allemands », même geste, « les Italiens, les Espagnols, good, good ». Puis, le moine se lance dans l’énumération des présidents français depuis Sarkosy en remontant jusqu’à De Gaulle (avec un geste pour dessiner un gros nez) sans en omettre un seul. Viennent ensuite les grandes villes françaises, les châteaux de la Loire et… le nom d’un artiste très connu, précise-t-il, ancien, dont ni les Piche ni leurs amis ne comprennent le nom. Il faut dire que l’accent franco-birman du moine ne les aide pas. A force de répétitions, tout à coup, illumination de Raoul « BB! », « Brigitte Bardot s’exclame-t-il en dessinant à son tour avec les mains les formes féminines généreuses de la vedette », « Oui, oui ! Birgggittte Beurtot », s’enthousiasme le moine tout frétillant qui retrouve sa jeunesse.

A l’évocation joyeuse de BB dans ce sombre monastère, les Piche mesurent toute la distance qui sépare certaines dispositions spirituelles d’autres…

La rencontre avec Aung San Suu Kyi

19 mars 2012

Garée dans la rue qui conduit au marché de Bagan, une calèche porte, bien en vue, deux portraits : ceux de Aung San, père de l’indépendance de la Birmanie et de Aung San Suu Kyi, sa fille. Prix Nobel de la paix, la « Mandela » d’Asie, l’émule de Gandhi qui prône la non violence est omniprésente, en image, sur les étals de rue comme dans les taxis, signe d’une libéralisation apparente.

Après la calèche, les Piche passent devant le siège local de la « National league for democratie » (NLD), le parti d’Aung San Suu Kyi, qui arbore des banderoles fraîchement imprimées. Plus loin, ils s’étonnent de la foule massée des deux côtés de la route. Rose questionne une femme qui lui répond :

- Nous attendons notre leader, Aung San Suu Kyi, vous la connaissez ?

- Si nous la connaissons ? Mais le monde entier la connaît ! Elle doit passer par là ?

- Oui, oui elle va passer par là, répond la femme avec enthousiasme.

Branle bas de combat du côté des Piche et de leurs amis Chantal et Patrice. On s’enquiert de la trajectoire prévue, on fourbit caméras et appareils photos et chacun se perd rapidement dans la foule.

Au loin, Rose et Raoul semblent deviner des flashs qui crépitent, des voitures paraissent arrêtées. Ils se dirigent dans cette direction. Mais rien. Fausse alerte. Autour d’eux, sans qu’ils comprennent pourquoi, les gens traversent la route pour se placer sur un même bord. Rose et Raoul restent seuls du « mauvais côté ».

Raoul aperçoit un puits entouré d’un mur d’un bon mètre de haut, il grimpe dessus ce qui lui donne une vue parfaitement dégagée.

Il remarque alors une colonne de voitures qui avance lentement au loin et la foule qui s’agglutine autour. « Elle » est là, habillée de rouge, dépassant du toit de sa voiture, resplendissante. Raoul filme. Le cortège s’approche jusqu’à parvenir à proximité immédiate de la position stratégique de Raoul.

Aung San Suu Kyi salue la foule, non pas négligemment mais avec attention en cherchant le regard des gens. Elle arbore un superbe sourire. Son regard se porte vers la silhouette occidentale perchée sur un muret. Au même moment, Raoul qui a écarté la caméra de son visage la salue de la main. Elle lui répond du même geste, ses yeux rencontrant ceux de Raoul Piche, tout ému.

Le cortège poursuit lentement sa route entourée d’une nuée de motocyclistes et de piétons qui tentent de prolonger ce moment de grâce.

Rose et Raoul essaient de suivre mais y renoncent finalement. La rencontre a eu lieu et elle a été parfaite dans sa brièveté.

Arrêtés devant une échoppe, ils regardent les images prises, en compagnie des deux femmes birmanes qui s’excitent lorsque sur le petit écran, elles voient Aung San Suu Kyi, plein cadre, saluer la caméra. L’une d’elle tape de la main l’épaule de Raoul en tressautant sur place et en prononçant des paroles manifestement joyeuses mais totalement incompréhensibles pour les Piche. Bref instant de joie partagée.

Plus tard, en lisant le livre que Thierry Falise lui a consacré, Raoul lit les lignes suivantes :

« … mais c’est surtout le regard qui s’est affirmé. Intense, profond, scrutateur, dont on ne s’échappe qu’intimidé ou envoûté. C’est le regard de son père. » Et, Raoul de dire à Rose :

- C’est ce regard là que j’ai vu.

On a toujours besoin d’un petit Bouddha chez soi

19 mars 2012

Aux jeux Olympiques du Bouddhisme la Birmanie écrase tous ses compétiteurs. Le Cambodge, Le Laos, le Vietnam, l’Inde, la Chine, aucun n’approche la Birmanie pour le nombre de stupas, de pagodes, de temples, de bouddhas au kilomètre carré.

Les stupas, édifices en forme de cloches sont omniprésents en ville et dans les campagnes. Parfois, ils transforment des collines ou des plaines banales en paysage sublime (Mandalay, Bagan). En briques roses pour les plus anciens (les plus beaux), peints en blanc pour les plus communs, couleur or pour ceux qui font semblant d’être en or, en or 24 carats pour ceux qui ne font pas semblant. A Rangoon, l’un d’eux, monumental, est couvert de 700 kg de métal précieux. Rose prétend qu’avec l’envolée du cours de l’or s’ensuit une envolée de la glorification du Bouddha. Plus on s’enfonce dans la crise, plus l’or monte, plus Bouddha est remercié.

Bouddhisme philosophie ou religion, à l’écart de ce débat éculé Raoul Piche mondialement inconnu pour ses études sur les croyances développe la théorie suivante : Bouddha était un hippie. En effet, au coeur de chaque stupa se trouve un fragment de cheveu du Bouddha, ce dernier devait donc avoir une tignasse longue et abondante pour approvisionner ces innombrables édifices. A sa mort, toujours selon Raoul Piche, on a coupé ses cheveux en quatre, puis à nouveau en quatre, etc. (d’où l’expression populaire bien connue). Cela a permis d’en placer un peu sous chaque stupa.

Ce gourou-hippie, même s’il n’est pas un dieu est révéré comme tel. Une façon d’exprimer cette dévotion, hormis les stupas, consiste à édifier des statues à son image. Plus elles sont nombreuses, plus elles sont grandes, plus elles sont riches plus forte est la révérence.

Sur ce terrain aussi la Birmanie bat tous les records. Assis, debouts, couchés, couverts d’or, alignés par milliers la statuaire birmane du Bouddha est hors concours.

Le plus grand est debout, il mesure 116 mètres de haut, suivi par le « couché » 55 mètres seulement. Les plus nombreux, de quelques centimètres à peine, placés côte à côte comme les caractères d’un mot forment des lignes et des pages d’écriture sur les murs d’un temple kitchissime de Mandalay. Dans ce lieu unique, on en compte plusieurs centaines de milliers !

Un des Bouddha parmi les plus dorés, également à Mandaly, souffre d’hypertrophie plantaire. N’importe qui peut venir lui plaquer des feuilles d’or dessus. Les amateurs sont tellement nombreux et la  partie la plus accessible de sa personne étant les pieds, c’est là que l’or s’accumule. Ses extrémités auraient pris 20 centimètres d’embonpoint selon les meilleurs auteurs. Raoul Piche et son ami Patrice ont investi un euro cinquante d’or, soit dix feuilles, qu’ils ont été coller sur l’orteil droit du Bouddha espérant qu’ainsi ils éviteraient les ampoules au pied. Force est de constater que « ça marche ». Ni l’un, ni l’autre n’ont eu d’ampoules.

La fabrication des feuilles d’or est techniquement spectaculaire. Pour cela il faut de l’or, bien sûr, 12 grammes, un marteau, un gros de 3 kg, du bambou et deux esclaves. Le bambou sert à produire une feuille sur laquelle l’or n’adhère pas. Avec le marteau, un esclave frappe pendant une heure sur l’or (protégé, naturellement). Il en fait tripler la surface. Son collègue prend le relais pour une heure encore, nouvelle extension. Ainsi de suite 5 heures durant. L’or atteint alors une épaisseur de 0,00027 cm ce qui permet de produire 1800 feuilles carrées de 5×5 cm qui servent à dorer et à adorer Bouddha.

Comme il est toujours utile d’avoir un Bouddha chez soi, des artisans en sculptent à la chaîne  en sortie de Mandalay. Vous vous souvenez des sculpteurs de sphinx dans « Astérix et Cléopatre »? Eh bien ! ce sont les mêmes. Alignés les uns à côté des autres ils sculptent à la masse et au burin,  avec meuleuses, ponçeuses et polisseuses, des blocs de marbre de toutes tailles. Ni masque de protection, ni lunettes, ces artisans très jeunes ont la tête constamment dans un nuage de poussière de pierre qu’ils respirent à plein poumons.

Face à ce spectacle Rose déclare « pourvu que Bouddha fasse des miracles ». Raoul, cette fois-ci n’est pas trop sûr que « ça marche ».

Train d’enfer

19 mars 2012

Train d’enfer

Pour rallier Mandalay, ancienne capitale de la Birmanie, à Rangoon, capitale actuelle, les Piche et leurs amis Chantal et Patrice avaient le choix : bus, train ou avion. Ils ont opté pour le train. Mauvaise pioche.

Dès 5h30 du matin ils sont sur le quai et cherchent leur voiture parmi les « upper class » (première). De l’extérieur elle ressemble à une sorte d’autorail. A l’intérieur, c’est le choc. Les sièges sont larges mais complètement déglingués, leur tissu a vu tant de passagers se frotter à lui qu’il n’a plus de teinte quant au dossier il est recouvert d’une sorte de maillot de footballeur brésilien, d’après match, vert et jaune. Le sol n’a pas senti la caresse d’une serpillière depuis la construction du wagon et les fenêtres laissent passer une lumière tamisée par la crasse.

Dans un moment d’optimisme, Raoul extrait une tablette incluse dans l’accoudoir de son siège (upper class, vous dis-je). Il la renfourne aussitôt en découvrant une surface poisseuse verdâtre genre papier tue mouche sur laquelle est collée une tonne de poussière et autres reliefs de repas.

Il n’empêche à 6h pile le train s’ébranle et pour les Piche c’est bien l’essentiel.

Une fois quittés les faubourgs de Rangoon, la vitesse de croisière de 50Km/h est atteinte. Puis, progressivement le train commence à se balancer d’un bord sur l’autre. Le mouvement s’amplifie jusqu’à atteindre l’amplitude du roulis sur un bateau, Raoul qui sait qu’un train n’a pas de quille se demande s’il ne va pas quitter les rails tant le balancement est fort. Mais non, cette agitation cesse jusqu-à ce qu’une autre, plus terrible, la remplace. Au roulis succède un mouvement de bas en haut d’une telle ampleur que la marche dans les allées est impossible. Les bras et le buste des passagers sont agités de gestes verticaux irrépressibles. Tout le wagon est atteint de Parkinson aiguë, y compris les seins des femmes ! (ce qui est rare avec cette maladie).

Ce pompage vertical donne l’impression que le wagon va sauter hors des rails pour se retrouver sur le ballast. Là encore, miracle, le phénomène cesse mais ce n’est que provisoire il reprend de façon intermittente et toujours aussi inquiétante, tout au long du trajet jusqu’à Mandalay. Lorsque Chantal, qui se dirige vers les toilettes, s’immobilise et se cramponne aux sièges parce qu’une violente séance de pompage vertical recommence, Rose éclate de rire. Devant le regard interrogatif de Raoul elle dit :

- Je l’imagine dans les wc avec ces mouvements !

Mission impossible.

Il arrive que le train ni ne pompe ni ne se balance. Alors les vendeurs ambulants passent et repassent en hurlant pour annoncer leur commerce et surmonter le vacarme ambiant, portes et fenêtres  grandement ouvertes pour un peu de fraîcheur laissant entrer le grondement des boogies . Passent et repassent également dans l’allée centrale et sous les sièges de mignonnes petites souris. Enfin, c’est Raoul qui les trouve gentilles, Rose n’a pas la même opinion.

Ce qui devait arriver arriva. Au cours d’une séance de pompage plus forte que les autres un bruit extrême retentit et le train s’immobilise en pleine nuit, en rase campagne. Des lumières s’agitent sous les wagons, les mécaniciens tapent ici et là, au bout d’une demi-heure le train repart. Il reprend sa folle allure de 50 Km/h quand bing, nouveau pompage violent, bruit violent, arrêt.

Il faudra pas moins de 18 heures à ce manège forain pour finalement arriver à destination. 600 kilomètres parcourus à 33 Km/h de moyenne, mieux qu’un vélo.

A Mandalay, les Piche rencontrent une touriste italienne qui a pris ce train un jour après eux. Le visage encore halluciné elle commente son expérience ainsi :

- Après un tel voyage, je n’ai pas besoin de check up. Je sais que mon coeur tient bon.

Et d’ajouter :

- Si on a un ennemi, il faut absolument lui recommander ce voyage.

Que d’eau que d’eau

19 mars 2012

Le Chao Phraya n’est pas un long fleuve tranquille. Il est agité. Des vagues s’y croisent en tous sens. Elles sont générées par les nombreux bateaux qui sillonnent sa surface à pleine vitesse, transportant des passagers d’un quartier à l’autre dans le centre ville de Bangkok. Les Piche raffolent de ce mode de transport efficace et rapide. Un peu sportif aussi. L’embarquement et le débarquement de la foule des voyageurs s’effectue en moins d’une minute, bateau collé à quai, arrière plein pot, tenu par une unique amarre traversière. Départ en trombe.

Raoul est admiratif de la maîtrise des pilotes, situés tout à l’avant et qui accostent la poupe de leur bateau, 20 mètres en arrière d’eux, en une affaire de secondes.

Mais il y a plus chaud en matière de transport fluvial. Bangkok surnommée la Venise orientale compte un nombre incalculable de canaux. C’est le règne des bateaux taxi (taxis très collectifs). Ils sont plus petits et plus bas sur l’eau et bien plus difficiles d’accès. Le passager doit rapidement poser son pied sur un étroit plat bord mouillé, de 10 cm de large, puis enjamber une bâche et trouver le caillebotis du fond à l’aveuglette. Pas le temps de lambiner, tout le monde doit avoir embarqué dans la minute. Les marins qui aident à la manoeuvre sont casqués, preuve que c’est du sérieux ! Gaz à fond dès le démarrage, vitesse maximale en permanence mais comme le canal est plus étroit que le fleuve, les vagues d’étrave de deux bateaux taxi qui se croisent se percutent en arrosant largement autour d’elles. D’où l’existence de bâches de protection censées protéger les passagers.

Autre expérience nautique des Piche : une embarcation plate, lente, paisible pour visiter les canaux éloignés du centre ville. Las ! Ce sont les bateaux à longue queue (long tail boat) qui les arrosent sans vergogne en les croisant à plein régime. La longue queue n’est rien d’autre que l’arbre d’hélice qui, partant du moteur situé sur un pivot, plonge 3 ou 4 mètre en arrière de la barque. Pour se diriger, le pilote fait tourner l’ensemble solidaire moteur-arbre-hélice sur le pivot. Ces bateaux au comportement un tantinet sauvage sont néanmoins les plus beaux, avec leur proue qui se projette loin vers l’avant et se termine en supportant des bouquets multicolores.

Avec leur barquette peinarde, Rose et Raoul Piche ont franchi les écluses qui séparent le fleuve Chao Phraya des canaux. Des écluses qui, lors des récentes inondations catastrophiques ont servi à épargner les quartiers riches en noyant les quartiers pauvres.

Les Thaï ont une maîtrise de l’eau confondante.

Impressions africaines

3 avril 2011

Après 4500 km parcourus à travers quatre pays d’Afrique de l’ouest (Sénégal, Mali, Burkina Faso, Bénin), après de nombreuses rencontres, les impressions des Piche sur cette partie du continent sont pour le moins contrastées.

L’Afrique est pauvre tout le monde le sais. Mais voir et savoir n’est pas équivalent. Pauvreté misérable des grandes villes (Dakar, Bamako, Cotonou…) où chacun tente de survivre dans la rue avec des petits commerces dérisoires et épuisants dans la poussière, le bruit, la foule l’atmosphère bleue des gaz d’échappement (Bamako, Cotonou) sous une chaleur écrasante (même les africains souffrent de la chaleur !). Pauvreté des campagnes, plus digne moins « technique » mais tout aussi dure avec des tâches quotidiennes répétitives physiquement éprouvantes et de maigres récoltes tirées d’une nature soit hostile, soit dédiée à l’exportation au profit des pays riches, plongeant les paysans dans une misère plus grave encore au gré des cours internationaux.

La plupart des pays d’Afrique de l’ouest importent 85% de leur alimentation (source Jeune Afrique). Aussi, n’est-il pas rare de voir sur les marchés des étals qui vendent des portions individuelles de haricots secs ou de coquillettes  grosses comme le creux de la main! Des portions de survie.

Changements, évolution, émancipation, développement quel que soit le vocable choisi par ceux qui veulent espérer, les adjectifs accolés à ces mots sont toujours  les mêmes : faibles, lents, dérisoires, voire inexistants.

Tout le monde en parle, tout le monde le sait la corruption, quasi généralisée (avec de rares exceptions), spolie les peuples d’Afrique de leurs ressources. Ce sont 1800 milliards de dollars qui ont été détournés en 30 ans par les « élites » au pouvoir tout pays confondus (Source Jeune Afrique).

La corruption, mot abstrait, recouvre une réalité très concrète : ce sont des écoles volées aux enfants et avec elles l’autonomie et la dignité de leur vie future, ce sont des hôpitaux non construits prolongeant la souffrance des uns, abrégeant la vie des autres, ce sont des routes construites au rabais, vite détruites, rarement entretenues rendant plus difficiles et plus coûteux les échanges. La corruption n’est pas une abstraction, elle tue, elle vole les plus pauvres, elle ruine les futures générations.

A Bamako, Rose et Raoul Piche ont suivi la conférence d’un écrivain malien courageux, Moussa Konaté. Il vient de signer un essai « L’Afrique noire est-elle maudite ? » dans lequel il ose rompre l’omerta africaine sans pour autant basculer dans une analyse à l’occidentale.

Là bas, il n’est pas acceptable de questionner les traditions ancestrales, lui le fait, sans renier les valeurs africaines notamment de solidarité. Mais il en montre les excès qui conduisent les enfants, de soumission en soumission au père, au frère, à la sœur, aux ancêtres, à devenir des adultes manquant d’estime d’eux même, d’initiative, d’autonomie. Et si, d’aventure, l’un prend ce chemin il est stigmatisé sinon rejeté par le groupe. Au cours de leur voyage, après cette conférence, Rose et Raoul ont interrogé des Africains sur cette analyse pour savoir comment elle était perçue. Non seulement elle ne surprenait pas mais la plupart du temps leurs interlocuteurs la déroulaient d’eux même assez spontanément.

Soumis, les hommes soumettent les femmes, la tradition les y autorise. Pour Moussa Konaté, la polygamie et son corollaire l’excision (50% des femmes du Bénin) revient à exclure de la construction de l’Afrique la moitié de ses forces vives. Oh ! Combien vives. Rose a noté « qu’en ville ou à la campagne on ne voit jamais une femme assise à ne rien faire, ce qui n’est pas le cas des hommes ».

Au forum social de Dakar, les Piche ont rencontré des femmes africaines qui luttent pour changer tout cela. Mais en dépit de leurs efforts courageux et remarquables, les changements sont très lents en particulier dans les campagnes qui regroupent encore l’essentiel des populations.

Pour les Piche, ce sombre tableau contraste avec l’accueil qu’ils ont reçu, avec les échanges qu’ils ont eu avec des Africains excellents parleurs, avec la beauté de certains lieux, avec tant de choses qu’ils ne connaissaient pas et qu’ils ont découverts.

L’Afrique de l’ouest est dure à vivre, dure à voyager, dure à comprendre et les Piche ont le sentiment de ne l’avoir qu’effleurée. Aussi en reviennent-ils motivés à s’y intéresser plus que par le passé. N’est-ce pas un des buts du voyage ?

Rentrés au pays, Rose et Raoul vous adressent leurs saluts les plus amicaux et pour les plus proches leurs baisers les plus affectueux.

A l’an prochain, enfin… Inch Allah !

Expérience limite au Burkina Faso

12 mars 2011

Allongés dans une immobilité totale, bras en croix, jambes écartées, nus comme des vers, les Piche fondent. Exsudant par tous les pores de leur peau, Rose et Raoul sont terrassés par la masse d’air à 38°C qui les enveloppe dans leur case du village de Tiébélé au Burkina Faso. A 23 h, Raoul se lève, sort de la case et découvre l’atmosphère fraîche de l’extérieur, 34°C !

Réveil de Rose : « Viens on va mettre le matelas sur la terrasse et on dormira à la belle étoile ! »

Nuitamment, les Piche se transforment en déménageurs, Raoul soulevant le matelas à bout de bras, Rose le hissant sur la terrasse. Allongés sous les étoiles, les Piche découvrent le bonheur d’un air enfin supportable. Au cours de la nuit la température descend même de 34°C à 32°C, leur donnant l’impression d’avoir froid… Il faut dire que dans la journée, ici, au sud de Ouagadougou, les journées sont à 42°C, soit quand même moins que les 44°C du centre ville de Ouaga.

Rose et Raoul Piche vivant pour la première fois ces températures extrêmes se disent qu’ils n’ont pas été fabriqués pour cela. Naturellement, de bonnes âmes leur expliquent « qu’ils ont de la chance, car en saison humide c’est encore plus chaud et plus insupportable ». S’ils ne croient ni en dieu ni au diable les Piche savent désormais que l’enfer existe, il se trouve quelque part à cheval entre le Mali, le Burkina et le Bénin (ce dernier s’apparentant plutôt au purgatoire).

Rose, Raoul, Chantal et Patrice sont ravis d’être logés à Tiébélé dans un « campement » (auberge) qui s’inspire de l’architecture des cases locales. On leur indique l’emplacement des douches et des WC. La douche est à l’eau courante au sens propre du terme : une jeune femme court leur apporter des seaux d’eau depuis la citerne, elle-même remplie à partir d’un puits situé à des centaines de mètres de là.

L’eau qui court dans des tuyaux est un luxe que ne connaissent pas les habitants du lieu, à l’instar de quelques milliards d’autres dans le monde.

La douche est agréablement partagée avec une poule et ses poussins. Raoul demande à la biquette rentrée avec lui de rester mais elle décline l’offre.

Quant aux WC ils sont également communs à bien d’autres sur la planète : une fosse, un trou, un seau d’eau. Ce sont probablement les seuls en Afrique de l’Ouest qui ne tombent jamais en panne.

Quant à l’électricité, elle existe, de 19 h à 22 h, grâce à un groupe électrogène. Le responsable du campement répond positivement à la sollicitation des Piche de réparer les ventilateurs se trouvant dans les cases. Le ventilateur de Rose et Raoul est dépanné. Sans pied, sans protection, posé en équilibre sur une table basse il n’attend que les doigts d’une main à saucissonner pour créer un peu d’animation. Le cas de l’autre ventilateur étant désespéré les amis des Piche n’ont même pas l’heur de profiter de l’électricité rafraîchissante d’avant le black out de 22 h.

Après cette nuit torride, Rose et Raoul retrouvent leurs amis au petit déjeuner. Ces derniers étuvés dans leur case, une nuit durant, ont petite mine. Le déjeuner est sur la table quand l’homme à la coiffe rasta qui les sert amène quatre sachets de poudre blanche ficelés très serrés dans un plastique transparent. Quatre paires d’yeux interloqués se fixent sur ces sachets ronds. Chacun se demande si quelqu’un a demandé un supplément. « Le sucre » précise alors sobrement le rasta.

Dommage, tant qu’à faire des expériences poussant leurs organismes à leurs limites, pourquoi pas celle-ci ?

Sagement, les Piche mettent un peu de sucre dans leur café et se préparent à retourner en enfer pour la journée. En rêvant au paradis des ventilateurs et des climatiseurs.

A bientôt

Une étrange ville champignon en pleine brousse

12 mars 2011

Le 4X4 quitte le « goudron » pour s’engager sur une piste de latérite rouge. Après quelques kilomètres de creux, de bosses et de poussière apparaissent les premières cases. Elles sembles neuves et vite faites avec leurs paillasses tressées en guise de mur au lieu du torchis habituel. Assez dispersées, elles deviennent plus denses en pénétrant dans ce qui commence à apparaître comme un village avec ses classiques cases rondes en terre mélangée avec de la paille. La foule aussi devient plus nombreuse. Les boutiques se multiplient avec une sur-représentation de « quincaillerie et divers ». La voie est étroite et des ruelles partent de droite et de gauche, le village prend une dimension surprenante. Une activité intense y règne. Partout, des hommes, assis, cassent des fragments de roche à la massette. D’autres s’affairent derrière des appareils étranges, des sortes de petits toboggans en bois de 3 mètres de long sur lesquels ils versent de la terre et de l’eau. Le 4X4 continue à s’enfoncer dans ce village qui commence à ressembler à une ville par son étendue. Une ville qui n’existait pas il y a 20 ans. Aujourd’hui 20 000 personnes vivent ici. Pourquoi ? Quel trésor viennent-elles y chercher ? Réponse : le même que celui de toutes les conquêtes de toutes les ruées : l’or.

Cette agglomération champignon du fin fond du Mali est la cousine de celles de Californie, du Brésil, de Guyanne française et de tous ces lieux improbables où l’on risque sa vie dans l’espoir de faire fortune grâce à quelques grammes de métal jaune.

A Bantakou, on creuse des puits verticaux de 10 à 15 m de profondeur pour extraire le minerai. Ces trous peu ou pas étayés sont des pièges mortels.

Le minerai est ensuite broyé de main d’homme puis tamisé jusqu’à obtenir une poudre aussi fine que de la farine. Elle est filtrée sur le toboggan qui comporte des paliers recouverts de morceaux de moquette. L’or, encore mélangé au fin résidu de terre, est piégé à ce niveau. Cette mixture placée dans des bâtes coniques, le travail des orpailleurs approche de son étape la plus excitante, la séparation définitive de l’or.

Un groupe se forme autour de celui qui manipule la bâtée, faisant tournoyer l’eau et le minerai qu’elle contient, laissant échapper par le bord supérieur, la part la plus légère pour ne garder que la plus lourde. Et là, au fond de la bâtée des minuscules paillettes jaunes apparaissent. Enfin, d’une main experte l’orpailleur dépose une goutte de mercure qui amalgame l’or pour permettre sa récupération finale.

Ce n’est pas le début de la fortune mais une étape vers la survie !

Comme dans tous les lieux similaires, une boutique plus riche que les autres annonce « achat d’or ».

C’est dans ce lieu que s’opère l’ultime alchimie, celle qui transforme l’or en bouts de papier avec des images dessus.

Plus loin, beaucoup plus loin à la city de Londres, à Wall Street, à Paris, dans ces gros bourgs aux cases verticales, sans prendre le moindre risque, des hommes réalisent la transmutation inverse : ils accumulent des richesses infinies en manipulant des morceaux de papier.

Mais lesquels enrichissent vraiment le monde ?

Le taxi et la route africaine

4 mars 2011

Pour se déplacer de ville en ville, Rose et Raoul Piche qui voyagent désormais avec Chantal et Patrice empruntent des taxis collectifs 504 Peugeot break. Il s’agit d’un objet roulant à 8 places avec le chauffeur. Il part lorsqu’il est plein. Pour ne pas attendre des heures au soleil trois passagers complémentaires, le petit groupe de quatre paie pour sept afin de partir sans tarder.

Première prise de contact avec l’engin, l’ouverture des portières. L’usage de la poignée externe est tentant. Ce n’est généralement pas le bon choix. Mieux vaut passer la main à l’intérieur, saisir la ficelle qui sort de la garniture de la portière et tirer un coup sec. La portière ne s’ouvre pas. Mais ce geste a pour effet de faire se précipiter le chauffeur sur la même ficelle qu’il tire d’un coup sec. La portière s’ouvre…

Second contact, les fenêtres. Capitales les fenêtres lorsque la température extérieure oscille entre 32°C et 41°C. Pour les ouvrir ou les fermer la manivelle n’est pas la règle. Parfois un moignon d’axe indique l’emplacement d’une manivelle absente. Le recours au chauffeur est alors indispensable, il se saisit de la vitre et par une savante manipulation oscillatoire du verre, l’ouvre ou la ferme. Il arrive qu’une manivelle baladeuse s’emboîtant sur le moignon soit prêtée par le chauffeur (rare). Un jour, Raoul s’inquiète : ni axe, ni manivelle, la fenêtre fermée, semble électrique. Catastrophe ! Un examen détaillé du tableau de bord ne révèle aucun interrupteur en état de marche. Sollicité, le chauffeur se saisit d’un groupe de 5 fils aux extrémités dénudées qui sortent d’une aération. Il joint le marron, le bleu, le jaune-vert avec le rouge et, miracle, la fenêtre descend.

Le haillon duement fermé sur le coffre à bagage par une ficelle d’emballage, le véhicule est prêt à partir.

Clé de contact ou contact avec des fils dénudés sous le volant, le moteur démarre. Enfin, pas toujours.

Parfois la 504 est astucieusement garée sur une légère pente et c’est grâce à la gravité terrestre que, inch Allah ! le moteur démarre. Mais si Allah n’inche pas, alors Rose, Chantal, Patrice et Raoul se substituent à lui et poussent l’engin jusqu’à ce que démarrage s’ensuive.

Premiers roulements de roue, les regards se portent sur la route. Mais entre eux (les regards) et elle (la route) s’interpose un pare-brise étoilé. Les lignes de cassures longues, systématiques et nombreuses prouvent que le verre brisé peut rester brisé longtemps sans inconvénient. Il n’y a aucune filiale de Carglass en Afrique.

L’oscillation du volant, les vibrations de la caisse indiquent aux passagers que l’engin roule. En toute sécurité. En effet, les voitures ne roulent jamais vite. Par prudence ? Plutôt grâce aux nids de poule qui parsèment les routes et font office de ralentisseurs en série. Si d’aventure la route est bonne, c’est la mécanique des 504 Peugeot break qui protège les voyageurs. Avec la meilleure volonté du monde, elle ne permet guère de dépasser le 70 km/h. Il arrive que le propriétaire du taxi pousse la sécurité à l’extrême. L’un d’eux n’a-t-il pas équipé son engin de quatre pneus neige à la grande surprise des Piche ! La météo ne prévoyait guère de chute intense pour ce jour là, plutôt un beau soleil avec 36°C. Mais sait-on jamais !

Rose et Raoul ont rapidement compris qu’il y avait une question à ne jamais poser au départ d’un voyage « vers quelle heure va-t-on arriver ? ». La réponse, toujours évasive, se conclut systématiquement par un fataliste « Inch Allah » ! Mais comme il a été dit précédemment Allah n’inche pas toujours. Ainsi, à Dakar, des Français de rencontre ont expliqué aux Piche qu’Allah avait bu inopinément la totalité du réservoir, provoquant une panne de leur taxi. Puis, facétieux en diable (si l’on ose dire, parlant de la concurrence…) Allah a fait exploser un pneu. Cela sur 3 km de trajet.

Côté Piche, Allah a cessé de vouloir sur un long trajet entre Tambacouda et la frontière malienne. Différentiel du pont arrière cassé. La panne est intervenue à … 1 km d’une station de taxi collectif. En un quart d’heure les Piche et leurs amis avaient un taxi de remplacement et le taxiteur avait un mécano sous sa voiture clé de 17 en main.

La mécanique est un art africain.

Le nombre de poids lourds immobilisés le long des routes est incalculable. Pour eux Allah inche rarement. Mais les mécaniciens africains sont des dieux, des vrais, capables de tomber un moteur diesel de 380 CV sur le macadam et de refaire le vilebrequin. Cela peut durer 15 jours mais le semi-remorque repart toujours.

Sur les pistes de latérite le dépassement des camions conduit à traverser un nuage de poussière rouge qui contribue au joli teint hâlé des voyageurs. En absence de camion sur la tôle ondulée, la poussière vient de l’intérieur, elle décolle des sièges, s’envole et retombe sur les passagers. Bref, elle est toujours présente.

Comme pour faire tenir les morceaux ensemble, les pare-brise étoilés portent de nombreuses vignettes. Les apercevant, Rose demande à Raoul : « tu crois que c’est le contrôle technique ? »

Les Africains ont aussi beaucoup d’humour. Sous le soleil c’est contagieux.

A bientôt (enfin… Inch Allah!)

PS Si les Piche sont moins prolixes, c’est parce que leur emploi du temps est chargé et les connexions internet pas faciles.

Photos de la route africaine…

2- Forum Social Mondial, article Africamix-Le Monde

15 février 2011

Ce texte des Piche est la copie d’un article qu’ils ont écrit pour le site Africamix-Le Monde (http://africamix.blog.lemonde.fr/)

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Après Le Caire et Dakar, Rose & Raoul Piche ont quitté la capitale sénégalaise pour d’autres cieux plus calmes. Les grands voyageurs sont actuellement au cœur du Saloum, entre océan, bolongs (bras de mer et d’eau douce) et mangrove. Mais avant de partir de la presqu’île du cap Vert, ils nous envoient leurs dernières impressions (texte et images) à propos du Forum social mondial de Dakar, qui s’est achevé vendredi 11 février.

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(Dakar) - « A plus de 80 ans, le président Moubarak voulait laisser le pouvoir à son fils Gamal. C’est une des raisons de la situation en Egypte. Cela sera une leçon pour le Sénégal, pour le président Wade lui-même et pour les chefs d’Etat qui s’aviseraient de créer des dynasties africaines retardataires et rétrogrades », a déclaré Moustapha Niasse, secrétaire général de l’Alliance des forces de progrès, cité par le quotidien L’Observateur de Dakar.

Un sentiment largement partagé par la rue dakaroise, si l’on en juge par les échanges spontanés avec les personnes rencontrées au hasard des déplacements en ville.

La volonté du président Abdoulaye Wade de modifier la constitution afin de pouvoir briguer un troisième mandat et préparer ainsi la venue au pouvoir de son fils Karim passe de plus en plus mal après les événements égyptiens.

Lors d’un débat avec Abdoulaye Wade, Martine Aubry s’est permis de relever l’entorse à la démocratie que constituerait la modification de la constitution dans cette perspective. Martine Aubry a été l’un des premiers responsables politiques français à réagir au départ d’Hosni Moubarak, alors qu’elle venait de visiter l’île de Gorée où nous l’avons rencontrée.

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La petite histoire retiendra que la première secrétaire du PS français, accompagnée de quelques membres nationaux du parti, a pu s’offrir une journée de tourisme à Dakar « grâce » à la panne de son avion, la veille, un Airbus d’Air France !

L’Egypte s’est aussi tout naturellement invitée au Forum social mondial de Dakar, où une minute de silence a été observée lors de la séance de clôture, à la mémoire des personnes qui ont perdu la vie au cours des révolutions tunisienne et égyptienne. « Ce qui se passe en Egypte montre que les révoltes sociales peuvent faire tomber les dictatures et les dictateurs », a déclaré un orateur à la tribune.

A Dakar, les sérieux problèmes d’allocation de salles pour les conférences se sont atténués au fil des jours sans vraiment se résoudre, frustrant nombre de participants.

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Néanmoins, des débats ont pu s’organiser dans de bonnes conditions et accueillir un public nombreux. Tel a été le cas du débat sur la citoyenneté universelle, servi par une traduction simultanée en trois langues, co-organisé par Utopia, Emmaüs International, la Charte mondiale des migrants, la Cimade et France Libertés.

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Dans le cadre de ce débat, l’idée d’un passeport de citoyenneté universelle, prôné par le mouvement Utopia a rencontré un vif succès tout comme la Charte mondiale des migrants, proclamée symboliquement à Gorée le 4 février 2011 par des centaines de migrants venus du monde entier.

Une charte détaillée dont l’essence se trouve résumée dans le passage suivant : « Parce que nous appartenons à la Terre, toute personne a le droit de choisir son lieu de résidence, de rester là où elle vit ou de circuler et de s’installer librement sans contrainte dans n’importe quelle partie de cette Terre. »

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Bien entendu, le Forum social mondial ne saurait se résumer à un seul débat. Ce sont des centaines d’autres thèmes aussi essentiels que l’alimentation mondiale, l’eau, la situation des femmes africaines, l’éducation, l’application effective des lois existantes, le traitement des déchets, etc., qui ont fait l’objet de nombreuses conférences. »

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1-Forum Social Mondial, article Africamix-Le Monde

15 février 2011

Ce texte est la copie d’un article écrit par les Piche pour le site Africamix-Le Monde (http://africamix.blog.lemonde.fr/)

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Après quelques jours de repos à Saint-Louis, suite aux émeutes cairotes, les grands voyageurs Rose et Raoul Piche continuent leur périple africain. Ils sont arrivés à Dakar, où se tient actuellement le Forum social mondial. En dépit des difficultés d’organisation, de logistique et de choses diverses… ils ont réussi à envoyer texte et images. Voici leur témoignage.

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(Dakar) - « Le Forum social mondial 2011 s’est ouvert cette semaine à Dakar. Contrairement aux participants du Forum de Davos, ceux du Forum social clament haut et fort qu’un autre monde est possible. Ils entendent bien le montrer à travers des échangent de réflexions et d’expériences dans de nombreux domaines.

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Des chefs d’Etat, principalement d’Amérique du Sud, sont venus à Dakar : Evo Morales, président bolivien, Hugo Chavez du Vénézuela, Lula da Silva, ancien président du Brésil. Le président du Sénégal Abdoulaye Wade, rentré de Paris la veille de l’ouverture du Forum (samedi 5 février), n’a toutefois pas assisté aux premières journées, mais sa venue a fait taire la rumeur sur son état de santé. Des Français membres de partis de gauche y sont présents ou passés : Martine Aubry, Jean-Christophe Cambadélis, Benoît Hamon, Olivier Besancenot, Eva Joly et d’autres.

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Ce sont près de 50 000 personnes qui assistent au Forum social mondial au sein de l’Université Cheikh-Anta-Diop de Dakar. Mais, comme les cours n’ont pas été interrompus, la foule des étudiants s’ajoutant à celle des congressistes, la densité de population dans l’enceinte de l’Université atteint des sommets ! Tellement, que l’organisation n’en est pas facilitée. Des lieux de conférence sont déplacés et l’on voit bon nombre de participants errer de bâtiment en bâtiment pour trouver la bonne réunion au bon endroit.

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On note une forte présence de mouvements de femmes, notamment africains. On a ainsi pu assister à une conférence sur l’organisation de l’économie informelle (mouvement StreetNet), avec des exposés traduits de l’espagnol (argentin), puis de l’hindi directement en wolof devant un parterre de femmes sénégalaises extrêmement concernées.

La présence simultanée de Marocains et de Sahraouis a donné lieu à quelques échanges… Aux “A bas les traîtres” répondaient des “A bas les occupants” des défenseurs de la République arabe sahraouie et démocratique (RASD). »

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Village de pêcheur, Saint Louis du Sénégal

15 février 2011

Le contact des Piche avec le continent africain fut rude. Quittant une révolution encore inachevée après une journée passée dans l’aéroport international du Caire, Rose et Raoul ont passé 6 heures à survoler le nord de l’Afrique, admirant Djerba puis Alger brillants de tous leurs feux nocturnes. Puis, après une escale nocturne à Casablanca, Rose et Raoul Piche ont atterri à 4h du matin à Dakar dans un état de fraîcheur très relatif.

Croyant s’épargner la traditionnelle épreuve des négociations-arnaques des chauffeurs de taxi à l’arrivée dans un pays, Raoul Piche se renseigne auprès d’un policier affable qui met aussitôt les deux voyageurs entre les mains d’un taxiteur censé les conduire à leur hôtel, pour un tarif négocié de 5 Euros. Rose et Raoul remercient chaleureusement le policier qui les quitte là.

Les Piche ne font pas dix mètres qu’ils sont entourés de cinq individus prétendant chacun être leur taxiteur. Raoul, ne veut avoir à faire qu’ à l’homme désigné par le policier. C’est le plus malingre et le moins sûr de lui. Les autres s’accrochent, on marche, le taxi est toujours un peu plus loin. Finalement, dans un lieu sombre gît un amas de ferraille qui a dû être une voiture à une époque éloignée. Un homme assis au volant, en sort et s’éloigne dans la nuit en traînant des pieds façon Gaston Lagaffe. Un des hommes de la troupe le remplace au volant. Le « taxiteur désigné » s’assoie à côté et une dispute s’engage, le chauffeur contestant violemment le montant de la course. Comme cela dure, Rose s’énerve et dit au chauffeur « on y va tout de suite ou nous on descend, on en a marre, on veut dormir », les Piche ouvrent les portières. Le chauffeur dit « ok », la voiture démarre mais la dispute continue tout au long du trajet dans des rues sombres et sordides. Arrivé à l’hôtel, le chauffeur persiste à exiger plus que 5 euros, ce qui met Raoul en rogne. Pas question de céder. L’homme finit par monter l’escalier en même temps que les Piche pour entrer dans leur chambre, là grosse fâcherie de Rose et de Raoul appuyés in fine par le gardien de nuit de l’hôtel. Fin de l’épisode, « bienvenue au Sénégal » mais les Piche en tireront la leçon comme il sera dit plus loin.

Le jour suivant, heureusement, le Sénégal se présente sous un tout autre aspect. Est-ce d’avoir croisé durant plusieurs semaines des femmes tout habillées de noir, un voile sur la tête, toujours est-il que Raoul Piche ne semble remarquer que les jeunes Sénégalaises. Il est ébloui. Minces, grandes, un port altier, des visages aux traits délicats admirables, vêtues avec une élégance colorée, à l’occidentale ou de façon traditionnelle. Ces beautés déambulantes sautent d’autant plus aux yeux de Raoul qu’elles sont visibles en tous lieux, aussi bien dans des modestes villages que traversent les Piche pour se rendre à Saint-Louis du Sénégal que dans les rues de Saint Louis.

Rose, pourtant moins travaillée par la testostérone, avoue son admiration devant ces corps si droits et si fins.

Quant à la dureté de la vie dans ce pays, elle est vite apparue à Rose et à Raoul lors de leur visite du village de pêcheurs de Saint-Louis où la densité de population avoisine celle de Calcutta.

Les barques de pêche partent vers 18 heures pour 2 jours en mer. Etroites, longues, profondes, instables, propulsées par des hors-bord de 40 ch avec 20 personnes à bord, elles constituent un défi permanent et à haut risque aux vagues de l’océan. A leur retour, dans la matinée, les barques abordent le village des pêcheurs dans un bras abrité du fleuve Sénégal. Là, les femmes se pressent contre le bordé, les jambes dans l’eau noire jusqu’aux genoux, attendant que les pêcheurs finissent de décharger les caisses de poissons destinées aux camions frigorifiques. Alors seulement les femmes peuvent acheter quelques poissons pour les vendre dans la rue sur de maigres étals. C’est aussi le moment pour les pêcheurs de sortir les poissons qu’ils ont caché dans leurs bottes, voire dans leur pantalon de ciré pour leur propre famille. Une scène étonnante.

Une partie de la pêche est ensuite soit salée et séchée sur des claies exposées au soleil et au sable soulevé par l’harmattan (hum…), soit grillée et également exposée au soleil.

Les barques sont construites, réparées, décorées dans le quartier. Elles sont plus de 350, multicolores, mouillées les unes contre les autres sur ce paisible bras de fleuve, des étendards flottant au vent. A leur vue et à celles des scènes que la pêche suscitent, les Piche constatent, une fois encore, que des conditions de vie parmi les plus dures peuvent présenter une beauté manifeste.

L’expérience de l’arrivée à l’aéroport a radicalisé Raoul dans ses négociations avec les chauffeurs de taxi brousse. Ces derniers n’ont sans doute jamais vu un toubab aussi retord et aussi décidé à ne traiter qu’avec le chauffeur et personne d’autre, envoyant balader les escouades de rabatteurs et les patrons véreux qui exploitent les chauffeurs. Intraitable le Piche, décidé à payer le juste prix mais refusant les baratineurs en tout genre fort nombreux dans les gares routières. « Cette leçon vaut bien un fromage sans doute »…

A bientôt

Quelques photos en cliquant ici :

http://www.raoulpiche.fr/?page_id=4193

PS Après Saint Louis du Sénégal, les Piche ont suivi le Forum Social Mondial de Dakar. A cette occasion, ils ont été publiés par le blog Africamix Le Monde (http://africamix.blog.lemonde.fr/). Vous pouvez lire leurs articles titrés respectivement :

« Forum social de Dakar, c’est un peu la pagaille »

« Forum social ; Abdoulaye Wade, Martine Aubry… Hosni Moubarak à la tribune »

Spécial manifestations au Caire

5 février 2011

Nous sommes le vendredi 25 janvier, ça barde au Caire. Et bien sûr, les Piche sont dans la capitale égyptienne.
Résumé de cette journée assez spéciale telle qu’ils l’ont vécue.
Avertis par un journaliste français résidant dans leur hôtel que, ce jour là, la manifestation serait plus sérieuse que les deux jours précédents, Rose et Raoul décident de rentrer tôt à leur hôtel après une visite aux Pyramides. Cela ne s’est pas vraiment passé ainsi.
Lorsqu’après leur balade sur le plateau de Guizé, les Piche se font raccompagner en ville en taxi, celui-ci ne peut franchir le Nil, les ponts étant fermés à la circulation. Mais pas aux piétons. Rose et Raoul traversent donc un pont avec pour objectif de contourner le centre ville pour ne jamais se trouver dans la manifestation. Mais ils doivent se rendre à l’évidence la manifestation s’étend au delà de la place El Tahrir, coeur des événements de la veille.
Alors qu’ils sont encore loin du centre, dans une rue parallèle à la leur, ils aperçoivent des manifestants bombardés de gaz lacrymogène. Les Piche étant sous le vent en prennent une dose et pleurent, comme les autres passants. Ils décident donc de s’éloigner plus encore et de parcourir un très large cercle pour s’approcher du quartier de leur hôtel par l’est en passant à bonne distance des bâtiments officiels et de la ville moderne.
Ca marche.
Aucun manifestant dans les quartiers traversés mais des gens enthousiastes qui, à la vue de ces deux étrangers, crient en anglais « révolution » avec de grands sourires.
Dans les cafés, les vieux fument tranquillement la chicha tout en regardant la télé qui diffuse les événements. Rose et Raoul voient que ça ne rigole pas. Sur l’écran télé, un fourgon de police fonce sur la foule, pourchassant les manifestants qui tentent de l’éviter. Des grenades sont tirées à tirs tendus.
Pour trouver leur chemin dans les avenues, les rues, les ruelles, Rose et Raoul disposent d’une carte mais surtout d’un GPS de randonnée dans lequel ils ont entré la position de leur hôtel et d’une règle de navigation. Ils sont donc capables de se situer et de savoir exactement où ils sont et où ils doivent aller.
Parvenus, comme ils le voulaient à l’est du centre ville, ils s’avancent sur une avenue, longue et large, qui aboutit à une place où ils aperçoivent beaucoup de monde. Trop à leur goût. Ils s’engagent alors dans d’étroites ruelles. Là, les gens vaquent à leurs occupations comme si de rien n’était. Tout est calme. Guidés par leur instrument de navigation, Rose et Raoul cheminent dans les ruelles et finissent par déboucher sur une avenue, calme elle aussi. Le GPS leur indique qu’ils ne sont plus qu’à un kilomètre de leur hôtel. Ils franchissent l’avenue et pénètrent dans une rue qui leur permet de faire un cap quasi direct sur leur objectif. 900 m, 800 m, 600 m, 500 m. Là, des dizaines et des dizaines de cars de police. Des policiers barrent les accès latéraux à cette rue. Pas de bruit de grenade, pas de rumeur, pas de fumée. Les Piche progressent. 300 mètres de l’hôtel. Il fait nuit désormais. Dans l’air quelques relents de gaz poussés par le vent. Quelques larmettes. Rose et Raoul ne reconnaissent pas les rues dans lesquelles ils marchent alors qu’il se savent tout près du but. 200 mètres, ils suivent le GPS. 100 mètres. Peu de gens dans ces rues parfaitement calmes. « Là, l’hôtel !», s’écrie Rose tel un navigateur apercevant la terre.
Après quatre heures de marche et après avoir traversé des quartiers résidentiels, populaires, historiques les Piche trouvent leur petit hôtel aux 6ème et 7ème étages d’un immeuble bourgeois.
A aucun moment ils ne se sont sentis en danger. Les manifestants n’étaient pas des fous de dieu mais des jeunes aspirant à la démocratie. Ils étaient plutôt bienveillants vis à vis des occidentaux qu’ils voulaient témoins de leur colère contre Moubarak. Quant à ceux qui ne manifestaient pas, ils n’avaient de cesse que de vouloir protéger les Piche et les empêcher de prendre des risques. Les policiers, eux, voyaient dans ces deux promeneurs des touristes tentant de regagner leur hôtel et les laissaient passer là, où, parfois, ils bloquaient des Egyptiens.
Néanmoins, Rose et Raoul avaient conscience que ce qui se passait était sérieux. Mais ce n’est que le lendemain matin, lorsque leur ami journaliste leur a montré le sujet qu’il avait tourné pour Arte qu’ils ont vraiment découvert l’ampleur des événements.
N’ayant ni internet (coupé dans tout le pays), ni TV, les Piche en savaient moins que le reste du monde sur ce qui se passait à quelques centaines de mètres de leur hôtel situé à côté de la place Tahrir!
Pas très glorieuse cette journée passée à essayer d’éviter une manifestation qui avait toute leur sympathie mais Rose et Raoul Piche n’avaient guère envie de tâter de la matraque ou de la geôle égyptienne. Ni l’une ni l’autre n’ont bonne réputation.
Les jours suivants, les Piche se sont contentés de quelques sorties à l’extérieur dans la matinée lorsque les badauds venaient voir les résultats des échauffourées de la nuit. Ils cherchaient aussi à acheter quelques provisions, tous les restaurants étant fermés comme d’ailleurs la quasi totalité des magasins. A une exception près, bien sûr : les petits épiciers arabes !
A bientôt, depuis d’autre cieux.
PS Nous sommes maintenant le mardi 1er février. Jour de la manifestation monstre au Caire. Rose et Raoul Piche ont quitté leur hôtel à 9h du matin. Ils ont patienté dans d’énormes embouteillages, avec l’impression que tous les Cairotes quittaient la ville. A l’aéroport, le niveau de pagaille atteignait 10 sur l’échelle du chaos aéroportuaire qui compte 10 niveaux.
Il est 23h03. Rose et Raoul Piche sont assis sur un banc de l’aéroport de Casablanca en attente de leur avion pour Dakar. Départ 1h.00 arrivée 4h et qq.
Ils vont se reposer un peu avant de contacter le mouvement démocratique révolutionnaire sénégalais pour mettre un peu d’ambiance dans le pays.
Jordanie, c’est fait. Egypte, c’est fait. Sénégal, on arrive. Le Bénin est prévu pour les élections de mars.
C’est chouette les vacances.
Re bises à tous.

Le Caire, au coeur d’une révolution

4 février 2011

Ce texte est une copie de l’article rédigé par les Piche pour le site Africamix-Le Monde (http://africamix.blog.lemonde.fr/) le 5 février 2011.

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05 février 2011

Raoul & Rose Piche, journalistes à la retraite, sont de grands voyageurs : tour de la Méditerranée puis tour du monde en voilier, Asie, Amériques, Australie, Moyen-Orient… et maintenant l’Afrique. Mariant L’Usage du monde aux réalités croisées, ils naviguent sur mer et sur terre au gré de leurs envies, des vents et des courants. Ils ont été rattrapés par le souffle de l’Histoire au Caire. Voici leur récit et leurs photos.

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(Le Caire) - « Le vendredi 28 janvier a été le jour de la première grande manifestation au Caire. Si le gros des manifestants s’est réuni place Tahrir, les jeunes et la police se font face dans une ambiance de gaz lacrymogène dans plusieurs autres quartiers. Des effluves dont bénéficient les passants, nombreux ce jour-là dans les rues. Tout le monde pleure.

Ici, arrêtés sur un pont, des badauds regardent, au loin, les affrontements avec la police et la fumée noire de pneus enflammés. Ils prennent à témoin de leur colère deux Occidentaux présents : « Nous sommes pauvres, tout est plus cher. On en a assez de Moubarak, qu’il parte ! ». Le ton, les gestes, tout exprime une profonde exaspération et une exhortation à faire comprendre le pourquoi de ces scènes dans les rues de leur ville.

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Plus loin, dans un quartier populaire, des jeunes passent juchés sur un pick-up hurlant « Moubarak ! » les pouces tournés vers le bas en signe de défaite.

Dans les cafés, les plus âgés, assis sur leurs chaises en bois, fument paisiblement la chicha tout en regardant les événements à la télévision. Dans les ruelles étroites des quartiers éloignés du centre, la vie continue comme si de rien n’était : le menuisier rabote, le repasseur repasse, le ferronnier soude, les enfants jouent, les femmes lavent. Mais, lorsqu’on se rapproche du centre-ville, la présence de la police se fait massive. Elle n’empêche cependant pas les habitants de se déplacer. Haut dans le ciel, on aperçoit des volutes de fumée. Ce ne sont pas des pneus qui brûlent mais quoi ? Où ? Le réponse viendra le lendemain. En attendant, la nuit tombe, les rues se vident sauf place Tahrir et dans son périmètre proche. Des bruits d’explosion, des tirs sont entendus dans la soirée puis le calme s’installe.

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Au matin, le bourdonnement puissant d’un gros hélicoptère de l’armée marque le signe du réveil. Ce bruit servira de fond sonore aux journées qui suivront, cet engin ne cessant de tourner au dessus du centre, ne s’interrompant que le temps de refaire le plein de carburant. Un après-midi, il sera fortement concurrencé par deux chasseurs à réaction, volant au ras des toits, dont les hurlements stridents réussiront à faire sortir tous les habitants aux fenêtres des maisons. Leur manège durera une petite heure. Une fois disparus du ciel, ils n’y reviendront plus, chacun s’interrogeant sur la raison de leur bruyant manège.

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Vers 9 heures le lendemain du 28 janvier, les gens, hommes et femmes, sortent peu à peu dans la rue. Les magasins sont fermés aussi bien dans la rue hypercommerçante Taalat Harb qu’autour de la place Bab el Louk. Plus aucun policier en vue. En revanche, plusieurs de leurs véhicules réduits à l’état de carcasses fumantes encombrent la rue El Mansour. Les badauds tournent autour en contemplant en silence ces signes patents des échauffourées de la soirée. Juste à côté, au carrefour avec la rue Mahmud Pacha, le centre des impôt ne vaut pas mieux que les cars de police mais personne n’y jette un regard.

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Place Tahrir, les chars de l’armée et les engins blindés de transport de troupe ont remplacé la police. Le contact avec la population est bon enfant. Couverts de slogans anti-Moubarak (dont les plus visibles seront effacés), les chars sont mitraillés de photos par les téléphones portables. On s’appuie sur les chenilles, on monte dessus, on prend la pose et on se fait photographier. Mais gare à l’imprudent, journaliste ou passant, qui exhibe un véritable appareil photo pour saisir ces scènes, il se fait vertement rappeler à l’ordre par les militaires : « Interdiction de photographier ! ».

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Depuis la place, loin, au-delà du musée égyptien, un immense building achève de se consumer. C’est celui du PND (Parti national démocrate), le parti au pouvoir (jusqu’à quand ?) de Moubarak.

Dans les rues, les policiers absents sont progressivement remplacés par des groupes de citoyens pour éviter les pillages et le chaos. Ils contrôlent les coffres des voitures, assurent un brin de circulation, surveillent. Au cours de la soirée, les commerçants, notamment d’appareils électroniques, avaient pris soin de vider leurs boutiques aidés par les nombreux bras de la famille et des amis. Des gardiens équipés de barres de fer étaient apparus ici et là, montant la garde pour protéger un bien. Impossible de les confondre avec les nervis plus jeunes qui plus tôt servaient d’auxiliaires malsains à la police.

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Jusqu’à la méga-manifestation du mardi 1er février, les jours passent et se ressemblent. Couvre-feu la nuit. Regroupement au matin, place Tahrir où chacun y va de sa pancarte pour exprimer à sa façon, souvent avec humour, sa volonté d’en finir avec Moubarak. Un atelier d’écriture s’est installé pour aider à ces compositions.

Les matins, les passants sont de plus en plus nombreux à chercher une épicerie ouverte. Celles, rares, qui lèvent leur rideau font le plein. Au fil des jours, elles seront plus nombreuses et les achats plus massifs, comme pour « tenir » plus longtemps. Les premiers commerces ouverts sont les tréteaux des marchands de journaux où s’empilent de nombreux exemplaires qui partent vite. En revanche, les mobiles qui semblent habituellement une excroissance naturelle de l’oreille de nombreux Cairotes ont disparu. Le pouvoir a coupé les moyens de télécommunication : plus de téléphonie mobile (rétablie par la suite), plus d’Internet et parfois plus de faisceaux satellite pour empêcher la transmission des reportages des équipes TV présentent sur le terrain. Commencées par un appel lancé via Facebook, les manifestations sont marquées du sceau des nouvelles technologies qui dès lors deviennent des cibles privilégiées.

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Mardi 1er février, une ambiance d’exode règne sur les avenues et sur l’autoroute conduisant à l’aéroport. Pare-chocs contre pare-chocs, les voitures, avec valises sur le toit progressent au pas franchissant barrage après barrage, chacun doté d’un char d’assaut, tourelle tournée face au trafic. A l’aéroport règne une pagaille noire. Mais, en dépit de nombreux retards, la plupart des vols décollent pour les quatre coins du monde. Pour les passagers, Le Caire c’est fini. Pour les habitants, tout ne fait que commencer. »

Si des lecteurs arabophones peuvent traduire la jolie calligraphie,
envoyez-la grâce aux commentaires. Merci.
Première traduction de Claire : “ Révolution pour la liberté du peuple ”.
Deuxième traduction de Yassine :  “ 25 janvier - Révolution du peuple - Liberté “.
Troisième traduction d’Amr : ” Peuple, révolutionne-toi - Liberté “.

Raoul & Rose Piche sont maintenant au Sénégal. Arrivés à Saint-Louis la belle, ils vont descendre tranquillement vers Dakar, pour assister au Forum social mondial. Ils reviendront bien sûr nous en parler dans ” la case à palabres “.

Croisière sur le Nil

27 janvier 2011

Sa voile gonflée, poussé par le vent, le bateau glisse sans un murmure sur le Nil. Les palmiers, les champs, et, au loin, les dunes du désert défilent lentement. De temps à autre, un homme d’équipage en djellaba et turban savamment agencé sur la tête reprend une écoute, borde un peu la voile. A la barre, le capitaine rectifie gentiment le cap en poussant sur l’énorme barre franche avec ses jambes. Sur le pont les six passagers dégustent un karkadé, décoction de fleurs d’hibiscus servie très fraîche, installés dans de confortables fauteuils de palme tressée. Par intermittence, ils interrompent leurs conversations pour écouter le silence.

L’alliance du mouvement et du silence est chose rare. Ils dégustent cet étrange mélange en regardant autour d’eux, émerveillés par la beauté qui les entoure. Celle du paysage mais aussi celle de leur navire. Le gréement propre aux felouques avec son mât court et son immense corne oblique, cintrée, montant haut dans le ciel est superbement élégant. Il donne à la voile l’allure d’une flèche projetant le bateau en avant.

En réalité, ce voilier, le Séthis II, n’est pas une felouque mais un sandal. Bateau traditionnel de transport de charge reconverti en transport de passagers.

Il comporte trois cabines dans lesquelles ont pris place, outre Rose et Raoul Piche, Rachel, Hélène, Suzanne et Pierre, venus du Québec. Leur présence rehausse l’agrément du voyage. La découverte partagée a toujours plus de saveur. Au fil des jours et des miles, les échanges dans d’inépuisables conversations donnent aux Piche le sentiment d’effectuer deux voyages en un. Ils sont en Egypte mais à terre, ils « magasinent » dans les souks (magasiner = faire du shopping) en évitant les achats trop dispendieux (chers), il découvrent ce que sont les « dink » (dink = double income no kids, deux revenus et pas d’enfants, les bobos) et notent les films canadiens à voir absolument (La grande séduction).

Le sandal, que Rose a vite dénommée « savate », est un bateau de faible tirant d’eau. Pour mouiller il s’échoue en douceur par la pointe, en bordure du fleuve. Un homme d’équipage porte une « ancre » à terre, en fait un piquet martelé dans le sol. Ainsi, le sandal peut, au gré du capitaine, faire escale n’importe où. Ce dont il ne se prive pas. Cela permet aux Piche et à leurs compagnons de visiter des sites inaccessibles aux navires-hôtels qui sillonnent le Nil à grand bruit et à grande vitesse.

Un jour, la visite conduit à un temple, un autre à une marche de quelques heures dans le désert à franchir des dunes de sable et des monticules rocheux, sur lesquels, il y a 5000 ans des hommes ont gravé des scènes de leur vie quotidienne. Là au milieu de nulle part ! Le lendemain, les navigateurs visitent un village égyptien en faisant halte chez un marchand de dromadaires (trop chers, mais Rose en essaye tout de même un). Plus tard ce sera un village nubien où un patriarche à la famille nombreuse (3 femmes, 12 enfants) les reçoit avec chaleur en répondant à toutes leurs questions, acceptant les plus indiscrètes (son revenu ? 700 livres égyptiennes, soit 90 euros par mois). Dans leurs pérégrinations à terre, les passagers du Séthis II sont accompagnés par un égyptologue érudit et francophone, Sharif, qui leur prodigue moult explications savantes.

Un soir, surprise, l’équipage dresse une tente à terre, installe un barbecue. C’est la fête. Grillades, musique, chants, danses. La pleine lune monte et raccompagne les joyeux convives en les illuminant de sa discrète clarté. Chaque nuit se passe au calme, le long de la rive, dans un silence absolu, si ce n’est parfois avec l’appel du Muezzin au loin venu de quelque village.

Pas d’alcool à bord. Enfin, il n’en est pas prévu. Sauf les bières que Rose a eu soin d’acheter avant d’embarquer et le cognac dont Pierre a empli des petites bouteilles d’un quart de litre d’eau. Apéritifs et digestifs sont assurés.

Lorsque le vent manque, un remorqueur, petit mais puissant, frappe une aussière sur la « savate », pardon le sandal, et le tracte jusqu’au retour de la brise ou jusqu’à l’étape du jour. Les Piche connaissaient le moteur in-bord, le moteur hors-bord, ils découvrent le moteur « ailleurs que le bord ». Bien plus silencieux que les deux autres !

Rose et Raoul découvrent aussi une croisière où ils n’ont rien d’autre à faire qu’à se laisser choyer. Aucune responsabilité sur la navigation, l’intendance ou la sécurité. Une position nouvelle pour eux qui, habituellement, en assurent la charge. Ils apprécient d’autant plus cette inversion des rôles !

Pour les repas, l’essentiel de l’effort consiste à passer les plats à ses voisins de table. Des plats nombreux, il est vrai : une bonne dizaine, servis en même temps. Toute la gastronomie égyptienne y passe. Savoureuse, variée, de grande qualité, dégustée sans arrières pensées sanitaires.

Philosophe à ses heures, Hélène, devant ce moment de vie qui se prolonge durant cinq jours trouve la formule définitive : « Si c’est ça la misère, pourvu que ça dure ».

A bientôt.

Pour voir quelques images de cette croisière, cliquer ici.


Dieux, déesses, rois, reines

25 janvier 2011

Durant une dizaine de jours Rose et Raoul ont tutoyé dieux, déesses, pharaons, rois, reines et grands prêtres de la haute Egypte. D’Aménophis à Touthmosis en passant par Ramsès, les reines Hatchepsout, Néfertari, Néfertiti… la liste de leurs rencontres est interminable. Et, comme lorsque invités, l’on présente d’un seul coup un grand nombre de personnes les Piche mêlent tous les noms. D’autant plus qu’ils sont parfois quatre voire onze à porter le même, tels Aménophis et Ramsès.

Qu’importe, Rose et Raoul ont été très bien reçus en leurs temples, leurs palais et même leurs tombeaux.

Les Piche n’en revenaient pas. Pas un centimètre carré parmi les hectares de murs, de colonnes, de couloirs, de plafonds sans dessins, sculptures ou inscriptions.

L’histoire de ces puissants, hommes ou dieux, réelle ou allégorique s’étale partout. Mais la vie des plus humbles est également retracée. Tous les métiers du quotidien sont sculptés en pleine action dans les tombes des nobles ou des artisans.

Nul besoin d’être grand amateur d’art pour apprécier la finesse des sculptures et des dessins. Elle saute aux yeux. Les visages qu’on dirait vivants tant ils sont expressifs, esquissent des demi sourires empreints d’une grande sérénité. Certes les combats sont représentés mais aussi des corps féminins recouverts d’un voile transparent, ne cachant rien de leurs formes admirables et aussi des dieux aux érections hautement fertilisantes.

Le plus surprenant étant les couleurs parfaitement conservées dans nombre tombeaux. Les bleus, les jaunes, les rouges, le disputent aux plafonds bleus et or constellés d’étoiles figurant la voûte céleste. Des couleurs qui sont là depuis plus de 4000 ans pour certaines d’entre elles !

Quant aux temples qui fourmillent de colonnes hautes et massives, supportant des plafonds faits de blocs de pierre de plusieurs tonnes, ils intriguent Raoul. Comment ont-ils été construits ? Comment hisse-t-on 20 tonnes à 25 mètres de hauteur par la seule force des hommes ?

On le voit, les Piche ont été d’étonnement en admiration et ont aimé être ainsi touchés à travers les millénaires par le génie de ceux qui ont vécu bien avant eux. Ils ont conscience qu’il faudrait des années pour apprécier plus profondément ce qui s’offre à leurs aux yeux. Mais leur vie n’a pas la même éternité, alors…

Caroube sur le gâteau, Rose et Raoul ont découvert la plupart de ces lieux au fil du Nil, lors d’une étonnante croisière sur un voilier traditionnel égyptien. Une histoire qui mérite d’être contée. Elle le sera.

A bientôt.

Pour voir quelques images de ces merveilles, cliquez ici.

Le Sinaï 30 ans après …

22 janvier 2011

Rose et Raoul Piche ayant vu les eaux de la mer Rouge s’ouvrir devant eux, ils ont marché droit devant et ont pris pied sur la rive égyptienne du Sinaï.

Une côte qu’ils connaissent bien. Ils étaient là, il y a 30 ans, venus d’Europe en voilier avec deux gamins de 4 et 9 ans, devenus, depuis, des barbus de 1,87 m.

Les Piche reviennent aujourd’hui à quatre endroits précis où ils mouillaient régulièrement leur embarcation.

La première, le Fjord, n’a pas changé. En apparence. Une magnifique crique en plein désert. La mer est toujours aussi claire. En revanche, sous l’eau 99% des coraux et des poissons ont disparu. La pêche à la dynamite est extrêmement efficace pour ceux qui la pratiquent. Qu’il ne reste rien ensuite pour leurs successeurs n’est pas leur problème. On aurait tord d’incriminer les Egyptiens. Mutatis mutandis, n’est-ce pas ainsi que l’homme moderne pratique sur l’ensemble de la planète ? L’efficacité destructrice.

Second, lieu visité Nuweiba. C’était le désert. Une petite ville y a poussé. Les Piche ne reconnaissent rien.

Troisième lieu, Dahab. Une baie abritée avec une plage de sable fin de toute splendeur. Elle est toujours aussi belle. Mais MM. Hyatt, Hilton, Novotel et consorts y ont planté des hôtels de luxe. Heureusement, suffisamment en retrait pour ne pas manger la plage. Là où les Piche étaient seuls au monde on parle russe, italien, allemand, on fait du ski nautique, de la planche à voile et du farniente sur des centaines de transats.

Quelques kilomètres plus au nord, des babas cool vivaient dans des paillotes, fumant du hasch et buvant des bières. A la place, Rose et Raoul découvrent un village touristique avec rues piétonnes, force hôtels et des restaurants les pieds dans l’eau. L’ensemble devenu plus bobo que baba n’est cependant pas trop moche (en faisant ce constat, les Piche se prennent à douter, n’auraient-ils pas eux aussi évolué dans le même sens ?).

Dernière escale, Sharm El Sheikh. Rose et Raoul gardent un souvenir ému d’une fameuse soirée autour d’un feu de bois avec des amis dans l’exceptionnelle baie de Naama. L’espace entier était pour eux, pour leurs amis, leurs enfants et leur petit voilier mouillé à une encablure du bord.

En 2011, l’accès est impossible si l’on est pas client d’un des luxueux « resorts » qui s’étendent tout au long de la baie. Une grande ville dédiée au tourisme de masse dans ce qu’il a de plus destructeur, s’est construite ici.

Alors, déçus les Piche de ce pèlerinage 30 après leur premier voyage en Egypte ?

Non, pas vraiment.

Il leur a permis de mesurer la chance inouïe qui a été la leur de connaître ces lieux « avant » et d’avoir vécu des moments rares.

Par contre, ce qu’ils voient, les rendent perplexes : le reste du monde a-t-il été aussi mal traité depuis 30 ans ? Et, les nouveaux lieux qu’ils vont découvrir ne seront-ils que des pâles figures de ce qu’ils étaient aux yeux des voyageurs d’il y a 30 ans ?

A bientôt

Pour voir des images des endroits évoqués, cliquer sur ce lien :

Photos des lieux

Une machine à remonter le temps

13 janvier 2011

A l’aéroport d’Amman, les Piche ont loué un engin qu’ils croyaient être une voiture. Mais non, c’était un engin à remonter le temps. Si bien que partout où ils se sont rendus en Jordanie ils ont été propulsés à des époques passées parfois très anciennes.

Ainsi, au Mont Nebo, les Piche ont vécu un moment poignant. Moïse était là. Il regardait intensément, au loin, vers la terre promise. Mais il ne voyait rien, à cause de la brume, et dépité sans doute, il a rendu son dernier soupir. Instantanément, les Piche se sont retrouvés au même endroit, entourés de Byzantins qui venaient de terminer une église avec de magnifiques mosaïques au sol faites pour durer des siècles…

Retournés dans leur engin, Rose et Raoul sont arrivés en un clin d’oeil à Madaba au milieu d’une foule romaine qui pavait les rues, construisait des écoulements d’eau, des palais, des boutiques. Du solide, capable également de traverser les siècles. A condition que l’on ne construise pas dessus des horreurs en béton. Horreurs que les Piche ont vues lorsqu’ils sont revenus au XXI siècle. C’était juste après avoir quitté leurs amis byzantins qui, sur le même lieu, tapissaient les sols de superbes mosaïques à tour de bras. « Ces mosaïques sont aussi finement ouvragées que des tapis, observe Raoul », « oui, des tapis frais aux pieds et faciles à laver à grande eau ! Souligne Rose, toujours pratique. »

Revenus à leur engin à remonter le temps, les Piche parviennent à Kérak où se trouvent les croisés. Ils construisent une énorme forteresse haute de sept étages destinée à abriter 1000 hommes. Là, la machine s’affole et les Piche voient successivement débarquer Saladin, l’Irakien, qui tente de prendre le château fort, rate son coup, revient un an plus tard (¼ de seconde pour les Piche) et emporte le morceau. Mais, (presque) aussitôt, les Mamelouks, des Egyptiens grincheux, virent Saladin. Victoire de (relativement) courte durée puisque des Turcs, forts comme tout, piquent le château aux Mamelouks. Finalement, ces derniers le perdent au profit de ceux qu’aujourd’hui ont appelle les Jordaniens. Les Piche sortent épuisés de ces batailles. Pourtant ce n’est pas fini. Revenus dans leur machine à remonter le temps, Rose et Raoul retrouvent ces besogneux de croisés un peu plus au sud à Shobak en train de construire un autre château, moins imposant mais situé sur un hauteur en plein désert au milieu de nulle part ! Une situation remarquable. Pourtant, Saladin débarque et l’histoire recommence comme à Kérak. Exténuant.

Trouvant ce désert particulièrement beau, les Piche descendent à Wadi Musa. C’est alors que leur engin dérape dans le temps et les propulse parmi les Nabatéens, environ 400 ans avant qu’un illustre inconnu, tout près, se fasse appeler le Christ. Les Nabatéens sont des bâtisseurs d’un genre un peu spécial. Ils montrent aux Piche que le grés se creuse aisément. Alors, ils font leurs habitations troglodytes dans la montagne qui, du coup, est percée comme un gruyère. De temps en temps, ils enterrent un mort qu’ils chérissent particulièrement, alors ils se surpassent et taillent dans la roche des tombeaux extraordinaires, parfois gigantesques, avec des colonnes immenses, des chapiteaux, des statues, des frises… Bref, ils mélangent tout ce qu’ils ont vu de beau au cours de leurs nombreux voyages autour de la Méditerranée. Comme le grés à Wadi Musa est rose, ocre, violet, blanc, le résultat est magnifique.

En route dans le temps vers notre siècle, les Piche rencontrent des Grecs passant par là et qui donnent à ce lieu le nom de Pétra, comme la pierre. Pas bête, c’est plus marketing que Wadi Musa. Pétra, ça devrait rester.

Finalement, les Piche laissent leur engin à remonter le temps à Aqaba au bord de la mer Rouge. Ils y retrouvent Moïse avant sa mort au Mont Nébo (faut suivre !). Ce dernier prétend que les flots se sont ouverts devant lui et qu’il a traversé la mer à pied sec avec des copains. Les Piche le regardent bizarrement. Pas besoin de miracle pour traverser à cet endroit. Il suffit de prendre le Fast Ferry sur le port d’Aqaba pour se retrouver dans le Sinaï. Moïse, il ne sait pas voyager. Ce n’est pas comme Rose et Raoul qui, parvenus par ce moyen sur l’autre rive de la mer Rouge, comptent bien se rendre en haute Egypte pour y remonter le temps. Il paraît que l’on y bâtit des choses fabuleuses.

A bientôt.

Pour voir les photos des lieux évoqués par les Piche, cliquer sur ce lien.

Perte de repères

9 janvier 2011

Dès les premières heures de leur voyage en Jordanie, Rose et Raoul Piche vont d’étonnements en étonnements. D’abord, il y a ce pépiniériste qui dépose ses milliers de pots en bordure du trottoir, le long d’une route fréquentée. Ni clôture, ni barrière. N’importe qui pourrait se servir en douce. Mais non, pas ici (sinon ce commerçant défendrait ses biens). Réflexion pernicieuse de Raoul, « pourtant, c’est plein d’arabes. Nous aurait-on menti ? ». Ensuite, plus loin, il y a cette jeune femme voilée, joliment vêtue, sac en bandoulière qui attend sur le bord de la route devenue déserte. « Qu’est-ce qu’elle fait là? s’interroge Raoul », « elle attend peut être tout simplement quelqu’un, avance Rose ». « Tu crois que c’est une pute ? », Rose s’étouffe « voilée !!? », « ben, ça n’empêche pas d’avoir de la religion !  Estime Raoul », qui se lance dans un long développement sur le thème « pute et soumise » qu’on épargnera au lecteur.

Au fil des heures, les Piche perdent leurs repères.

Arrivés au mont Nébo d’où on aperçoit, en principe, la mer Morte, Jérusalem, le mont des Oliviers, Jéricho etc. les Piche, eux, ne voient rien du tout. Un désert à leurs pieds et de la brume au loin. « C’est une arnaque ce mont Nébo », déclare tout de go Raoul prêt à en attribuer la responsabilité aux arabes du coin.

Tard, en fin de journée, Rose et Raoul veulent acheter des fruits. Tous les magasins sont fermés. Tous, sauf d’innombrables petites épiceries arabes. Normal. Ils entrent dans l’une d’elles et c’est là qu’un édifice de préjugés s’écroule. Au moment de payer, Raoul pose la question rituelle « combien doit-on ? » sensée préluder à une réponse majorée de 10 à 15%, l’épicier répond « cadeau », « c’est pour vous souhaiter la bienvenue en Jordanie ! », Raoul n’y comprends plus rien. Rose, elle, arbore une grand sourire.

A bientôt.

Soirée à l’opéra de Sydney

12 mars 2010

Soirée à l’opéra de Sydney pour les Piche qui viennent assister à la Traviata. Rose et Raoul garent leur voiture dans l’immense parking en sous-sol. C’est le moment choisi par Rose pour être prise d’une irrépressible envie. « Peux pas attendre » et de résoudre le problème entre deux portières ouvertes. La trace du forfait dévale le long de la pente, six étages plus bas.

En montant les marches du superbe bâtiment, Raoul réalise qu’il a oublié de mettre des chaussettes. Il espère que ses homologues masculins, blaser bleu, boutons dorés, chaussures noires immaculées qui se dirigent vers l’entrée ne vont pas trop le remarquer. En approchant des portes, la densité de tailleurs Chanel, sacs Hermès, talons aiguilles Prada, montres et bijoux 24 carats augmente. Rose, très digne dans son ensemble Kiabi-à-petit-prix, chaussures chinoises de Shenzen, montre Casio « water resist 15m » escalade les marches feignant d’ignorer les minuscules trous de cigarettes qui donnent un certain genre à son chemisier.

Raoul s’avance vers la caisse. Pour sortir la carte de crédit de sa poche ventrale, il déboutonne son pantalon et se déculotte presque. L’efficacité du kangourou, l’élégance en moins.

La soirée chic des Piche commence au Top !!!

Dans l’attente de l’ouverture de la salle, Rose et Raoul se retrouvent au foyer de l’opéra avec le Tout Sydney. Le lieu est sublime. En arc de cercle, totalement vitré, façon château de porte-conteneurs, il offre une vue unique sur la baie de Sydney à la nuit tombante. Un yacht à moteur de 25 mètres passe en toute discrétion, largement illuminé. Derrière lui, un voilier de type America Cup remonte au vent sous le fameux pont de la rade. Cap direct sur le foyer de l’opéra. A l’opposé, une réplique de vieux gréement, toutes voiles dehors, promène son lot de touristes. Dans le foyer, les bouchons de champagne sautent en rafales comme s’ils voulaient défendre le bâtiment contre les assauts des navires qui font route vers lui.

Une sonnerie discrète accompagnée d’un appel invite les spectateurs à gagner leurs places. Le spectacle est prévu à 19h 30. A 19h 30′ 01 ”, les lumières baissent, mille cinq cents personnes s’enfoncent dans un silence total, une larme de violon à peine perceptible s’élève de la fosse d’orchestre, le rideau se lève.

Très vite Violetta se révèle une cantatrice hors pair et c’est tant mieux car elle « tire » la Traviata de bout en bout. Alfredo, le ténor est un peu faible mais il se rattrape dans le 3 ème acte. Le père d’Alfredo est presque parfait. Au final, la troupe tient ses promesses et Rose apprécie la performance. Si ses habits ne sont pas les plus beaux, ni ses bijoux les plus brillants, en revanche elle partage avec peu de spectateurs présents le privilège de connaître le livret par coeur. « La Traviata », elle la fréquente depuis l’âge de 14 ans. Les débats sur la qualité des ténors agrémentaient les repas familiaux du dimanche.

Le rideau affalé, les Piche regagnent le parking. Hélas, dans l’urgence de l’arrivée ils n’ont pas noté l’emplacement de leur voiture. Ce parking « d’une conception totalement novatrice, unique au monde » est formé de deux pentes hélicoïdales emboîtées. Les Piche parcourent deux fois les six étages avant de comprendre qu’ils sont sur la mauvaise pente. Au sens propre. Ils finissent par retouver leur bien.

Dans la voiture qui les ramène vers leur banlieue sydnéenne, Rose n’en finit pas de commenter le jeu des artistes.

Elle est heureuse. Raoul aussi.

A bientôt.

Le monde entier s’est donné rendez-vous en Australie

10 mars 2010

En toute subjectivité, les Piche trouvent les Australiens chaleureux, aimables, affables, accueillants, bref tout à fait fréquentables. Ils sont décontractés et peu formalistes. Même dans les centre-ville les plus huppés la diversité vestimentaire est totale. Costumes cravates, shorts, mini jupes demi-prudes à pas prudes du tout, décolletés généreux, jupes droites et strictes, chaussures de ville, tongues, talons hauts et fins, pieds nus, tout est possible, tout est accepté, tout se côtoie en harmonie. Est-ce parce qu’on est en Océanie ? Nombreux sont les corps lourdement tatoués, enlaidissant des individus qui n’en ont pas forcément besoin.

En parlant avec les Australiens, les Piche découvrent que, contrairement aux Américains, ils voyagent et connaissent le monde. Rares sont les interlocuteurs des Piche qui ne leur parlent pas de leurs voyages en Europe. Nombreux sont également ceux qui précisent appartenir à une seconde génération d’immigrés voire qu’ils ont immigré eux-mêmes dans leur jeunesse. Ainsi, Rose et Raoul ont parlé avec des fils et filles (ou des natifs) d’Angleterre, d’Allemagne, d’Italie, du Portugal, du Danemark, de Pologne, de Suisse, d’Irlande, de Malaisie, de Thaïlande, d’Inde, du Pakistan, de France (de Montpellier !!). Bref, le monde entier semble s’être donné rendez-vous en Australie et fort heureux de s’y trouver. Pas l’once d’une nostalgie du pays d’origine dans les propos tenus aux Piche.

Si les Français ont la réputation (fausse évidemment…) de travailler peu, les Australiens les suivent de près. A 17h30, tout ferme et les villes se transforment en villes mortes. En revanche, le week end, tout le monde dehors ! Aires de pique-nique, campings, plages se remplissent.

Oui, le surf est vraiment le sport aquatique le plus populaire et de loin. Et pas seulement auprès des jeunes, les papys continuent longtemps eux aussi à glisser sur les vagues.

La réputation mondiale de courses au large telles que Sydney-Hobart ou Sydney-Southport ainsi que les exploits des régatiers australiens laissaient croire à Raoul que la voile était largement pratiquée ici. Faux. Certes, on voit des voiliers dans des mouillages sur des fleuves ou dans de rares petits ports de plaisance mais en faible nombre. L’inexistence quasi totale d’abris naturels le long des milliers de kilomètres de la côte australienne peut expliquer cela.

Plutôt sportifs, les Australiens souffrent cependant du mal des pays riches : obésité et surcharge pondérale gagnent les plus jeunes qui (hasard?) se retrouvent à consommer les Mac’ Cochonneries de la célèbre enseigne jaune et rouge. Une fois au moins, les Piche ont vu un restau de mal-bouffe-rapide annoncer la couleur : il s’appelait « Burp » !

Vengeance d’un corps naturellement mince ou sincère désolation, Rose ne cesse de s’affliger de voir autant de jeunes filles difformes continuer à s’empiffrer de graisse et de sucre dans les boutiques de gavage rapide. Une campagne nationale, assez peu visible, tente d’alerter sur ce sujet, manifestement sans grand succès.

Quant aux Aborigènes ce sont les grands absents. Sauf à Alice Springs et dans les expositions à vocations culturelles. La repentance vis à vis des Aborigènes est constante dans les musées et de nombreux témoignages audio-visuels, sans concession, d’Aborigènes de plus de 60 ans, montrent que les discriminations ne datent pas de l’arrivée de Cook mais se sont poursuivies jusque dans les années 60. Depuis les années 90, la situation plus complexe échappe aux investigations superficielles des Piche. Toutefois, une citation relevée au musée d’art moderne de Brisbane laisse entrevoir l’ampleur du qui pro quo : « Il n’existe pas une « vraie » Australie attendant d’être découverte. L’identité nationale est une invention ». Le pays de « personne » comme aimaient à le désigner les premiers colons ne l’était peut-être pas vraiment. Comme ailleurs « la terre sans peuple », pour un peuple sans terre…

Parfois, les belles formules servent à cacher des actions qui le sont moins.

A bientôt.

Alerte tsunami

1 mars 2010

Dimanche 28 février 2010, Gold Coast (sud Brisbane), Australie : alerte tsunami ! Bigre, les images de Phuket et d’Indonésie viennent immédiatement à l’esprit des Piche paisiblement installés dans un camping en bord de plage sur la Gold Coast (sud Brisbane), Australie.

Il est 7h00, « la » vague est annoncée entre 8h30 et 9h00. Rose et Raoul déménagent pour se rendre dans la charmante bourgade voisine de Surfers Paradise et sa forêt d’immeubles de 30 à 60 étages, bâtie le long d’une interminable plage de sable. Là, les Piche trouvent un petit raidillon que la vague devrait avoir du mal à franchir. Lifeguard, policiers, agents de sécurité, hélicoptères, bateaux tout est mis en oeuvre pour empêcher les gens d’aller sur la plage, voire pour les faire sortir de l’eau lorsqu’ils y sont. Au grand dam d’un petit groupe de surfers qui comptait bien chevaucher la vague de leur (courte?) vie.

Les Piche s’installent au premier niveau d’un édifice des lifeguards dont le béton leur semble de bonne qualité. Le public s’amasse. Les yeux scrutent la mer. Les journalistes TV se font filmer face au large pour commenter le vide de l’océan. La pièce peut commencer. Mais la vedette se fait attendre. Sans doute épuisée par sa longue traversée depuis le Chili, elle a choisi de se reposer en route. Elle n’arrivera jamais sur la Gold Coast (sud Brisbane), Australie.

Rose et Raoul ont une pensée pour les Chiliens sans savoir, pour l’heure, les dégâts qu’ils ont pu subir mais certains qu’ils en ont assez que la plaque machin glisse sous la plaque truc en provoquant régulièrement des catastrophes chez eux.

A bientôt

Supplice de Tentale

25 février 2010

Pour les Piche l’Australie s’apparente au supplice de Tentale : ils auraient envie de profiter de certains lieux à portée de main mais ils le peuvent pas. Surtout après avoir quitté l’Outback et être parvenus dans le Queensland. La couleur passe du rouge au vert. De la végétation partout. Donc de l’eau. Beaucoup d’eau qui tombe du ciel. Rose et Raoul voulaient aller dans une petite bourgade dénommée Karumba à « Aligator point » dans la péninsule de Carpentrie sur la mer d’Arafura (ces noms à eux seuls ne sont-ils pas une invitation au voyage ?). Les personnes auxquelles ils parlent de leur projet les regardent bizarrement. Ils leur suggèrent « de vérifier si la route est ouverte », « mais c’est une grande route ! » s’insurge Raoul, « avec la pluie elle pourrait être fermée ». Bingo ! Si les Piche s’étaient engagés sans vérifier, ils auraient dû faire demi tour après 290 km (soit près de 600 km aller-retour pour rien), l’eau passait par dessus un pont. Merci du conseil !

La chaleur humide devient étouffante. Qu’à cela ne tienne, les voyageurs mettent cap sur Townsville où ils comptent bien piquer une tête dans l’océan. Ils trouvent une ville agréable, des plages immenses et … l’interdiction absolue de se baigner pour cause de méduses mortelles (Chironex ou méduse-boite), voire demi-mortelles (Irukandji et Portuguese man of war), de crocodiles de mer (très vifs, très voraces), le moindre mal étant les requins (repus ?). Sur trois km de plage le long de l’esplanade du centre de Townsville seul un petit carré de 50 m sur 50 m, protégé par des filets forme une pataugeoire pour les plus motivés. Visitant le centre d’étude de la grande barrière de corail, les Piche demandent jusqu’où il faut descendre vers le sud pour échapper aux bébêtes gélatineuses qui en veulent à leur retraite heureuse. « Au sud de Rockhampton vous pourrez vous baigner, ils n’y a plus de « stinger » (méduses boites) et vous n’auriez vraiment pas de chance si vous rencontriez une Irukandji ». Sous un véritable déluge, les Piche descendent « au sud de Rockhampton » à plusieurs centaines de km de Townsville. Ils arrivent à la ville de 1770 (seventeen seventy) ainsi dénommée car James Cook a débarqué là, cette année là. Direction la plage. Une pancarte y attend Rose et Raoul : « ATTENTON ! Requins, méduses tueuses, poissons scorpions, forts courants ! » Quel accueil. Les Piche n’en demandaient pas tant. Bon, allez, encore un peu de déluge, encore un peu de sud, encore un peu de centaines de km et ce sera Fraser Island, une île de sable de 100 km de long sur 20 de large, classée au patrimoine mondial. Parvenus avec un bus-camion 4×4 sur l’immense plage qui court tout au long de l’île, le guide chauffeur des Piche les prévient « n’envisagez pas un instant de vous baigner dans la mer, les courants y sont forts et les requins très présents ». Yeahh ! Par chance, Fraser Island dispose de lacs d’eau douce, cristallins et chauds comme lots de consolation. Une autre vedette de Fraser Island est le dingo, chien sauvage, mangeur de petits enfants (si, si l’histoire est vraie. Une mère a été condamnée pour l’assassinat de son bébé alors qu’il avait simplement servi de petit déjeuner à un dingo) mais bon, les Piche ne sont plus des gamins. Effectivement, ils verront un dingo, sorte de loup au corps svelte qui a tenté de barrer la route au 4×4. Il s’est fait mitrailler… de photos puis a regagné la forêt.

A force de mettre du sud dans le sud, le temps devient moins étouffant, la pluie moins forte et le paradis plus proche. A Noosa, station on ne peut plus balnéaire, la mer est claire, les gens se baignent un peu partout. Les Piche en font autant dans une eau à 24° et si Raoul aperçoit bien deux ou trois méduses mortes sur la plage c’est parce qu’il cherche la petite bête. Un « lifeguard » lui a assuré qu’ici il n’y avait pas de méduses-boites.

Vidange de la voiture suivi d’un avertissement du garagiste : « attention, vos pneus avant sont usés jusqu’à la toile côté intérieur, c’est un défaut de parallélisme ». Changement immédiat des pneus, correction du parallélisme et peur rétrospective.

Finalement, pour les Piche le danger n’était pas dans la mer mais sur la route. Comme ils ne le savaient pas, au lieu d’affronter les méduses ils ont affrontés les km. Les Piche sont parfois un peu koalas.

A bientôt.

Traversée de l’Outback

22 février 2010

Temps fort du périple australien des Piche, la traversée de l’outback depuis Port Augusta dans l’Etat d’Australie du sud, à Conclurry dans l’Etat des territoires du nord, soit environ 4000 km de « désert ». Désert entre guillemets car la végétation y est constante sous forme de buissons, d’arbustes, parfois même d’arbres, voire de touffes d’herbe clairsemées sur un sol rouge. Hormis la couleur, cela évoque plus la pampa argentine, avec des plantes plus hautes, que les déserts de Tar, de Gobi ou le Sahara. Les animaux n’y sont pas rares même si ceux vus par Rose et Raoul Piche étaient plutôt à l’état de squelettes en bord de route après collision avec des véhicules et nettoyage par des oiseaux charognards. La route est un excellent garde manger. La route, parlons en. Il s’agit banalement d’une double voie pas très large, aux allures de bonne départementale. La vitesse autorisée est de 110 km/h ce dont ne se privent pas les Road Train, ces camions de 53 mètres de long, trois énormes remorques attelées et … 66 roues ! Rose et Raoul qui conduisent alternativement une heure chacun pour des étapes de 600 km à 700 km croisent en moyenne un de ces engins à chaque fois qu’ils tiennent le volant. Les voitures sont aussi peu fréquentes donnant aux Piche l’illusion d’être seuls au monde, les rois du macadam. Bien sûr, ils ont stocké une tonne d’eau, de la nourriture pour quinze jours et gavé le réservoir d’essence pour aller facilement d’une pompe à l’autre (distantes de plusieurs centaines de kilomètres) sans anxiété de la panne sèche.

Température extérieure 40° à l’ombre. Ici un panneau publicitaire annonce un établissement installé 480 km plus loin, là un de ces bars station-service que snobent les kangourous. Si désert il y a, il est surtout humain. Sur une surface plusieurs fois grande comme la France on ne compte guère plus de 40 000 habitants.

Finalement, au bout de la route d’étranges apparitions. Coober Peddy d’abord. La ville des mines d’opale (80% de la production mondiale). Une cité troglodyte. La plupart des mineurs ont creusé leur maison sous terre ce qui leur procure une température constante de 24 degrés toute l’année. Les hôtels s’y sont mis aussi et même les campings (on peut planter sa tente sous terre) !

Les Piche ont visité deux mines dont l’exploitation est toujours très artisanale. Rose a gratté une montagne de cailloux pour trouver des opales. Les mineurs ne parlent jamais de leurs découvertes. Personne ne saura donc ce qu’elle a trouvé mais si vous passez à la maison…

Seconde apparition au bout de la route : Ayers Rock. Etonnant rocher rouge de 360 mètres de haut, jailli d’un désert plat à l’infini. Aussi emblématique de l’Australie que les koalas ou les kangourous, maintes fois vu en photo, il fait partie de ces visions qui ne déçoivent pas lorsqu’on les découvre « pour de vrai ». Notamment au coucher du soleil. Les Monts Olga, un peu plus loin, aux formes plus variées, permettent d’explorer des canyons qui donnent une assez bonne idée de l’exploration martienne…

A Alice Springs, capitale de l’Outback, les Piche découvrent la triste situation d’une partie de la population aborigène. Petits groupes installés un peu partout sur les gazons, sur les bancs, ce sont de véritables miséreux dans un état de santé visiblement déplorable. L’interdiction de la consommation d’alcool hors des lieux privés, la vente d’essence « non sniffable » (textuellement écrit sur les pompes), la multiplicité des administrations d’assistance laisse à penser que l’Etat australien n’a pas réussi à donner à tous une place digne dans ce pays. Cela en dépit d’efforts apparemment considérables depuis une vingtaine d’années. L’autre vision de la présence aborigène sont les galeries d’art qui vendent les oeuvres abstraites très remarquables d’artistes du fin fond du bush.

Mais l’habitant omniprésent du coeur de l’Australie est de petite taille. Il a des ailes, vole par dizaines autour du visage, fait « bzzzzzzzz » dans les yeux et les oreilles : sa majesté la mouche ! La densité est telle que l’on doit porter une voilette dès qu’on se promène dans la nature. Par chance, Dieu dans son infinie bonté, a programmé les mouches pour qu’elles s’endorment au coucher du soleil. Le répit, enfin ! Juste le temps aux moustiques d’affûter leurs aiguillons et de passer à l’attaque.

Rose et Raoul commencent à comprendre pourquoi dans ce pays sans eau, à la température torride, peuplé de mouches et de moustiques aussi peu d’humains ont choisi de vivre.

Pas folles les guêpes !

A bientôt

Faut pas prendre les kangourous pour des idiots

17 février 2010

Sur la Stuart Highway, la route goudronnée à deux voies qui relie Adélaïde à Darwin en passant par Alice Springs (3000 km) les seuls signes de présence humaine sont les bars station-service installés tous les 300 à 400 km. Tenus par de fortes personnalités, il faut en avoir pour vivre aussi loin de tout, ces établissements sont souvent hauts en couleur et reçoivent des visiteurs qui ne le sont pas moins. Témoin la scène suivante :

De passage dans un de ces lieux à 350 km de Ayers Rock, les Piche, stupéfaits, voient entrer un kangourou qui commande un demi bien frais.

Le barman le sert, assez surpris quand même…

- Combien je vous dois, demande le kangourou très aimablement.

- Euh ! Ben, ça vous fera 20 dollars tout juste…

Le kangourou cherche dans sa poche (ben oui, quoi ! C’est un kangourou…) et tend le billet de 20 dollars au barman. Pendant qu’il boit, le barman, interloqué, ne le quitte pas des yeux.

Au bout d’un moment, il remarque :

- On ne voit pas souvent de kangourous dans ce bar, d’habitude…

Et le kangourou lui répond :

- Pour vous parler franchement, à 20 dollars le demi, ça n’a rien de surprenant !

La vérité est que Raoul a cru bon de raconter cette histoire dans un de ces bars parce qu’il était tapissé de maximes, de proverbes et de récits amusants. La tenancière l’a écouté avec attention puis avec un regard froid lui a déclaré, « vous trouvez ça drôle ? ». « Heu ! Oui » a piteusement répondu Raoul en se dirigeant vers la sortie. Là, son regard s’est porté sur le tarif des consommations :

- Bière 20 $

La réalité tutoie parfois la fiction.

A bientôt.