Le risque zéro n’existe pas. Le Zica si.

16 février 2016

- Tu as vu que l’épidémie de Zica s’étend au Brésil. Exactement dans les régions où tu m’amènes.

- Humm

- Tu te souviens du tremblement de terre au Costa Rica ?

- Humm

- Et de notre hôtel qui s’est écroulé à Buenos Aires ?

- Humm

- Et de l’incendie à Mexico ?

- Humm

- Et de l’alerte Tsunami en Australie ?

- Humm

- Et de la révolution, place Tahir au Caire ?

- Humm

- Raoul parfois je me demande si tu ne me portes pas la poisse.

- Mais qu’est-ce que tu racontes. Tu as vu les informations ? Un orage de la force d’un ouragan s’est abattu sur Porto Alegre…

- Et alors ?

- Alors, cela s’est produit juste le jour où nous avons quitté cette ville ! Au contraire, je crois que je te porte chance.

-  Demain tu as prévu que nous prenions un bus pour Trindade. Il a tué 15 touristes, il y a 5 mois et deux de plus il y a deux mois. Tu es bien sûr de nous porter chance ?

- Mais oui, tout va bien se passer. Tout de même, tu as pris le répulsif à moustique ?

- Pour aider la chance ? Oui je l’ai pris.

A bientôt

PS : Aux dernières nouvelles, les Piche sont revenus intacts de Trindad, où ils ont découvert Cachadaçao une des plus belles plages du Brésil. Ca valait la peine de prendre le risque, non ?

La plage idylique existe

14 février 2016

La plage idylique existe.

Elle se trouve au creux d’une large baie, entourée de montagnes boisées, terminée à ses extrémités par de gros rochers lisses et ronds qui forment une piscine naturelle. L’eau fraîche d’une cascade finit son cours en serpentant au milieu du sable blanc où elle creuse son lit avant de rejoindre la mer.

La brise qui se lève à midi ajoute à la fraîcheur de l’ombre des arbres qui bordent le haut de la plage. Sous cet ombrage une modeste paillote propose trois tables et quelques chaises et sert des boissons locales. Une noix de coco décapitée avec une paille plantée à l’intérieur et l’on déguste le jus de fruit le plus naturel du monde.

L’eau douce de la cascade, captée par un petit tuyau, tombe en douche pour rincer les rares baigneurs.

La mer est animée de rouleaux complaisants qui s’achèvent sur l’estran en le zébrant des lignes blanches de leur déferlement.

Pas de construction, pas de route d’accès, seulement un chemin escarpé et glissant, mal commode. Le modeste prix à payer pour découvrir ce lieu.

Oui, les Piche ont passé une excellente journée. Merci.

A bientôt

Serra Verde Express, un Express pas trop pressé

13 février 2016

Il y a très peu de trains au Brésil. Aussi, les Piche ne veulent pas rater l’occasion d’en emprunter un : le Serra Verde Express, 64 km à travers des montagnes couvertes d’une forêt tropicale, à franchir des viaducs, des tunnels, à longer des lacs, des cascades, etc.

Le mot “Express” est sans doute excessif.

A 8h pile, le train s’ébranle, la précision d’un TGV. Sur les 5 premiers mètres la même vitesse que le TGV. Au-delà, Le Serra Verde Express marque sa différence. Les Piche s’en rendent compte lorsqu’ils voient les cyclistes dépasser le train.

- C’est parce que nous sommes en ville, sentence Raoul. Après il va accélérer.

Pas du tout. Sorti de la ville, à la première côte, il ralentit ! Un coureur à pied le dépasserait. Mais de coureur à pied il n’y a point, car le passage de la voie au milieu de la forêt est si étroit que les branches fouettent les fenêtres des wagons. Raoul doit tenir fermement son appareil photo pour ne pas se le faire arracher par l’agresseur végétal.

Au détour d’un virage, les Piche découvrent un panorama grandiose. Un précipice sur leur gauche (normal, c’est dans l’air du temps…), au loin une vallée encadrée de hauts sommets couverts de forêts avec ici et là des cascades inatteignables.

Les heures passent, le spectacle est permanent.

Bien que sa vitesse ne le laisse guère supposer, le train descend de 900 m au niveau de la mer. Conséquence, la température, elle, monte, monte, monte. Après 4h de parcours à la fabuleuse moyenne de 16 km/h, le train arrive enfin à destination. Les Piche sont ravis mais ils sont cueillis par une chaleur épouvantable car à la perte d’altitude s’ajoute les caprices d’El Nino capable de faire monter la température à 38° voire 40°. Or ces jours-ci El Nino pique sa crise.

Après une rapide visite du bourg où ils se trouvent, Il ne reste plus aux Piche qu’à envisager le retour.

Ils bénissent cette femme qui la veille leur a conseillé de ne pas prendre le train pour revenir car “au retour le train va moins vite” ! Les Piche doutent que cela soit possible mais ils n’ont pas envie de le vérifier. Ils prennent donc un bus qui les ramène à leur point de départ dans le quart du temps pris par l’”Express”.

Plus performant, le bus, sans aucun doute mais bien moins spectaculaire.

A bientôt

Drôle de carnaval

10 février 2016

Les Piche sont dans un de ces fameux bus longs de Curitiba lorsque, à l’arrêt de l’hôpital Nostra Senhora de la Piedad, une femme et un homme montent à bord. Rose sursaute et alerte Raoul :

- Mon dieu (elle qui n’en a pas), quelle horreur ! Tu as vu cette femme ? Elle a le visage tout sanguinolant, comme écorché vif ! C’est fou, on ne quitte pas l’hôpital dans cet état, on y entre plutôt.

- Tu as remarqué, lui répond Raoul, son compagnon est dans le même état. En plus ils rigolent tous les deux !!

- Ce n’est pas possible c’est du faux. Mais bien sûr ! Nous sommes au second jour du carnaval. Incroyable tout de même comme déguisement.

Une demi-heure plus tard, Rose et Raoul arrivent à la grande rue piétonnière du centre ville et là, le choc. Le spectacle qu’ils ont sous les yeux serait inimaginable en France. La foule est constituée de personnes aux visages et aux corps éclatés, meurtris, couverts de sang. Plus gore, tu meurs… Certains portent des armes factices (mal imitées) et pour que nul ne se méprenne, un homme tout de noir vétu brandit la grande faux.

Les grimages et les déguisements sont si réalistes qu’ils en sont insupportables. Seuls quelques participants ont pris le parti d’une recherche esthéthique plutôt que choquante. Finalement, les Piche découvrent que le thème du jour est les “zombis”. Pour Rose et Raoul c’est plutôt “Bataclan”.

La veille, le défilé auquel ils avaient assisté était nettement plus pépère. Parmi les groupes, deux ont particulièrement retenus leur attention. Celui de la CGT locale qui chantait et dansait pour dénoncer le “massacre du 27 avril” date d’une manifestation durement réprimée par la police. La même police chargée de protéger le défilé. (précisons que le “massacre” du 27 avril n’avait fait ni mort ni blessé).

Et puis il y a eu un groupe très coloré, très gai, très vivant, le plus applaudi de tous, uniquement composé de papys et de mamys !

Cela a ragaillardi les Piche auxquels les jeunes cèdent systématiquement les places réservées aux vieux dans les fameux autobus longs de la ville.

A bientôt

Les Piche au régime brésilien : 15 fruits au petit déjeuner

4 février 2016

Pour le dépaysement, le Brésil ce n’est évidemment pas l’Afrique, ni l’Asie ni même l’Amérique centrale. Néanmoins, pour les Piche les motifs de surprise ne manquent pas.

Le premier qui les met en joie dès le matin, est le petit déjeuner brésilien. Le mot “petit” ne convenant pas du tout.

Il s’agit d’un hallucinant buffet qui offre une myriade de fruits frais, de jus de fruits, de yaourts aux fruits mais aussi des variétés de pains, de gâteaux et comme si cela ne suffisait pas du jambon, du fromage, de l’omelette, des saucisses, etc… sans oublier le café brésilien. A volonté. Et de la volonté, Rose et Raoul n’en manquent pas.

Puisqu’on est dans le registre alimentaire, restons-y.

Depuis Porto Alegre, les Piche sont fanas des restaurants “au kilo”. Autrement dit, des restaurants qui proposent de copieux buffets et où l’on paye en fonction du poids de ce que l’on a mis dans son assiette. Il est ainsi possible de déjeuner (plus rarement de dîner) très correctement pour 5  à 7 euros seulement.

Autre fonction essentielle du quotidien des Piche voyageurs, les déplacements.

Rose et Raoul aiment se déplacer avec les bus de ville et non pas en taxi. Pas toujours facile de s’y retrouver mais c’est un jeu agréable parce qu’il conduit fréquemment à se tourner vers les indigènes, unanimement serviables et coopératifs. A Curitiba le système de bus est de renommée mondiale. A juste titre. Le réseau a été créé dans les années 70 lorsqu’un nouveau maire à voulu inverser la tendance urbanistique de l’époque qui consistait à ouvrir les villes aux voitures comme à Los Angeles.

Faute de moyens pour doter la ville d’un métro ou de lignes de tramways, il a “inventé” un métro de surface à base de bus de très grande capacité conçus spécialement à sa demande par Volvo. Ces long bus, articulés par deux soufflets, emportent plus de 200 passagers. Ils s’arrêtent à des quais d’embarquement abrités, en forme de gros tubes qui sont au même niveau que le plancher du bus. L’embarquement et le débarquement sont donc aisés et rapides. Des élévateurs permettent aux personnes handicapées d’accéder au quai et ensuite d’entrer dans le bus sans nécessiter d’aide. Des voies sont réservées à ces bus qui passent toutes les 5 minutes. A Curitiba, deux millions de personnes prennent le bus chaque jour.

Ce n’est pas la seule particularité de cette ville étonnante pour ceux qui ont en tête l’image des mégalopoles brésiliennes agitées, stressantes, criminalisées et criblées de pauvreté. Curitiba est une ville plutôt paisible pour comporter 1,8 million d’habitants. Le niveau de vie y est élevé et les préoccupations sociales et de “bien vivre” y sont manifestes. Le fameux maire a multiplié les places, a planté des millions d’arbres, ouvert des rues piétonnes, organisé le ramassage des déchets. Bref, il a fait d’un univers de béton quelque chose de vivable. Il a constamment été réélu…

La culture y tient une place importante.

Les Piche se sont rués sur le joyau de la ville : le musée d’art contemporain Oscar Niemeyer. Un bâtiment de béton et de verre en forme d’oeil dans le style années 60 du maître. Superbe, avec de nombreuses expositions dont certaines éblouissantes quasi au sens propre. Raoul a pris des photos qu’il montrera peut-être un jour.

Dernier agrément de Curitiba que les Piche apprécient au plus au point, la ville se situe à 930 mètres d’altitude, la température y est donc moins chaude qu’ailleurs. De toute façon, de ce côté-là les choses se sont bien arrangées pour Rose et Raoul. Depuis qu’ils ont grillé sur une plage de Florianopolis le temps s’est mis au gris et à la pluie. Du coup, de rouge façon homard thermidor, ils évoluent gentiment vers un joli brun gâteau sec.

A bientôt

“Les Bidochons en vacances”

31 janvier 2016

En franchissant la frontière du Brésil, pour les Piche tout a changé.

D’abord, ils sont devenus Uruguayens. Dès qu’ils parlent, on leur renvoie un “ah! vous êtes Uruguayens !” qui les ravit. Cela leur laisse à penser que leur espagnol, qu’ils utilisent à la place du brésilien, n’est pas si mauvais. Le brésilien, cette langue si chantante, est précisément le deuxième grand changement. Face aux difficultés des Piche pour échanger dans cet idome, Rose a posé un diagnostic sans appel “lorsqu’ils (les Brésiliens) parlent, je comprends la musique mais pas les paroles”. En habillant leur  vocabulaire espagnol de “ou”, “oum”, “oïs” les Piche parviennent à se faire comprendre mais le plus souvent ils ne comprennent pas les réponses à leurs questions.

Le troisième changement, ce sont les vacances. C’est le plein été et les Brésiliens sont sur les plages. Notamment à Florianopolis. Sable blanc, fin, eau turquoise et chaude, parasols, marchands ambulants, familles… Les Piche qui se sont joints à eux ne sont plus les Piche en voyage mais “Les Bidochons en vacances” ! Repliés sous leur minuscule parasol, ils essayent de ne pas virer au rouge façon homard thermidor.

Raoul a l’impression de revenir 60 ans en arrière à Carnon plage, à une différence près qui, encore une fois, change tout : les culs ! Ici les culs sont nus ou quasiment, tant les strings des dames et des demoiselles ne cachent rien de leur anatomie.

Raoul s’adapte. Sans difficulté.

A bientôt

PS : Les Piche ont échoué ils sont rouge thermidor

Les Uruguayens, drôles de citoyens ?

26 janvier 2016

A Montevideo, les Piche sont perplexes. Que penseraient les Français, si :

- Pour se conformer au principe de séparation des églises et de l’Etat, on changeait les appellations des jours fériés nationaux issus des fêtes catholiques et qu’on les remplace par ” le jour de la famille” pour Noël, ” La semaine du tourisme ” pour la semaine de Pâques, “la journée des plages” pour l’Ascencion.

- On accueillait des réfugiés syriens en leur attribuant une aide égale à 2 fois le revenu minimum.

- On vendait le canabis en pharmacie et on autorisait des clubs d’amateurs à en cultiver pour leur consommation personnelle. Histoire de couper l’herbe (hi, hi) sous le pied des trafiquants et de réduire la criminalité.

- Un juge refusait la diffusion des portraits de braqueurs pris par les caméras de surveillance d’une banque au nom de la présomption d’innocence. Et aussi pour ne pas violer le loi sur la protection des mineurs “au cas où les personnes filmées se révèleraient être des mineurs”.

- On choisissait comme capitale une ville avec des dizaines de km de plages depuis le centre jusqu’à la périphérie, longés par une superbe et interminable promenade piétonière.

Les Piche s’interrogent, mais pas les Uruguayens pour lesquels tout cela est réalité chez eux.

A Bientôt

PS Bien sûr ceci n’a aucun rapport avec cela mais les Piche notent que l’Uruguay a un des plus haut niveau d’instruction des pays d’Amérique latine.

Destins croisés

24 janvier 2016

- Hola ! jeune homme, viens voir là. Comment t’appelles-tu ?

- Ernesto, Monsieur.

- Tu habites par ici ?

- Oui, à quatre rues de là.

- Tu aimes la musique ?

- Oui, mais je préfère la lecture et le sport

- Très bien, très bien. Continue et tu réussiras.

- Et vous, Monsieur, comment vous appelez-vous ?

- Manuel, mon garçon.

- Vous aimez beaucoup la musique, j’imagine ?

- C’est ma vie.

- Merci, au revoir Monsieur.

- Adieu petit.

Le vieil homme et le jeune homme se quittent sur cet adieu, réciproquement impressionnés par la force qui émane de l’un et de l’autre.

Nous sommes en 1946 dans la bourgade d’Alta Gracia, perdue au centre de l’Argentine. La famille d’Ernesto s’est installée ici parce qu’il souffre d’asthme. Manuel y est venu pour la tranquillité du lieu. Il mourra dans son lit quelques mois après cette rencontre. Ernesto, 21 ans plus tard, d’une rafale de mitraillette.

Tout deux connaîtront une célébrité mondiale. Manuel de Falla pour ses compositions musicales, Ernesto Guevarra pour sa luttre contre l’oppression des peuples.

Cette rencontre n’a jamais eu lieu mais elle aurait pu. Elle a été imaginée par Raoul Piche après la visite à Alta Gracia des maisons musées de Manuel de Falla et d’Ernesto Guevarra et constaté qu’ils y vécurent durant quelques années au même moment à quelques rues de distance.

A bientôt

Rencontres du troisième type

23 janvier 2016

Modeste par l’altitude, le mont Uritorco est pourtant de première importance pour l’humanité.

C’est là, à une centaine de kilomètres au nord de Cordoba que viennent régulièrement nous rendre visite des extraterrestres.

De nombreux témoignages en font foi.

Le premier remonte à 1935. Plus récemment, en 1986, Gabriel et Esperanza Gomez ont vu un vaisseau spatial si grand qu’il illuminait tout le paysage environnant. Le lendemain, le sol était brûlé sur 122 m de long et 64 m de large à l’endroit de l’”atterrissage”. Quelques années plus tard ce sont 300 personnes qui ont vu un vaisseau ayant laissé également une grande marque roussie. Rebelotte en 1991.

Chaque année, 100 000 personnes grimpent sur les flancs du mont Uritorco dans l’espoir d’une rencontre du troisième type.

Les Piche ne pouvaient pas manquer un tel rendez-vous. Ils se sont donc rendus au “centre d’information sur les OVNI” de Capilla del Monte, la commune au pied du mont. Tous les documents et les témoignages sur les événements y sont rassemblés.

Parmi les théories émises pour justifier ces phénomènes, Rose déclare à Raoul que sa préférence va nettement vers celle-ci :

Les extraterrestres visitent le mont Uritorco parce que le chevalier de Perceval y aurait apporté le saint Graal et la croix des Templiers à la fin du XII ème siècle pour les poser à côté du sceptre, réalisé 8000 ans auparavant par Vatan chef des Comechingones, la tribu indienne qui peuplait la région.

Inquiet, Raoul demande à Rose pourquoi cette explication retient sa faveur.

- J’aime bien cette explication car elle montre à quel point les gens qui croient à ces fadaises d’extraterrestres ont l’esprit dérangé. Pour écrire des trucs pareils il faut vraiment être “azimuté” (une expression chère à Rose pour qualifier quelqu’un qui a perdu le nord).

Raoul est rassuré mais de retour à Cordoba la rationalité des Piche est à nouveau mise à l’épreuve.

A la foire artisanale du quartier bobo de Güemes des vendeurs proposent des pyramides censées concentrer l’orgone, cette énergie chère à Wilhem Reich que la physique ignore. Elle transforme “l’énergie négative en énergie positive, purifie les émotions et protège des mauvaises radiations”.

Face au regard plus que dubitatif de Rose, Raoul propose une alternative (c’est le cas de le dire, on va comprendre…).

- Pour obtenir le même résultat, il suffit de mettre les doigts dans une prise de courant qui passe 50 fois par seconde du positif au négatif (60 aux Etats Unis !) pour vivre des émotions fortes qui irradient joyeusement tout le corps au point de le faire se trémousser. Et, avec un peu de chance on peut, en prime, voir des éléphants roses venus de la planète Edé F.

Le manque de spiritualité et de sens poétique des Piche est consternant.

A bientôt

L’herbe roussie sur le lieu de l’”atterrissage”

La zone d’”atterrissage” vue de plus loin

La presse s’est emparé du sujet

Quand on vous dit que c’est lumineux !!!

Les Piche ont effectivement rencontré un extraterrestre à côté de sa soucoupe volante en plein centre ville de Capilla del Monte

La mairie lui paye le stationnement pour service rendu à l’économie de la ville. Des centaines de milliers de visiteurs chaque année.

Il a accepté de poser pour notre caméra. Oui, il a une apparence humaine mais il ne faut pas s’y fier…

Un bien bel engin. Pas aussi grand que dans les descriptions des témoins ? Et alors ? Incroyants !

Le mont Uritorco est en arrière plan

Raoul Piche découvrant le Saint Graal.

Dow Chimical, Dupont, Summit agro, Stinger, Gaucho… Les Argentins ont la main verte

18 janvier 2016

Que l’élevage argentin produise la viande la plus suave et goûteuse du monde, les Piche le savaient. Que les Argentins en consomment 8 fois plus par tête que les Etatsuniens, pourtant carnivores patentés, prêts à tout pour défendre leur beefstaek, les Piche s’en doutaient un peu. Au restaurant une tranche de faux filet de moins de 400 g ça n’existe pas.

Mais, en plus, les Piche découvrent que les Argentins ont la main verte.

Sur les 700 km qui séparent Buenos Aires de Cordoba, l’essentiel du paysage est formé de champs d’un vert absolu qui s’étendent à perte de vue. En revanche, Rose et Raoul n’ont pas bien compris les panneaux accrochés aux clôtures : Dow Chimical, Stinger, Dupont, Summit agro, Gaucho, Adama “simply groth together”, Systema full agro, Sinsem NS 5258, Pampero uso intensivo, Nidera (semillas, agrochimicas, fertilizantes), Polaverich inoculando liquido para maïz…  Sans doute des supporters des paysans.

C’est probablement avec leur aide que les Argentins sont devenus les deuxièmes producteurs mondiaux de soja et de maïs. Très forts !

De l’agriculture à la culture il n’y a qu’un pas que les Piche ont franchi le jour de leur arrivée à Cordoba en entrant dans le café “La real”. Dans cette salle rétro résonnaient les voix de Brel, Montand, Aznavour…

La culture comme l’agriculture s’exportent. Aussi naturelles l’une que l’autre ?

Conquête d’espace vital dans la carlingue d’un avion

13 janvier 2016

Tout voyage lointain commence par le partage de l’espace restreint d’une carlingue d’avion entre plusieurs centaines de personnes.
Un monde en réduction.
Pour les Piche allant vers Buenos Aires ce sont 13h30 à passer dans ce petit monde. Pour les autres aussi. Les instincts vitaux s’éveillent. Chacun lorgne sur les sièges vides qui lui permettra de s’allonger un peu. Raoul observe des prises de position stratégiques dans l’allée centrale forte de 4 sièges côte à côte. 4 sièges libres, c’est un lit, un château, un rêve. 3 sièges libres, c’est un peu de confort. 2 sièges, c’est un mauvais HLM, beaucoup préfèrent encore l’inconfort de leur siège unique qui ne doit rien à personne.
Avant le décollage, Rose quitte Raoul pour tenter sa chance ailleurs. Raoul se retrouve à une extrémité d’une rangée de 4, une femme à l’autre extrémité. Elle jette des coups d’oeil sur les deux sièges qui les séparent. Raoul fait de même. Derrière Raoul, un homme seul a pris position espérant conquérir les 4 sièges de sa rangée.
Décollage. Altitude de croisière. Première tentative de conquête territoriale. L’homme seul voit arriver une femme avec un bébé (l’horreur absolue, le bébé voyageur), elle vient nicher sur sa rangée. Tête du futur colon qui tente une opération de résistance déjouée par une autorité supérieure, celle de l’hôtesse de l’air. Il part à la recherche d’un nouveau territoire mais ne le trouve pas et revient chez lui.
Après le repas la très très longue nuit commence. C’est là que tout se joue.
Raoul croit à sa chance pour posséder trois sièges. Las, à son retour des toilettes, il trouve la femme d’extrême droite (hum !) couchée là où il croyait si bien s’étendre. Tant pis. Il regarde un film. Au mot fin, il tombe de sommeil. La femme s’est relevée, assise sur son siège. Raoul s’allonge. Plus tard il se relève et elle se couche. Finalement, tout au long de la nuit, ces deux-la vont partager leur territoire par périodes successives en bonne entente. Rose a moins de chance. Son voisin de rangée ne lui cèdera pas un pouce de terrain.
Derrière Raoul, pour des raisons mystérieuses, au milieu de la nuit , la femme s’exilera avec son bébé vers son siège d’origine. L’homme, enfin seul, restera allongé dans son château jusqu’au bout.
Dans la rangée côté hublot, à la hauteur de Rose, une femme visiblement adepte de la chirurgie esthétique portant moult bagouses grosses comme des balles de ping pong est nerveuse. Elle n’aime pas l’avion. Elle n’a pas confiance. Peut-être se demande-t-elle comme Jean Yanne “pourquoi n’a-t-on pas pensé à faire le fuselage des avions dans le même métal que les boîtes noires ?”. Raoul est tenté de la rassurer en lui faisant remarquer qu’elle peut faire plus confiance au pilote qu’à son chirurgien car dans l’hypothèse d’une erreur, le premier est bien plus sévèrement puni que le second. Mais réalisant qu’ils sont dans un avion de la Lufthansa, Raoul se ravise. Il pense que les passagers de la filiale Germanwing de la Lufthansa qui ont terminé leur voyage et leur vie sur les contreforts des Alpes françaises n’auraient pas apprécié le manque de rigueur de son raisonnement.
Du coup Raoul se sent coupable et un peu nerveux à son tour.
Lors du choc plutôt doux du train d’atterrissage sur la piste de Buenos Aires, la femme pousse un grand soupir de soulagement. Le pilote tenait à sa vie autant qu’à celle de ses passagers. Mais comment le savoir tant que les roues n’ont pas touché le sol.
Le monde en réduction d’un vol en avion ressemble décidément au monde réel. Désir de conquête, résistance, coopération, danger, incertitude, confiance, défiance ne s’y retrouvent-ils pas ?
A bientôt

La Confitería Ideal

23 février 2013

Carlos Gradel a chanté là, Maurice Chevalier y est venu tout comme Vittorio Gassman, des scènes des films « Tango » et « Evita » y ont été tournées. C’est dire si « La Confitería Ideal », café mais surtout haut lieu de rencontre des passionnés du tango, appartient à l’histoire de Buenos Aires.

Son style art déco du début du XX ème siècle l’a figée à cette époque. Colonnes de marbre, coupole de fer forgé, vitraux tchèques, percolateurs centenaires, services de cristal, lustres et appliques inondant la salle de bal de mille feux, en 2013 on est encore en 1912.

Même les danseurs qui évoluent sur la piste semblent d’époque. Là, un jeune couple, lui en pantalon trop ample, elle avec une longue robe et des chaussures à talons hauts et fins, enchaînent des passes savantes avec délice. Plus loin, un couple entre deux âges, lui tout de blanc vêtu, moustache et barbe au menton, entraîne une femme « embijoutée » dans une danse coquine.

Le haut des corps semble figé mais les jambes tournoient, se croisent, se frottent, s’entre-croisent, sont vivement jetées vers l’arrière puis s’écartent en ciseau vers la gauche, le couple se serre, se colle, s’écarte, tournoie, multiplie des pas qui lui font faire le tour de l’immense piste de marbre. La danseuse frotte son pied sur le pantalon du danseur, oh!

On retrouve les origines du tango, cette danse de malfrats qui sévissait à la Boca, le quartier du port où les machos immigrés italiens imposaient leur loi. Immigration massive qui a fait dire que « les Mexicains descendent des Aztèques, les Péruviens descendent des Incas, et les Argentins descendent… du bateau. »

Évidemment, c’est dans cette célébrissime « milonga » que Rose prend sa première leçon de tango. Même si le tango se veut danse d’improvisation, son apprentissage se révèle très technique : avant, pivot, écartement à droite, arrière, croisé, la gamme des pas de base est sans limite.

Après la grammaire espagnole voilà Rose qui apprend celle du tango. Pas si simple qu’elle le croyait. L’apprentissage durera plus que prévu. Raoul qui connaît ses limites plus que réduites en ce domaine, reste sagement à observer les lieux et les danseurs.

Après cette plongée dans le passé, les Piche se réjouissent que « La Confitería Ideal » n’ait pas été gagnée par la « mondialisation » comme bien d’autres lieux fameux de Buenos Aires. Sans vouloir fâcher leurs amis anglo saxons, Rose et Raoul trouvent que les noms d’origine des cafés porteños, « La Orchidea », « La Poesia », « Café Tortoni », « Café de los Angelitos », « Las Violetas », « Mundo bizarro » sonnent tout de même mieux que les rugueux « Starbuck’s » (beurk!), « Mac Donald’s » et autres « Burger King » qui les ont trop souvent remplacés dans des superbes édifices prestigieux du coeur de ville.

Mais les Argentins ne sont pas comme les Piche, ils acceptent plus volontiers la domination linguistique et culturelle étatsuniène (« estadounidense» comme il est dit ici où l’on demeure malgré tout chatouilleux sur l’appropriation des termes Amérique et Américains par les seuls « Etatsuniens »). Pour preuve les films à l’affiche dans les principales salles de la ville qui sont quasi exclusivement les « blockbusters » (et allons-y !!!) hollywoodiens en version originale sous-titrée. « C’est bien, comme ça, les aveugles peuvent lire ce qui se dit » lâche un Piche qui ne sera pas dénoncé dans ces lignes car il exerce des menaces à l’encontre de l’autre Piche, « si tu me dénonces, je dirai comment tu conjugues l’auxiliaire « haber » (avoir) en « haribo » (bonbon à la réglisse fabriqué à Uzès…) ».

C’est tendu en ce moment chez les Piche.

A Bientôt.

Cocktail molotov

10 février 2013

« Vous mettez un peu de chlorate de potassium et du sucre dans un papier, vous le pliez, ce sera le détonateur. Vous le collez sur la bouteille qui, elle, sera remplie d’essence ».

L’explosion d’une toute belle 2cv Citroën blanche bombardée par plusieurs cocktails molotov lancés par des artistes prouve que la recette marche. La preuve, la deudeuche est là devant les Piche, a moitié calcinée, posée sur d’épais traités de droit constitutionnel au milieu de la salle d’exposition du parc de la mémoire dédié aux victimes du terrorisme d’Etat.

Le cours d’explosif est présenté dans une vidéo qui explique l’origine et la raison de cette oeuvre d’art. Elle a été enregistrée par un survivant des émeutes de Cordoba contre la dictature argentine des années 70.

Inauguré assez récemment, ce parc de 14 hectares a été livré aux artistes plutôt qu’aux historiens. Le résultat est remarquable. Notamment, la longue promenade en bordure du Rio de la Plata où, sur chaque lampadaire, un groupe d’artistes a affiché une série de panneaux imitant la signalétique à base de pictogrammes. Terribles, à force d’expression synthétique des actions de la dictature.

Quelques exemples : sur un panneau en losange, fond jaune, un à plat noir dessine la forme d’un avion, et, dans l’avion, un homme. Ce sont les vols de la mort. Ces milliers de prisonniers que la dictature a précipité depuis des avions dans le Rio de la Plata. Foin de longs discours, tout est dit en une image ultra simple. Et le Rio de la Plata est là à quelques mètres…

Même type de panneau, même fond jaune, même simplicité, une succession de barres verticales noires, et, derrière les barres, le profil d’une femme au ventre rond. Evocation des bébés volés aux femmes enceintes, incarcérées puis assassinées.

Emus par ce lieu de mémoire dont l’intelligence fait ressortir en contre-point la brutalité de la bêtise humaine, les Piche ne peuvent s’empêcher de se remémorer d’autres lieux de mémoire rencontrés lors de précédents voyages.

Celui de Nankin qui perpétue le massacre de 300 000 Chinois de la ville par l’armée japonaise. Un lieu impressionnant par sa dignité et son contenu historique.

Celui du chemin de fer de la mort (death railway) à Kanchanaburi en Thaïlande à la frontière de la Malaisie, rendu célèbre par le film « Le pont de la rivière Kwaï ». Dans ce défilé reliant les deux pays des jeunes, Hollandais et Britanniques, tombaient comme des mouches.

Celui de la marche de la mort (encore et toujours) aux Philippines. Une marche forcée de 97 km, décidée par les Japonais, qui a fait plus de 20 000 victimes philippines et américaines en quelques jours.

Tout ces lieux ont un point commun : ils parlent pour les victimes. Et, comme à Buenos Aires, elles nous disent « nunca mas ! ». Plus jamais ça !

Les Piche ne sont pas loin de penser que c’est vraiment le moment de bien écouter leur message.

A bientôt

Montevideo, immersion périscopique

28 janvier 2013

Les Piche poursuivent leur immersion sud américaine. Habitués qu’ils sont à naviguer en surface, ils ont du mal à descendre sous ce niveau. On ne passe pas aisément du voilier au sous-marin. C’est un peu contre nature. Alors, Rose et Raoul n’ont rien trouvé de mieux pour suivre des cours d’espagnol que de s’inscrire à … l’Alliance Francaise de Buenos Aires. Ici ce sont les vacances d’été et les étudiants sont sur les plages. Pour payer ses frais fixes l’Alliance Française propose donc aux Français de passage des cours intensifs d’espagnol à des prix défiant toute concurrence.

Immersion uruguayenne la semaine passée, à faible profondeur, là encore.

Les amis uruguayens chez qui les Piche résidaient vivent depuis des décennies à Paris et parlent le français à la perfection. Bien sûr, de temps en temps, les échanges se sont pratiqués en espagnol mais pour débattre du rôle de la pensée clanique dans la société moderne (le hobby de leur hôte, Miguel), difficile de ne pas remonter à la surface de la langue française et à ses horizons sans limite.

A Montévidéo, moment d’émotion lorsque Rose et Raoul apprennent que Miguel, réfugié politique en France dans les années 70 a vécu dans le même foyer de la Cimade à Massy où ils résidaient eux-mêmes à la fin des années 60 et qui a joué un si grand rôle dans leur vie.

Emotion prolongée lors d’un repas avec une dizaine de personnes quasiment toutes anciennes réfugiées politiques en France, revenues dans leur pays après la dictature. A nouveau, donc, immersion périscopique pour les Piche. La conversation remontant aisément de l’espagnol vers le français avec ces bilingues, ravis de pratiquer la langue de Molière et ces Piche ravis de délaisser celle de Cervantès pour mieux comprendre et se faire comprendre sur des sujets difficiles.

Comme le tour de table (sociologue, députée, avocate, membre de l’Unesco, directrice d’ONG, etc.) ne manquait pas de conversation, les Piche ont souvent fait surface pour ne pas plonger au plus profond des abîmes de l’incompréhension.

Mis en confiance par l’ambiance très amicale, Raoul a répondu en toute franchise à la question de l’amie avocate « penses tu que la France a eu raison d’intervenir au Mali ? » par un « oui » franc et massif. Une opinion, peu partagée par les convives, lesquels gardent un souvenir cuisant d’une autre intervention, celle des Américains dans leur pays dans les années 70 (via la CIA). Raoul, lui, pensait aux Maliens rencontrés il y a deux ans dans leur pays et qui ne leur avaient pas semblé appeler de tous leurs voeux l’application d’une charia pure et dure à Segou, Mopti ou Bamako. Comparaison n’est pas toujours raison. Surtout s’agissant de l’Afrique.

Les Piche comprennent fort bien ce qui est écrit sur les étiquettes des bouteilles de vin. Pourtant, elles leurs réservent parfois des surprises : Pinot noir (là ça va) mais « blanc de noirs » (en français dans le texte) c’est conceptuellement plus difficile à percevoir, surtout lorsque le vin est… rosé! Il existe une explication, on laisse au lecteur le soin de la trouver.

Les Piche vous quittent pour retourner en immersion chez le boucher. Le mot nouveau à tester est « grueso » : « quisiera un trozo de lomo grueso », « je voudrais un morceau de filet épais ». S’il revient avec une tranche de jambon cuit, Raoul n’aura plus qu’à noyer son désespoir en prenant un submarino, pur produit argentino-uruguayen. Ceux qui ont suivi les Piche en Argentine en 2005 savent ce que c’est. Ils ont oublié ? Ah! Eh bien qu’ils fassent comme Raoul qu’ils révisent !

A bientôt

PS 4cm d’épaisseur le morceau ! Raoul s’est bien fait comprendre.

PS Les textes des Piche sont sur le blog : http://www.raoulpiche.fr/

Buenos Aires, la boucherie !

20 janvier 2013

Depuis 10 jours les Piche sont à Buenos Aires et ils y restent. Un exploit. D’habitude, quelques jours après être arrivés dans un pays il commencent à le parcourir en tous sens.

Cette année, ils ont décidé de tenter une nouvelle expérience : le voyage « en immersion ». Autrement dit, s’installer et vivre la vie de tous les jours des habitants d’une ville. Apprendre leur langue, partager leurs principaux centres d’intérêt et si possible des moments de vie avec eux.

Les Piche ont donc élu domicile dans un petit appartement au second étage d’un immeuble de l’avenue de l’Etat d’Israel à Buenos Aires. Il se trouve dans un quartier « à vivre », pas dans une zone touristique, un peu le 12ème arrondissement de Paris. Le métro est à 10 minutes, le bus au pied de l’immeuble et avec ces moyens de transport le coeur de la ville à 15 ou 20 minutes. Les petits commerces sont nombreux.

Premier contact avec la vie quotidienne argentine, les boucheries. Dans un rayon de 5 minutes à pied les Piche en comptent une demi douzaine. Il est vrai que les Argentins qui ne sont que 40 millions mangent autant de viande que les Américains qui sont 315 millions, 8 fois plus !

Il faut s’y mettre.

Premier essai dans une boucherie du voisinage. Raoul demande « un lomo de bife », le top des morceaux de boeuf (le filet) et reçoit en retour une rafale de questions dont il devine qu’elles sont destinées à lui demander quel « lomo »? Pour cuisiner comment? Et bien d’autres précisions incompréhensibles pour lui.

« Por hacer asado », lance-t-il timidement espérant faire comprendre qu’il veut tout simplement faire griller son filet de boeuf. Nouvelles questions, grimaces d’incompréhension de Raoul qui se retrouve finalement avec deux mega steaks de « chorizo de bife » pour la faramineuse somme de… 2 euros le steak. Finalement, les Piche se partageront un de ces deux délicieux steaks car ils n’ont pas encore l’entraînement carnivore des porteños pour en engloutir un entier chacun.

Mais juré promis, immersion, immersion ils vont s’occuper de leurs coronaires et augmenter les doses. Pour cela, ils ont commencé à apprendre le vocabulaire technique de la boucherie : cuadril, bife angosto, tira de asado, matambre, bife ancho, solomillo, aguja, bola de lomo devraient leur permettre de faire rapidement grimper leur taux de cholestérol.

On l’aura compris le Raoul a pas mal de chemin à parcourir avant de comprendre et se faire comprendre lorsqu’il s’éloigne du vocabulaire courant du voyageur. Rose est plus à l’aise mais elle laisse volontiers Raoul aller au feu.

Une difficulté supplémentaire attend les Piche. Ici, les sons « yeu » (ll, ye, yo, ya … en espagnol) se disent carrément « che », à l’auvergnate. Donc un vulgaire poulet qui partout en Amérique du sud s’appelle un « pollo » (phonétiquement « pollio ») devient subitement un « pocho ».

Cette prononciation bizarre a conduit Raoul à un contre sens de haute volée.

Dans le petit restaurant de la rue d’à côté, où ils ont leur rond de serviette, Raoul souhaitant mieux connaître leur hôte lui demande comment il s’appelle. La réponse à l’oreille de Raoul est « Chomechamo, José ». Raoul pour qui « Chomechamo » sonne bigrement quechua lui dit « vous êtes indien ? De Salta à la frontière Bolivienne? ». Tête de José ! « Je suis d’origine italienne, je suis né en Calabre! ». Coup de pied sous la table de Rose et rapide précision de sa part : « chomechamo », cela se prononce « yo me llamo » en espagnol (« je m’appelle »).

Raoul vient d’apprendre qu’au sens propre comme au sens figuré, lorsqu’on s’immerge parfois on boit la tasse.

A bientôt

La migration annuelle des Piche a commencé

12 janvier 2013

Pour les Piche, le début de l’année marque la grande migration d’hiver. Mais pourquoi migrent-ils ? Les flamands, les cigognes, les hirondelles on comprend. Mais les Piche ?

Mardi dernier, à 4h30 du matin, lorsque le réveil les a tirés d’un profond sommeil pour aller prendre l’avion, Rose et Raoul se sont exclamés de concert, « le voyage commence ! » apportant un début de réponse à cette interrogation : le voyage, c’est rompre avec les habitudes.

Les Piche ne se réveillent jamais à 4h30 du matin !

Voyager, c’est aussi changer de langue et du coup, devenir un peu analphabète, ce qui incite à la modestie. C’est changer de cuisine et apprendre à goûter à tout comme lorsque les parents éduquent leurs enfants (les Piche aiment bien ce retour en enfance).

Voyager, c’est perdre ses repères géographiques et découvrir que dans l’hémisphère austral si l’on se dirige vers le soleil on va vers le nord et non pas vers le sud (après être revenus sur leurs pas sur 2 km, les Piche ont retenu la leçon).

Voyager, même sans être de grands aventuriers, c’est s’étonner. Quel bonheur que l’étonnement ! (tiens ! à l’instant où s’écrivent ces lignes, un « promeneur de chiens » avec une douzaine de toutous en laisses, passe devant les Piche, étonnant, non ?).

Voyager c’est rompre, sans risque certes, mais rompre tout de même. Voyager c’est apprendre et comme l’a écrit un illustre inconnu « tout n’est qu’apprentissage dans la vie! (…) développer des projets et s’adapter aux changements sont des gages de bonheur et de longévité ».

Voilà pourquoi les Piche migrent, ils font leur cure de jouvence. Pourquoi en hiver ? Parce que le Piche est un animal frileux.

De la philosophie tropicale tout ça. Uniquement pour ne pas avoir à raconter comment Rose, tête frisée et seins nus sous un tee shirt polynésien a grillé la priorité à un loubavitch, longue barbe, chemise blanche, chapeau noir, kippa et petites ficelles pour lui piquer les quatre sièges libres qui permettaient de s’allonger dans un Airbus A340 pas trop rempli. Ni pour décrire comment Raoul poursuivant le même homme de son acharnement s’est emparé de son sandwich pas suffisamment cachère à son goût.

Peut être également pour ne pas avoir à préciser que les Piche installés depuis quatre jours rue de l’Etat d’Israel à Buenos Aires n’ont pu s’empêcher de remarquer que la rue parallèle à la leur s’appelle rue de Palestine. Et de se souvenir que les parallèles ne se rencontrent jamais…

Le fait est que, cette année, les Piche ont migré à Buenos Aires pour un voyage qu’ils imaginent très différent des précédents. Ils s’en expliqueront sans doute dans un prochain message.

A bientôt

Kuala Lumpur, déluge, jeu d’arcade et Titanic

19 mars 2012

Un flash bleu intense, un claquement sec assourdissant, la foudre est tombée très près des Piche. Abrités sous leurs parapluies ils se dirigent vers un restaurant lorsque le ciel leur tombe sur la tête. Raoul qui vient d’acheter un parapluie tout neuf s’inquiète de la pointe qui en dépasse, « pas bon pour la foudre ». Puis il réalise que Rose et lui marchent dans une rue bordée de gratte-ciel de 200 à 400 mètres de haut, hérissés d’antennes et de paratonnerres. La foudre a l’embarras du choix pour s’abattre ailleurs que sur leurs malheureux parapluies.

Durant deux heures c’est le déluge. Confortablement assis à une table d’un excellent restaurant, les Piche devisent sur cette pluie tropicale. Elle évoque les épisodes cévenols qu’ils connaissent si bien et redoutent tant. L’intensité est la même. « Mais chez eux c’est au moins une fois par semaine. Ils sont habitués » remarque Rose.

Faux.

Bien qu’il pleuve chaque jour à Kuala Lumpur en fin d’après-midi, ce soir là était un peu inhabituel. La preuve, le lendemain, le journal titrait sur les inondations qui avaient noyé certains quartiers et les voitures submergées dans des parkings. Tiens, tiens ! 200 millimètres de pluie en une soirée, on sait faire au sud des Cévennes.

Si la pluie profite à la végétation, les dollars, eux, font pousser les gratte-ciel. Kuala Lumpur en est hérissée (dont les fameuses tours jumelles Petronas de 421 mètres de haut) et cela continue. Des forêts de grues, de gigantesques chantiers grignotent petit à petit ce qu’il reste de quartiers traditionnels.

Résultat, les déplacements à pied relèvent du jeu d’arcade. Il y a une énigme à trouver tous les 300 mètres pour progresser de 300 mètres.

Exemple vécu par les Piche pour se rendre au Musée National de Malaisie.

Départ : la station du monorail. Traverser une ou deux avenues au trafic intense. S’engager sous un tunnel de béton, au-dessus duquel se trouve le chantier d’un gratte-ciel. Après 200 mètres dans le bruit et la fureur qui règne là-dessous prendre un petit escalier dérobé sur la droite, il donne accès à un escalier plus grand qui débouche dans une rue face à la gare centrale de Kuala Lumpur.

Traverser la gare au niveau 0, puis au niveau 1. En sortant on se trouve devant l’immense bâtiment de l’hôtel Méridien. Traverser le parking situé sous l’hôtel. On parvient alors à une bretelle d’accès d’une double voie rapide située en contrebas. Infranchissable. Les Piche scrutent le paysage, cherchent la solution, cela dure 10 minutes. Ah ! Un petit trottoir de 50 cm de large permet d’accéder à un escalier à peine visible, là-bas à 100 m de l’autre côté d’une seconde bretelle. L’escalier descend d’un niveau et amène en bordure d’une rue « normale » qui donne accès à une passerelle, laquelle franchit la voie rapide. Encore quelques mètres et c’est l’entrée dans le parc central de la ville. Un sentier, sans indication, paraît aller dans la bonne direction. Une petite colline, l’arrière d’un bâtiment à contourner et voilà l’entrée du Musée National ! Facile !

Raoul, au caissier : « C’est vous qui devriez nous payer pour être parvenus jusqu’ici ». « Vous n’êtes pas venus en voiture ? » « Non !!! » Parfois il est suspect d’être piéton.

En comparaison, Singapour est une ville respirable, avec moins de gratte-ciel, moins hauts, plus d’espaces verts, de la place pour les piétons et un excellent réseau de transports publics.

A Singapour les Piche ont vu une remarquable exposition organisée autour des objets remontés de l’épave du Titanic.

Lorsqu’ils contemplent les noms aux sommets des gratte-ciel de Kuala Lumpur et de Singapour, ils ne peuvent s’empêcher de faire un rapprochement : Chartered Bank, ING Bank, Maybank, UCO Bank, Bank of east Asia, Barclays, HSBC, Indian Bank, KBC Bank, RHB islamic Bank, City Bank etc. Ne sont-ce pas là autant de Titanic qui se dirigent vers des écueils dont ils font fi comme d’autres ont ingnoré les icebergs de l’Atlantique nord le 12 avril 1912.

To big to fail ?

Le Titanic, lui aussi était réputé insubmersible…

Curry de tête de poisson

19 mars 2012

La synthèse la plus improbable de deux cuisines aux antipodes l’une de l’autre est réalisée par les Malaisiens de Penang, le porridge aux grenouilles ! Le porridge des Anglais et les grenouilles des Français dans la même cassolette, un exploit culinaire.

A GeorgesTown, capitale de l’île de Penang, le mot « mélange » est le maître mot : mélange des mets, des races, des langues, des architectures caractérise cette petite ville classée au patrimoine mondial de l’humanité. Tous les peuples d’Asie, et d’ailleurs, se retrouvent : Chinois, Indiens, Birmans, Javanais, Arabes, Arméniens, Japonais, Ceylanais, Malais (il y en a aussi…) sans compter quelques autochtones aux appellations étranges Aceh, Bugis, Minangkaban. Claude Guéant s’il venait à Penang en aurait les cheveux qui se dressent sur la tête : toutes ces communautés vivent en parfaite intelligence depuis 300 ans. A croire que c’est lorsqu’elle est insuffisante que l’immigration pose problème.

Dans le quartier indien on est vraiment en Inde. Musique Bollywoodienne aigrelette à fond, femmes en sari, hommes à la peau très foncée, vendeurs d’épices, innombrables bijouteries étalant les ors si prisés, tailleurs, restaurants, temples, tout y est. Une rue à traverser et on se retrouve en Chine. Enseignes écrites en chinois, journaux chinois, temples bouddhistes, ateliers de toutes sortes, couleurs rouge et or, anciennes et magnifiques maisons d’ex-riches marchands transformées en musées qui servent de décors à des films (« Indochine » a été tourné dans l’une d’elles).

La beauté du centre de la ville tient pour beaucoup à l’architecture coloniale britannique des maisons alignées les unes contre les autres et cela quelle que soit la « coloration » du quartier. Avec la richesse croissante de la Malaisie, les restaurations de ces maisons vont bon train, le classement par l’Unesco agissant comme un catalyseur.

Rose et Raoul Piche appréhendent cette plaisante diversité de la façon la plus triviale, par la bouffe !

Ils ont leur rond de serviette au Red Garden, un « food court » où sont rassemblés une vingtaine d’étals de cuisine, chacun avec ses spécialités, ce qui leur permet de découvrir toutes les saveurs d’Asie. Celle du Laksa (typiquement malaisien) soupe de poisson aigre douce au tamarin avec des nouilles, du Koay Teow qui mêle crevettes, fruits de mer, légumes et nombre d’autres éléments non identifiés, curry de tête de poisson, Wan Tan Mee, Hokkien Mee, Nasi Kandar, Cendal, etc.

Rose et Raoul qui en 20 ans ont englouti près de 1000 douzaines d’huîtres n’ont pas pu franchir le pas de l’huître frite, pourtant spécialité de Penang. Tolérants les Piche, certes, mais il y a des limites à l’hérésie ! Idem pour le porridge aux grenouilles. Rose a mangé les grenouilles mais a refusé le porridge. On met l’identité nationale où l’on peut. Content Monsieur Guéant ?

Plongée en eau trouble

19 mars 2012

Sourcil froncé par l’inquiétude, le commandant du « Friendship », bateau de 25 mètres avec 60 personnes à bord, scrute la surface de l’eau. Il lui manque deux passagers. Le bateau est au mouillage à l’entrée de Maya Bay, sur l’île de Kho Phi Phi. Il a vu les deux manquant plonger pour aller explorer les fonds sous-marins. Ils devaient remonter à bord au bout d’une heure. Personne. La sirène retentit pour les appeler. Rien. Rose et Raoul Piche ont disparu.

Ce sont leurs amis, Chantal et Patrice qui ont prévenu le capitaine de leur absence alors qu’il allait lever l’ancre sans eux. Face au chef de bord inquiet, ils se veulent rassurant, « ne vous en faites pas ils sont très expérimentés ».

Une heure auparavant, les Piche avaient effectivement quitté le bord avec masque et tuba pour admirer la faune et la flore des eaux tropicales. Sous le bateau le spectacle était intéressant sans être très riche. En nageant vers la plage éloignée, Rose et Raoul pensaient en voir plus. Ce fut le contraire. Sur les trois-quart du trajet un spectacle de désolation : des coraux morts et plus aucun poisson. Parvenus à la plage ils pensaient trouver la barque censée ramener les passagers à bord. Mais tout le monde était déjà retourné au bateau.

Ils entendaient la sirène du « Friendship » les appeler désespérément mais aucune barque pour revenir. Finalement en graissant la patte à un marinier ils sont rapatriés sur leur navire… et grondés par le commandant : « ne refaites plus jamais ça ! ». Il s’en est fallu de peu que les Piche jouent les Robinson sur cette île déserte. Ils regrettent presque d’avoir été récupérés.

Le lendemain les Piche se retrouvent sur une petite plage idyllique où ils sont logés dans des bungalows spartiates mais à la vue superbe. Un minuscule centre de plongée est là. Raoul ne veut pas rester sur une mauvaise impression. Il décide d’effectuer deux plongées bouteille. « Avec leur bateau rapide on va pouvoir aller sur de bons coins », pense-t-il.

Une demi-heure de mer et première plongée à proximité d’un îlot. Après 40 minutes dans une eau trouble, Raoul se demande si le but de cette plongée est de démontrer qu’il n’y a rien à voir autour de Phuket ! Devinant ses pensées le chef de palanquée lui annonce que la seconde plongée va être bien plus belle, avec coraux mous et poissons « mais avec pas mal de courant ».

2ème plongée, sur un second îlot. Immersion, eau de plus en plus trouble en descendant et encore moins de poissons. Tout à coup, au détour d’un rocher, Raoul voit le chef de palanquée emporté à toute allure sur sa gauche par un très fort courant. Pour ne pas le perdre il suit, comme les trois autres plongeurs qui sont avec lui. La silhouette du leader est à peine perceptible dans la brume du fond. Les coraux mous sont là survolés à toute vitesse sans possibilité de les contempler. L’attention des plongeurs est totalement concentrée sur le fait de ne pas se perdre de vue les uns les autres ! Profondeur -30m. Début d’une lente remontée. Plus rien à voir ni dessous, ni dessus. Après des paliers, surface. « Tiens, on est au large ! » remarque Raoul. Pas de bateau pour récupérer les plongeurs. Ils barbotent 20 minutes avant d’être aperçus et récupérés.

De retour au bungalow Raoul est accueilli par une Rose enthousiaste « là, devant la plage, il y a plein de poissons, des coraux, c’est super ».

Raoul s’y rend et reconnaît que, sans être les Philippines, l’endroit est de loin le plus riche qu’il ait vu autour de Phuket.

A pied, depuis la plage, avec un simple masque, un tuba et des palmes.

Grrrrrr…!!!

Astrologie birmane

19 mars 2012

Tout le monde connaît cette réflexion d’Einstein : « Deux domaines donnent une idée de l’infini : l’espace intersidéral et la bêtise humaine. Mais pour ce qui est de l’espace j’ai encore un doute ».

L’histoire des dernières  décennies de la Birmanie n’aurait pas été de nature à modifier son jugement tant la bêtise des dirigeants de ce pays a atteint des sommets.

Ils ne seraient sans doute pas parvenus à de telles cimes, s’ils n’avaient été aidés par leurs astrologues. Cela a donné les épisodes suivants.

Comme le directeur de la Banque de France l’ignore, le chiffre 9 porte bonheur. Heureusement, un dirigeant birman en a été informé par son astrologue. Du jour au lendemain, il a remplacé les billets de 100, 50, 10, etc, par des billets de 90, 75, 35, 15, ruinant les économie liquides des petits épargnants.

Plus tard, la même source d’information a annoncé des catastrophes, si dans le pays, ex colonie britannique, on continuait à rouler à gauche. Au jour J on a été prié de rouler… à droite. Mais  la totalité du parc automobile est resté avec des volants à droite. Y compris les voitures neuves! Donc, pour doubler, on est prié de se déporter largement sur la gauche, histoire de voir si la voie est libre. Audacieux.

Un autre cataclysme a été prédit par les astrologues conseillés du pouvoir, si la capitale restait à Rangoon. A coup de millions de dollars a donc été construite une ville nouvelle, au milieu de nulle part, à 400 kilomètres de Rangoon et 300 de Mandalay. Bâtiments administratifs, aéroport, autoroutes à quatre, six et même huit voies, sont sortis du sol pour faciliter les déplacements des dirigeants et des hauts fonctionnaires du pays. Les Birmans, déjà pauvres, se sont appauvris un peu plus.

A la question rouge du jeu des mille euros « quelle est la capitale de la Birmanie? », la réponse est donc « Nay Pyi Taw ». Au passage, rappelons que les mêmes ont débaptisé leur pays qui ne s’appelle plus la Birmanie mais le Myanmar. Nay Pyi Taw est donc la capitale du Myanmar.

La liste est longue et serait fastidieuse des exploits de cette gouvernance astrologique. Elle s’est accompagnée, on le sait, d’une tyrannie meurtrière pour le peuple.

Mais les choses bougent, paraît-il, et les élections d’avril prochain suscitent beaucoup d’espoir. Pourvu que les astrologues ne s’en mêlent pas !

Tout ce qui est d’or… brille

19 mars 2012

Un rocher couvert d’or, en déséquilibre sur le vide, c’est le rocher d’or. Le défi aux lois de la gravitation que ce gros caillou semble poser n’en est pas un. Son équilibre tient à un cheveu.

Pas n’importe lequel. Un cheveu de Bouddha placé à son sommet. 10 000 fois plus résistant qu’un fil d’araignée, lui-même 1000 fois plus résistant que l’acier, le cheveu de Bouddha c’est le top du top de la résistance mécanique. Si les Birmans créaient Air Bouddha doté d’une flotte d’avions en poils de Bouddha, ils auraient la compagnie aérienne la plus sûre du monde.

Les Birmans sont fanas du rocher d’or, un de leur lieu de pèlerinage préféré.

Toutefois, n’accède pas au rocher d’or qui veut. Il faut en payer le prix. Non pas en dollars (encore qu’un petit billet de 5 $ n’est pas de refus à l’entrée du site) mais en sueur et en sensations fortes.

Bien entendu, le rocher, l’or, le cheveu tout ça est perché au sommet d’un montagne quasi inaccessible. La piété n’étant plus ce qu’elle était, même chez les bouddhistes, une partie du trajet s’effectue non pas à pied mais… en bétaillère. Moderne, Nissan dernier cri, moteur puissant, elle emporte 42 pèlerins assis sur 7 étroites poutres (en teck, évidement) placées en travers de la benne arrière. Aucun bus ne pourrait gravir les pentes, parfois de 30%, ni négocier les épingles à cheveu (de Bouddha?) qui conduisent à l’étape intermédiaire avant la montée finale à pied. Pendant trois quart d’heure la bétaillère conduit les pèlerins vers les sommets de la spiritualité.

A chaque virage, sur chaque poutre, le chargement glisse, écrasant le pèlerin assis à l’extrême droite ou à l’extrême gauche du morceau de bois, selon le sens du tournant. Cela au milieu des cris et des rires. Les bouddhistes sont très rieurs. Comme le Bouddha qui a toujours un sourire en coin (un débat savant fait rage pour savoir si ce sourire est moqueur ou pas mais cela dépasse largement la compétence des Piche qui se refusent à prendre position).

Lors des reprises en côte, c’est en arrière que les pèlerins sont projetés. De ces mouvements d’ensemble, s’élève une sorte de « Ola! » birmane qui accompagne la vague humaine dans les oscillations successives intra bétaillère.

Parvenue à destination, une passerelle, genre passerelle d’avion, est avancée sur le flanc de la bétaillère afin de permettre aux passagers de débarquer. Air Bouddha dispose déjà des passerelles…

Seconde épreuve, l’ascension terminale à pied. La pente est encore plus forte que sur la portion précédente.

Comme à son habitude, Rose légère comme une plume s’envole. Raoul opte pour un pas d’une extrême lenteur. Du coup, il devient la cible des porteurs de chaises à porteurs. Cheveux blancs, pas lent, en voilà un qui n’ira pas jusqu’au bout, pensent-ils. Et de tourner autour de Raoul tels des corbeaux guettant le dernier souffle de leur proie. Mais de souffle, le Raoul n’en manque pas. A cette allure, il est capable de marcher des heures et des heures. A force de les voir tourner autour de lui et de remonter inutilement la côte, c’est Piche qui prend pitié d’eux. Le « non » birman étant imprononçable, le « no » isolé ne donnant pas de résultats, Raoul Piche se campe sur ses jambes et leur assène une série de « no, no, no, no, no » qui font enfin effet. Les corbeaux s’envolent.

Libéré de ses anges gardiens, il poursuit son chemin qui passe devant des étals de pharmacopées fortes : têtes de bouc sanguinolentes, crânes de singes, peaux de serpents, pattes velues et griffus d’origine inconnue, fioles contenant divers ingrédients solides baignant dans un liquide couleur whisky. Sûr, voilà des médecines 100% naturelles bien plus efficaces que du butylhydroxyanisole ou du chlorydrate de loperamide horriblement chimiques.

Après une heure de marche, Rose, Raoul et leurs amis se retrouvent au sommet. Au rocher d’or ! Vision superbe.

Rose veut sacrifier à la tradition et coller une feuille d’or sur le bloc de pierre. C’est oublier un peu vite qu’elle est un être impur, indigne de ce geste : « interdit aux femmes ». Une interdiction qui ne la rapproche pas vraiment du bouddhisme ce qui aurait pourtant constitué le véritable miracle du lieu et du jour.

Raoul tente de la remplacer dans l’expédition mais l’accès lui est également interdit. Dans son petit sac à dos il a rangé ses chaussures après s’être mis pieds nus comme dans tous les lieux sacrés du bouddhisme. Les chaussures aux semelles maculées de crachats rouge au jus de bétel ne doivent pas approcher du rocher même enfouies dans un sac en plastic enfoncé dans un sac à dos. Mauvaises vibrations. Délesté de son sac confié à l’« impure » (un peu plus, un peu moins…), Raoul colle l’or sur l’or du rocher. Le luxe suprême en ces temps de crise.

Le soir au restaurant, Rose et Raoul croisent un groupe de Grecs. « Des Grecs ici? Avec tous les problèmes qu’ils ont dans leur pays! ». « A moins que… » Une pensée folle traverse l’esprit de Piche, « non, ils n’oseraient pas ! L’or du Bouddha, tout de même ! ».
En sortant du restaurant, c’est à peine s’ils saluent ces étranges visiteurs, à leurs yeux plus indignes qu’indignés.

Cités lacustres et moine francophile

19 mars 2012

Le lac Inle n’est pas un lac comme les autres. La vie ne s’y organise pas autour mais dessus. Les villages formés de maisons plantées sur des forêts de pilotis se trouvent sur l’eau. Les habitants se déplacent uniquement en barque et cultivent des jardins flottants dont ils parcourent les allées sur des canoës plats à coup de pagaie ou de godille.

Singulière godille puisqu’elle est actionnée par le rameur en position debout à l’aide de sa jambe droite enroulée sur elle. Bel exercice d’équilibre, le rameur se tient sur une seule jambe, l’autre écartée sur le côté au-dessus de l’eau actionnant avec vigueur l’étrange propulseur.

Pour aller d’un village à l’autre et transporter hommes et marchandises ce sont de longues, fines et élégantes barques en teck (de Birmanie, bien sûr, commerce local oblige) qui sont utilisées.

Les maisons en bois et bambou tressé vont du plus rudimentaire au plus sophistiqué, notamment celles destinées à accueillir les riches touristes « les pieds dans l’eau ». L’unicité des matériaux naturels procure à ces villages une indéniable beauté. Les porcs eux-mêmes ont droit à des porcheries perchées sur pilotis !

Sur l’eau on croise des pêcheurs, des cultivateurs, des grands-mères avec leurs petits-fils, des enfants seuls sur de frêles embarcations godillants comme des adultes, des mères qui ramènent leur progéniture de l’école, bref toute la vie qui d’ordinaire anime les rues des villages « terrestres ».

Tisserands, forgerons bijoutiers, les artisans ont également des ateliers sur le lac. La forge et le travail des lames d’aciers rougies ont impressionné les Piche. Du soufflet manuel à l’enclume, jusqu’aux masses, maniées par trois costauds, qui s’abattent à tour de rôle pour donner sa forme à la pièce d’acier, rien n’a changé dans ce tableau depuis des siècles.

Partis en ballade à vélo autour du lac Inle, les Piche et leurs amis se sont ingéniés à se perdre dans des chemins de traverses. Au bout de l’un d’eux, ils croient débarquer chez des alchimistes. Dans des grands chaudrons fumants et écumants bouillonne un étrange liquide verdâtre. Muni d’une grosse louche à très long manche un homme transvase les contenus tandis qu’une femme pousse les feux en chargeant de résidu de canne à sucre le foyer situé sous les chaudrons. La transmutation qui s’opère là est celle du jus de canne, en sucre de canne. Elle ne rapporte pas beaucoup d’or…

Plus loin, un autre chemin aboutit dans un hameau où un paysan invite les promeneurs dans sa pauvre maison. Même sur terre, les maisons dans la campagne birmane sont sur pilotis. Une échelle de bambou inclinée sert d’escalier glissant pour accéder à l’étage. Assis sur des nattes tressées, les Piche et leurs amis sont reçus avec une gentillesse touchante. Thé, couenne de porc grillée, le premier geste des pauvres, ici comme ailleurs, est d’offrir, de donner. Le paysan est très fier de présenter six de ses dix enfants âgés de 20 ans à 2 ans. L’un d’eux, 13 ans, parle un peu l’anglais qu’il apprend à l’école. Une de ses soeurs de 20 ans ne semble pas avoir bénéficié du même apprentissage.

Ailleurs, le hasard conduit les Piche dans une clairière où trône un monastère de teck. Invités à pénétrer dans ce lieu, les promeneurs sont à nouveau accueillis de façon on ne peut plus amicale avec force sourires. Surprise ! Le vieux moine, maître des lieux, connaît des mots de français qu’il mêle à l’anglais. Tout de suite il porte des jugements péremptoires : « Les Français, good, good, the best », « les Anglais », grimace et pouce vers le bas, « les Allemands », même geste, « les Italiens, les Espagnols, good, good ». Puis, le moine se lance dans l’énumération des présidents français depuis Sarkosy en remontant jusqu’à De Gaulle (avec un geste pour dessiner un gros nez) sans en omettre un seul. Viennent ensuite les grandes villes françaises, les châteaux de la Loire et… le nom d’un artiste très connu, précise-t-il, ancien, dont ni les Piche ni leurs amis ne comprennent le nom. Il faut dire que l’accent franco-birman du moine ne les aide pas. A force de répétitions, tout à coup, illumination de Raoul « BB! », « Brigitte Bardot s’exclame-t-il en dessinant à son tour avec les mains les formes féminines généreuses de la vedette », « Oui, oui ! Birgggittte Beurtot », s’enthousiasme le moine tout frétillant qui retrouve sa jeunesse.

A l’évocation joyeuse de BB dans ce sombre monastère, les Piche mesurent toute la distance qui sépare certaines dispositions spirituelles d’autres…

La rencontre avec Aung San Suu Kyi

19 mars 2012

Garée dans la rue qui conduit au marché de Bagan, une calèche porte, bien en vue, deux portraits : ceux de Aung San, père de l’indépendance de la Birmanie et de Aung San Suu Kyi, sa fille. Prix Nobel de la paix, la « Mandela » d’Asie, l’émule de Gandhi qui prône la non violence est omniprésente, en image, sur les étals de rue comme dans les taxis, signe d’une libéralisation apparente.

Après la calèche, les Piche passent devant le siège local de la « National league for democratie » (NLD), le parti d’Aung San Suu Kyi, qui arbore des banderoles fraîchement imprimées. Plus loin, ils s’étonnent de la foule massée des deux côtés de la route. Rose questionne une femme qui lui répond :

- Nous attendons notre leader, Aung San Suu Kyi, vous la connaissez ?

- Si nous la connaissons ? Mais le monde entier la connaît ! Elle doit passer par là ?

- Oui, oui elle va passer par là, répond la femme avec enthousiasme.

Branle bas de combat du côté des Piche et de leurs amis Chantal et Patrice. On s’enquiert de la trajectoire prévue, on fourbit caméras et appareils photos et chacun se perd rapidement dans la foule.

Au loin, Rose et Raoul semblent deviner des flashs qui crépitent, des voitures paraissent arrêtées. Ils se dirigent dans cette direction. Mais rien. Fausse alerte. Autour d’eux, sans qu’ils comprennent pourquoi, les gens traversent la route pour se placer sur un même bord. Rose et Raoul restent seuls du « mauvais côté ».

Raoul aperçoit un puits entouré d’un mur d’un bon mètre de haut, il grimpe dessus ce qui lui donne une vue parfaitement dégagée.

Il remarque alors une colonne de voitures qui avance lentement au loin et la foule qui s’agglutine autour. « Elle » est là, habillée de rouge, dépassant du toit de sa voiture, resplendissante. Raoul filme. Le cortège s’approche jusqu’à parvenir à proximité immédiate de la position stratégique de Raoul.

Aung San Suu Kyi salue la foule, non pas négligemment mais avec attention en cherchant le regard des gens. Elle arbore un superbe sourire. Son regard se porte vers la silhouette occidentale perchée sur un muret. Au même moment, Raoul qui a écarté la caméra de son visage la salue de la main. Elle lui répond du même geste, ses yeux rencontrant ceux de Raoul Piche, tout ému.

Le cortège poursuit lentement sa route entourée d’une nuée de motocyclistes et de piétons qui tentent de prolonger ce moment de grâce.

Rose et Raoul essaient de suivre mais y renoncent finalement. La rencontre a eu lieu et elle a été parfaite dans sa brièveté.

Arrêtés devant une échoppe, ils regardent les images prises, en compagnie des deux femmes birmanes qui s’excitent lorsque sur le petit écran, elles voient Aung San Suu Kyi, plein cadre, saluer la caméra. L’une d’elle tape de la main l’épaule de Raoul en tressautant sur place et en prononçant des paroles manifestement joyeuses mais totalement incompréhensibles pour les Piche. Bref instant de joie partagée.

Plus tard, en lisant le livre que Thierry Falise lui a consacré, Raoul lit les lignes suivantes :

« … mais c’est surtout le regard qui s’est affirmé. Intense, profond, scrutateur, dont on ne s’échappe qu’intimidé ou envoûté. C’est le regard de son père. » Et, Raoul de dire à Rose :

- C’est ce regard là que j’ai vu.

On a toujours besoin d’un petit Bouddha chez soi

19 mars 2012

Aux jeux Olympiques du Bouddhisme la Birmanie écrase tous ses compétiteurs. Le Cambodge, Le Laos, le Vietnam, l’Inde, la Chine, aucun n’approche la Birmanie pour le nombre de stupas, de pagodes, de temples, de bouddhas au kilomètre carré.

Les stupas, édifices en forme de cloches sont omniprésents en ville et dans les campagnes. Parfois, ils transforment des collines ou des plaines banales en paysage sublime (Mandalay, Bagan). En briques roses pour les plus anciens (les plus beaux), peints en blanc pour les plus communs, couleur or pour ceux qui font semblant d’être en or, en or 24 carats pour ceux qui ne font pas semblant. A Rangoon, l’un d’eux, monumental, est couvert de 700 kg de métal précieux. Rose prétend qu’avec l’envolée du cours de l’or s’ensuit une envolée de la glorification du Bouddha. Plus on s’enfonce dans la crise, plus l’or monte, plus Bouddha est remercié.

Bouddhisme philosophie ou religion, à l’écart de ce débat éculé Raoul Piche mondialement inconnu pour ses études sur les croyances développe la théorie suivante : Bouddha était un hippie. En effet, au coeur de chaque stupa se trouve un fragment de cheveu du Bouddha, ce dernier devait donc avoir une tignasse longue et abondante pour approvisionner ces innombrables édifices. A sa mort, toujours selon Raoul Piche, on a coupé ses cheveux en quatre, puis à nouveau en quatre, etc. (d’où l’expression populaire bien connue). Cela a permis d’en placer un peu sous chaque stupa.

Ce gourou-hippie, même s’il n’est pas un dieu est révéré comme tel. Une façon d’exprimer cette dévotion, hormis les stupas, consiste à édifier des statues à son image. Plus elles sont nombreuses, plus elles sont grandes, plus elles sont riches plus forte est la révérence.

Sur ce terrain aussi la Birmanie bat tous les records. Assis, debouts, couchés, couverts d’or, alignés par milliers la statuaire birmane du Bouddha est hors concours.

Le plus grand est debout, il mesure 116 mètres de haut, suivi par le « couché » 55 mètres seulement. Les plus nombreux, de quelques centimètres à peine, placés côte à côte comme les caractères d’un mot forment des lignes et des pages d’écriture sur les murs d’un temple kitchissime de Mandalay. Dans ce lieu unique, on en compte plusieurs centaines de milliers !

Un des Bouddha parmi les plus dorés, également à Mandaly, souffre d’hypertrophie plantaire. N’importe qui peut venir lui plaquer des feuilles d’or dessus. Les amateurs sont tellement nombreux et la  partie la plus accessible de sa personne étant les pieds, c’est là que l’or s’accumule. Ses extrémités auraient pris 20 centimètres d’embonpoint selon les meilleurs auteurs. Raoul Piche et son ami Patrice ont investi un euro cinquante d’or, soit dix feuilles, qu’ils ont été coller sur l’orteil droit du Bouddha espérant qu’ainsi ils éviteraient les ampoules au pied. Force est de constater que « ça marche ». Ni l’un, ni l’autre n’ont eu d’ampoules.

La fabrication des feuilles d’or est techniquement spectaculaire. Pour cela il faut de l’or, bien sûr, 12 grammes, un marteau, un gros de 3 kg, du bambou et deux esclaves. Le bambou sert à produire une feuille sur laquelle l’or n’adhère pas. Avec le marteau, un esclave frappe pendant une heure sur l’or (protégé, naturellement). Il en fait tripler la surface. Son collègue prend le relais pour une heure encore, nouvelle extension. Ainsi de suite 5 heures durant. L’or atteint alors une épaisseur de 0,00027 cm ce qui permet de produire 1800 feuilles carrées de 5×5 cm qui servent à dorer et à adorer Bouddha.

Comme il est toujours utile d’avoir un Bouddha chez soi, des artisans en sculptent à la chaîne  en sortie de Mandalay. Vous vous souvenez des sculpteurs de sphinx dans « Astérix et Cléopatre »? Eh bien ! ce sont les mêmes. Alignés les uns à côté des autres ils sculptent à la masse et au burin,  avec meuleuses, ponçeuses et polisseuses, des blocs de marbre de toutes tailles. Ni masque de protection, ni lunettes, ces artisans très jeunes ont la tête constamment dans un nuage de poussière de pierre qu’ils respirent à plein poumons.

Face à ce spectacle Rose déclare « pourvu que Bouddha fasse des miracles ». Raoul, cette fois-ci n’est pas trop sûr que « ça marche ».

Train d’enfer

19 mars 2012

Train d’enfer

Pour rallier Mandalay, ancienne capitale de la Birmanie, à Rangoon, capitale actuelle, les Piche et leurs amis Chantal et Patrice avaient le choix : bus, train ou avion. Ils ont opté pour le train. Mauvaise pioche.

Dès 5h30 du matin ils sont sur le quai et cherchent leur voiture parmi les « upper class » (première). De l’extérieur elle ressemble à une sorte d’autorail. A l’intérieur, c’est le choc. Les sièges sont larges mais complètement déglingués, leur tissu a vu tant de passagers se frotter à lui qu’il n’a plus de teinte quant au dossier il est recouvert d’une sorte de maillot de footballeur brésilien, d’après match, vert et jaune. Le sol n’a pas senti la caresse d’une serpillière depuis la construction du wagon et les fenêtres laissent passer une lumière tamisée par la crasse.

Dans un moment d’optimisme, Raoul extrait une tablette incluse dans l’accoudoir de son siège (upper class, vous dis-je). Il la renfourne aussitôt en découvrant une surface poisseuse verdâtre genre papier tue mouche sur laquelle est collée une tonne de poussière et autres reliefs de repas.

Il n’empêche à 6h pile le train s’ébranle et pour les Piche c’est bien l’essentiel.

Une fois quittés les faubourgs de Rangoon, la vitesse de croisière de 50Km/h est atteinte. Puis, progressivement le train commence à se balancer d’un bord sur l’autre. Le mouvement s’amplifie jusqu’à atteindre l’amplitude du roulis sur un bateau, Raoul qui sait qu’un train n’a pas de quille se demande s’il ne va pas quitter les rails tant le balancement est fort. Mais non, cette agitation cesse jusqu-à ce qu’une autre, plus terrible, la remplace. Au roulis succède un mouvement de bas en haut d’une telle ampleur que la marche dans les allées est impossible. Les bras et le buste des passagers sont agités de gestes verticaux irrépressibles. Tout le wagon est atteint de Parkinson aiguë, y compris les seins des femmes ! (ce qui est rare avec cette maladie).

Ce pompage vertical donne l’impression que le wagon va sauter hors des rails pour se retrouver sur le ballast. Là encore, miracle, le phénomène cesse mais ce n’est que provisoire il reprend de façon intermittente et toujours aussi inquiétante, tout au long du trajet jusqu’à Mandalay. Lorsque Chantal, qui se dirige vers les toilettes, s’immobilise et se cramponne aux sièges parce qu’une violente séance de pompage vertical recommence, Rose éclate de rire. Devant le regard interrogatif de Raoul elle dit :

- Je l’imagine dans les wc avec ces mouvements !

Mission impossible.

Il arrive que le train ni ne pompe ni ne se balance. Alors les vendeurs ambulants passent et repassent en hurlant pour annoncer leur commerce et surmonter le vacarme ambiant, portes et fenêtres  grandement ouvertes pour un peu de fraîcheur laissant entrer le grondement des boogies . Passent et repassent également dans l’allée centrale et sous les sièges de mignonnes petites souris. Enfin, c’est Raoul qui les trouve gentilles, Rose n’a pas la même opinion.

Ce qui devait arriver arriva. Au cours d’une séance de pompage plus forte que les autres un bruit extrême retentit et le train s’immobilise en pleine nuit, en rase campagne. Des lumières s’agitent sous les wagons, les mécaniciens tapent ici et là, au bout d’une demi-heure le train repart. Il reprend sa folle allure de 50 Km/h quand bing, nouveau pompage violent, bruit violent, arrêt.

Il faudra pas moins de 18 heures à ce manège forain pour finalement arriver à destination. 600 kilomètres parcourus à 33 Km/h de moyenne, mieux qu’un vélo.

A Mandalay, les Piche rencontrent une touriste italienne qui a pris ce train un jour après eux. Le visage encore halluciné elle commente son expérience ainsi :

- Après un tel voyage, je n’ai pas besoin de check up. Je sais que mon coeur tient bon.

Et d’ajouter :

- Si on a un ennemi, il faut absolument lui recommander ce voyage.

Que d’eau que d’eau

19 mars 2012

Le Chao Phraya n’est pas un long fleuve tranquille. Il est agité. Des vagues s’y croisent en tous sens. Elles sont générées par les nombreux bateaux qui sillonnent sa surface à pleine vitesse, transportant des passagers d’un quartier à l’autre dans le centre ville de Bangkok. Les Piche raffolent de ce mode de transport efficace et rapide. Un peu sportif aussi. L’embarquement et le débarquement de la foule des voyageurs s’effectue en moins d’une minute, bateau collé à quai, arrière plein pot, tenu par une unique amarre traversière. Départ en trombe.

Raoul est admiratif de la maîtrise des pilotes, situés tout à l’avant et qui accostent la poupe de leur bateau, 20 mètres en arrière d’eux, en une affaire de secondes.

Mais il y a plus chaud en matière de transport fluvial. Bangkok surnommée la Venise orientale compte un nombre incalculable de canaux. C’est le règne des bateaux taxi (taxis très collectifs). Ils sont plus petits et plus bas sur l’eau et bien plus difficiles d’accès. Le passager doit rapidement poser son pied sur un étroit plat bord mouillé, de 10 cm de large, puis enjamber une bâche et trouver le caillebotis du fond à l’aveuglette. Pas le temps de lambiner, tout le monde doit avoir embarqué dans la minute. Les marins qui aident à la manoeuvre sont casqués, preuve que c’est du sérieux ! Gaz à fond dès le démarrage, vitesse maximale en permanence mais comme le canal est plus étroit que le fleuve, les vagues d’étrave de deux bateaux taxi qui se croisent se percutent en arrosant largement autour d’elles. D’où l’existence de bâches de protection censées protéger les passagers.

Autre expérience nautique des Piche : une embarcation plate, lente, paisible pour visiter les canaux éloignés du centre ville. Las ! Ce sont les bateaux à longue queue (long tail boat) qui les arrosent sans vergogne en les croisant à plein régime. La longue queue n’est rien d’autre que l’arbre d’hélice qui, partant du moteur situé sur un pivot, plonge 3 ou 4 mètre en arrière de la barque. Pour se diriger, le pilote fait tourner l’ensemble solidaire moteur-arbre-hélice sur le pivot. Ces bateaux au comportement un tantinet sauvage sont néanmoins les plus beaux, avec leur proue qui se projette loin vers l’avant et se termine en supportant des bouquets multicolores.

Avec leur barquette peinarde, Rose et Raoul Piche ont franchi les écluses qui séparent le fleuve Chao Phraya des canaux. Des écluses qui, lors des récentes inondations catastrophiques ont servi à épargner les quartiers riches en noyant les quartiers pauvres.

Les Thaï ont une maîtrise de l’eau confondante.

Impressions africaines

3 avril 2011

Après 4500 km parcourus à travers quatre pays d’Afrique de l’ouest (Sénégal, Mali, Burkina Faso, Bénin), après de nombreuses rencontres, les impressions des Piche sur cette partie du continent sont pour le moins contrastées.

L’Afrique est pauvre tout le monde le sais. Mais voir et savoir n’est pas équivalent. Pauvreté misérable des grandes villes (Dakar, Bamako, Cotonou…) où chacun tente de survivre dans la rue avec des petits commerces dérisoires et épuisants dans la poussière, le bruit, la foule l’atmosphère bleue des gaz d’échappement (Bamako, Cotonou) sous une chaleur écrasante (même les africains souffrent de la chaleur !). Pauvreté des campagnes, plus digne moins « technique » mais tout aussi dure avec des tâches quotidiennes répétitives physiquement éprouvantes et de maigres récoltes tirées d’une nature soit hostile, soit dédiée à l’exportation au profit des pays riches, plongeant les paysans dans une misère plus grave encore au gré des cours internationaux.

La plupart des pays d’Afrique de l’ouest importent 85% de leur alimentation (source Jeune Afrique). Aussi, n’est-il pas rare de voir sur les marchés des étals qui vendent des portions individuelles de haricots secs ou de coquillettes  grosses comme le creux de la main! Des portions de survie.

Changements, évolution, émancipation, développement quel que soit le vocable choisi par ceux qui veulent espérer, les adjectifs accolés à ces mots sont toujours  les mêmes : faibles, lents, dérisoires, voire inexistants.

Tout le monde en parle, tout le monde le sait la corruption, quasi généralisée (avec de rares exceptions), spolie les peuples d’Afrique de leurs ressources. Ce sont 1800 milliards de dollars qui ont été détournés en 30 ans par les « élites » au pouvoir tout pays confondus (Source Jeune Afrique).

La corruption, mot abstrait, recouvre une réalité très concrète : ce sont des écoles volées aux enfants et avec elles l’autonomie et la dignité de leur vie future, ce sont des hôpitaux non construits prolongeant la souffrance des uns, abrégeant la vie des autres, ce sont des routes construites au rabais, vite détruites, rarement entretenues rendant plus difficiles et plus coûteux les échanges. La corruption n’est pas une abstraction, elle tue, elle vole les plus pauvres, elle ruine les futures générations.

A Bamako, Rose et Raoul Piche ont suivi la conférence d’un écrivain malien courageux, Moussa Konaté. Il vient de signer un essai « L’Afrique noire est-elle maudite ? » dans lequel il ose rompre l’omerta africaine sans pour autant basculer dans une analyse à l’occidentale.

Là bas, il n’est pas acceptable de questionner les traditions ancestrales, lui le fait, sans renier les valeurs africaines notamment de solidarité. Mais il en montre les excès qui conduisent les enfants, de soumission en soumission au père, au frère, à la sœur, aux ancêtres, à devenir des adultes manquant d’estime d’eux même, d’initiative, d’autonomie. Et si, d’aventure, l’un prend ce chemin il est stigmatisé sinon rejeté par le groupe. Au cours de leur voyage, après cette conférence, Rose et Raoul ont interrogé des Africains sur cette analyse pour savoir comment elle était perçue. Non seulement elle ne surprenait pas mais la plupart du temps leurs interlocuteurs la déroulaient d’eux même assez spontanément.

Soumis, les hommes soumettent les femmes, la tradition les y autorise. Pour Moussa Konaté, la polygamie et son corollaire l’excision (50% des femmes du Bénin) revient à exclure de la construction de l’Afrique la moitié de ses forces vives. Oh ! Combien vives. Rose a noté « qu’en ville ou à la campagne on ne voit jamais une femme assise à ne rien faire, ce qui n’est pas le cas des hommes ».

Au forum social de Dakar, les Piche ont rencontré des femmes africaines qui luttent pour changer tout cela. Mais en dépit de leurs efforts courageux et remarquables, les changements sont très lents en particulier dans les campagnes qui regroupent encore l’essentiel des populations.

Pour les Piche, ce sombre tableau contraste avec l’accueil qu’ils ont reçu, avec les échanges qu’ils ont eu avec des Africains excellents parleurs, avec la beauté de certains lieux, avec tant de choses qu’ils ne connaissaient pas et qu’ils ont découverts.

L’Afrique de l’ouest est dure à vivre, dure à voyager, dure à comprendre et les Piche ont le sentiment de ne l’avoir qu’effleurée. Aussi en reviennent-ils motivés à s’y intéresser plus que par le passé. N’est-ce pas un des buts du voyage ?

Rentrés au pays, Rose et Raoul vous adressent leurs saluts les plus amicaux et pour les plus proches leurs baisers les plus affectueux.

A l’an prochain, enfin… Inch Allah !

Expérience limite au Burkina Faso

12 mars 2011

Allongés dans une immobilité totale, bras en croix, jambes écartées, nus comme des vers, les Piche fondent. Exsudant par tous les pores de leur peau, Rose et Raoul sont terrassés par la masse d’air à 38°C qui les enveloppe dans leur case du village de Tiébélé au Burkina Faso. A 23 h, Raoul se lève, sort de la case et découvre l’atmosphère fraîche de l’extérieur, 34°C !

Réveil de Rose : « Viens on va mettre le matelas sur la terrasse et on dormira à la belle étoile ! »

Nuitamment, les Piche se transforment en déménageurs, Raoul soulevant le matelas à bout de bras, Rose le hissant sur la terrasse. Allongés sous les étoiles, les Piche découvrent le bonheur d’un air enfin supportable. Au cours de la nuit la température descend même de 34°C à 32°C, leur donnant l’impression d’avoir froid… Il faut dire que dans la journée, ici, au sud de Ouagadougou, les journées sont à 42°C, soit quand même moins que les 44°C du centre ville de Ouaga.

Rose et Raoul Piche vivant pour la première fois ces températures extrêmes se disent qu’ils n’ont pas été fabriqués pour cela. Naturellement, de bonnes âmes leur expliquent « qu’ils ont de la chance, car en saison humide c’est encore plus chaud et plus insupportable ». S’ils ne croient ni en dieu ni au diable les Piche savent désormais que l’enfer existe, il se trouve quelque part à cheval entre le Mali, le Burkina et le Bénin (ce dernier s’apparentant plutôt au purgatoire).

Rose, Raoul, Chantal et Patrice sont ravis d’être logés à Tiébélé dans un « campement » (auberge) qui s’inspire de l’architecture des cases locales. On leur indique l’emplacement des douches et des WC. La douche est à l’eau courante au sens propre du terme : une jeune femme court leur apporter des seaux d’eau depuis la citerne, elle-même remplie à partir d’un puits situé à des centaines de mètres de là.

L’eau qui court dans des tuyaux est un luxe que ne connaissent pas les habitants du lieu, à l’instar de quelques milliards d’autres dans le monde.

La douche est agréablement partagée avec une poule et ses poussins. Raoul demande à la biquette rentrée avec lui de rester mais elle décline l’offre.

Quant aux WC ils sont également communs à bien d’autres sur la planète : une fosse, un trou, un seau d’eau. Ce sont probablement les seuls en Afrique de l’Ouest qui ne tombent jamais en panne.

Quant à l’électricité, elle existe, de 19 h à 22 h, grâce à un groupe électrogène. Le responsable du campement répond positivement à la sollicitation des Piche de réparer les ventilateurs se trouvant dans les cases. Le ventilateur de Rose et Raoul est dépanné. Sans pied, sans protection, posé en équilibre sur une table basse il n’attend que les doigts d’une main à saucissonner pour créer un peu d’animation. Le cas de l’autre ventilateur étant désespéré les amis des Piche n’ont même pas l’heur de profiter de l’électricité rafraîchissante d’avant le black out de 22 h.

Après cette nuit torride, Rose et Raoul retrouvent leurs amis au petit déjeuner. Ces derniers étuvés dans leur case, une nuit durant, ont petite mine. Le déjeuner est sur la table quand l’homme à la coiffe rasta qui les sert amène quatre sachets de poudre blanche ficelés très serrés dans un plastique transparent. Quatre paires d’yeux interloqués se fixent sur ces sachets ronds. Chacun se demande si quelqu’un a demandé un supplément. « Le sucre » précise alors sobrement le rasta.

Dommage, tant qu’à faire des expériences poussant leurs organismes à leurs limites, pourquoi pas celle-ci ?

Sagement, les Piche mettent un peu de sucre dans leur café et se préparent à retourner en enfer pour la journée. En rêvant au paradis des ventilateurs et des climatiseurs.

A bientôt

Une étrange ville champignon en pleine brousse

12 mars 2011

Le 4X4 quitte le « goudron » pour s’engager sur une piste de latérite rouge. Après quelques kilomètres de creux, de bosses et de poussière apparaissent les premières cases. Elles sembles neuves et vite faites avec leurs paillasses tressées en guise de mur au lieu du torchis habituel. Assez dispersées, elles deviennent plus denses en pénétrant dans ce qui commence à apparaître comme un village avec ses classiques cases rondes en terre mélangée avec de la paille. La foule aussi devient plus nombreuse. Les boutiques se multiplient avec une sur-représentation de « quincaillerie et divers ». La voie est étroite et des ruelles partent de droite et de gauche, le village prend une dimension surprenante. Une activité intense y règne. Partout, des hommes, assis, cassent des fragments de roche à la massette. D’autres s’affairent derrière des appareils étranges, des sortes de petits toboggans en bois de 3 mètres de long sur lesquels ils versent de la terre et de l’eau. Le 4X4 continue à s’enfoncer dans ce village qui commence à ressembler à une ville par son étendue. Une ville qui n’existait pas il y a 20 ans. Aujourd’hui 20 000 personnes vivent ici. Pourquoi ? Quel trésor viennent-elles y chercher ? Réponse : le même que celui de toutes les conquêtes de toutes les ruées : l’or.

Cette agglomération champignon du fin fond du Mali est la cousine de celles de Californie, du Brésil, de Guyanne française et de tous ces lieux improbables où l’on risque sa vie dans l’espoir de faire fortune grâce à quelques grammes de métal jaune.

A Bantakou, on creuse des puits verticaux de 10 à 15 m de profondeur pour extraire le minerai. Ces trous peu ou pas étayés sont des pièges mortels.

Le minerai est ensuite broyé de main d’homme puis tamisé jusqu’à obtenir une poudre aussi fine que de la farine. Elle est filtrée sur le toboggan qui comporte des paliers recouverts de morceaux de moquette. L’or, encore mélangé au fin résidu de terre, est piégé à ce niveau. Cette mixture placée dans des bâtes coniques, le travail des orpailleurs approche de son étape la plus excitante, la séparation définitive de l’or.

Un groupe se forme autour de celui qui manipule la bâtée, faisant tournoyer l’eau et le minerai qu’elle contient, laissant échapper par le bord supérieur, la part la plus légère pour ne garder que la plus lourde. Et là, au fond de la bâtée des minuscules paillettes jaunes apparaissent. Enfin, d’une main experte l’orpailleur dépose une goutte de mercure qui amalgame l’or pour permettre sa récupération finale.

Ce n’est pas le début de la fortune mais une étape vers la survie !

Comme dans tous les lieux similaires, une boutique plus riche que les autres annonce « achat d’or ».

C’est dans ce lieu que s’opère l’ultime alchimie, celle qui transforme l’or en bouts de papier avec des images dessus.

Plus loin, beaucoup plus loin à la city de Londres, à Wall Street, à Paris, dans ces gros bourgs aux cases verticales, sans prendre le moindre risque, des hommes réalisent la transmutation inverse : ils accumulent des richesses infinies en manipulant des morceaux de papier.

Mais lesquels enrichissent vraiment le monde ?

Le taxi et la route africaine

4 mars 2011

Pour se déplacer de ville en ville, Rose et Raoul Piche qui voyagent désormais avec Chantal et Patrice empruntent des taxis collectifs 504 Peugeot break. Il s’agit d’un objet roulant à 8 places avec le chauffeur. Il part lorsqu’il est plein. Pour ne pas attendre des heures au soleil trois passagers complémentaires, le petit groupe de quatre paie pour sept afin de partir sans tarder.

Première prise de contact avec l’engin, l’ouverture des portières. L’usage de la poignée externe est tentant. Ce n’est généralement pas le bon choix. Mieux vaut passer la main à l’intérieur, saisir la ficelle qui sort de la garniture de la portière et tirer un coup sec. La portière ne s’ouvre pas. Mais ce geste a pour effet de faire se précipiter le chauffeur sur la même ficelle qu’il tire d’un coup sec. La portière s’ouvre…

Second contact, les fenêtres. Capitales les fenêtres lorsque la température extérieure oscille entre 32°C et 41°C. Pour les ouvrir ou les fermer la manivelle n’est pas la règle. Parfois un moignon d’axe indique l’emplacement d’une manivelle absente. Le recours au chauffeur est alors indispensable, il se saisit de la vitre et par une savante manipulation oscillatoire du verre, l’ouvre ou la ferme. Il arrive qu’une manivelle baladeuse s’emboîtant sur le moignon soit prêtée par le chauffeur (rare). Un jour, Raoul s’inquiète : ni axe, ni manivelle, la fenêtre fermée, semble électrique. Catastrophe ! Un examen détaillé du tableau de bord ne révèle aucun interrupteur en état de marche. Sollicité, le chauffeur se saisit d’un groupe de 5 fils aux extrémités dénudées qui sortent d’une aération. Il joint le marron, le bleu, le jaune-vert avec le rouge et, miracle, la fenêtre descend.

Le haillon duement fermé sur le coffre à bagage par une ficelle d’emballage, le véhicule est prêt à partir.

Clé de contact ou contact avec des fils dénudés sous le volant, le moteur démarre. Enfin, pas toujours.

Parfois la 504 est astucieusement garée sur une légère pente et c’est grâce à la gravité terrestre que, inch Allah ! le moteur démarre. Mais si Allah n’inche pas, alors Rose, Chantal, Patrice et Raoul se substituent à lui et poussent l’engin jusqu’à ce que démarrage s’ensuive.

Premiers roulements de roue, les regards se portent sur la route. Mais entre eux (les regards) et elle (la route) s’interpose un pare-brise étoilé. Les lignes de cassures longues, systématiques et nombreuses prouvent que le verre brisé peut rester brisé longtemps sans inconvénient. Il n’y a aucune filiale de Carglass en Afrique.

L’oscillation du volant, les vibrations de la caisse indiquent aux passagers que l’engin roule. En toute sécurité. En effet, les voitures ne roulent jamais vite. Par prudence ? Plutôt grâce aux nids de poule qui parsèment les routes et font office de ralentisseurs en série. Si d’aventure la route est bonne, c’est la mécanique des 504 Peugeot break qui protège les voyageurs. Avec la meilleure volonté du monde, elle ne permet guère de dépasser le 70 km/h. Il arrive que le propriétaire du taxi pousse la sécurité à l’extrême. L’un d’eux n’a-t-il pas équipé son engin de quatre pneus neige à la grande surprise des Piche ! La météo ne prévoyait guère de chute intense pour ce jour là, plutôt un beau soleil avec 36°C. Mais sait-on jamais !

Rose et Raoul ont rapidement compris qu’il y avait une question à ne jamais poser au départ d’un voyage « vers quelle heure va-t-on arriver ? ». La réponse, toujours évasive, se conclut systématiquement par un fataliste « Inch Allah » ! Mais comme il a été dit précédemment Allah n’inche pas toujours. Ainsi, à Dakar, des Français de rencontre ont expliqué aux Piche qu’Allah avait bu inopinément la totalité du réservoir, provoquant une panne de leur taxi. Puis, facétieux en diable (si l’on ose dire, parlant de la concurrence…) Allah a fait exploser un pneu. Cela sur 3 km de trajet.

Côté Piche, Allah a cessé de vouloir sur un long trajet entre Tambacouda et la frontière malienne. Différentiel du pont arrière cassé. La panne est intervenue à … 1 km d’une station de taxi collectif. En un quart d’heure les Piche et leurs amis avaient un taxi de remplacement et le taxiteur avait un mécano sous sa voiture clé de 17 en main.

La mécanique est un art africain.

Le nombre de poids lourds immobilisés le long des routes est incalculable. Pour eux Allah inche rarement. Mais les mécaniciens africains sont des dieux, des vrais, capables de tomber un moteur diesel de 380 CV sur le macadam et de refaire le vilebrequin. Cela peut durer 15 jours mais le semi-remorque repart toujours.

Sur les pistes de latérite le dépassement des camions conduit à traverser un nuage de poussière rouge qui contribue au joli teint hâlé des voyageurs. En absence de camion sur la tôle ondulée, la poussière vient de l’intérieur, elle décolle des sièges, s’envole et retombe sur les passagers. Bref, elle est toujours présente.

Comme pour faire tenir les morceaux ensemble, les pare-brise étoilés portent de nombreuses vignettes. Les apercevant, Rose demande à Raoul : « tu crois que c’est le contrôle technique ? »

Les Africains ont aussi beaucoup d’humour. Sous le soleil c’est contagieux.

A bientôt (enfin… Inch Allah!)

PS Si les Piche sont moins prolixes, c’est parce que leur emploi du temps est chargé et les connexions internet pas faciles.

Photos de la route africaine…