Archive pour la catégorie ‘Défaut’

Les Piche aux Etats-Unis

Mardi 26 mars 2019

Depuis 10 jours les Piche sont aux Etats-Unis où ils vont de contrastes en contrastes.

Première escale, Honolulu sur l’île d’Oahu dans l’archipel d’Hawaï. Contraste maximum avec la Nouvelle-Zélande. Cette dernière est l’exaltation de la nature dans ce qu’elle a de plus beau, Honolulu est son exact opposé. Elle porte tous les excès de la société de consommation et du bétonnage au profit du luxe et des populations qui s’en régalent. Nulle part au monde Rose et Raoul n’ont vu autant de méga zones commerciales proposant des produits hors de prix et les hôtels qui vont avec. L’un n’allant, semble-t-il, pas sans l’autre, les sans abri sont nombreux tant les loyers ont atteint ici des hauteurs stratosphériques. Concernées les populations de Maoris (polynésiens), d’asiatiques et de métis. Les blancs sont dans le béton.

Les Piche sont conscients que leur vision d’Hawaï se réduisant à Honolulu est extrêmement partielle. Il existe une nature préservée dans d’autres îles de l’archipel mais elles nécessitent du temps pour y aller et les découvrir.

De Hawaï à San Francisco, nouveau contraste. San Francisco est une ville plus culturelle et cool que marchande et tape à l’œil. Cependant, on y voit, là aussi de nombreux sans abri tout le monde ne pouvant payer des loyers d’environ 4300 Euros pour moins de 100 m2.

Rose et Raoul ont été chaleureusement accueillis par leurs amis qui leur ont offert une journée fabuleuse : une sortie à la voile dans la baie de San Francisco entre le Golden Gate Bridge et le Bay Bridge avec rencontres de baleines (rares en ce llieu), de dauphins et de lions de mer ! Tantôt sous spi, tantôt au près serré à la gîte avec un vent frais, sous un  soleil radieux. Une journée mémorable, terminée entre amis autour d’une table d’un excellent restaurant de la ville (merci Keith, Dao, Joe et Nori).

Après San Francisco, New York. Impossible de qualifier cette ville à nulle autre pareille qui réunit à elle seule tous les contrastes possibles. Tout le monde la connaît, même sans jamais y avoir été. Pourtant, la parcourir en tout sens, il y a tant à voir, laisse souvent bouche bée. Oui, ici, la forêt de béton des gratte-ciel que l’on parcours la tête en l’air (au sens propre) est souvent belle, voire très belle. Fascinante pour Raoul, fatiguante pour Rose.

En trois jours, Rose et Raoul ont vu un grand nombre de sites. Parmi eux, Ground Zero, un lieu mémoriel particulièrement réussi, sobre, ample, émouvant avec les noms de toutes les personnes ayant trouvé la mort à cet endroit.

Toutefois, Rose à noté la présence d’un vendeur ambulant ventant en grandes lettres la nature “halal” de ses produits. À deux pas de Ground Zero elle a trouvé le rapprochement hasardeux. “Honi soit qui mal y pense”, lui a soufflé Raoul.

Bizarreries néo-zélandaises

Dimanche 17 mars 2019

- C’est le premier quartier de lune, remarque Rose.

- Non, le dernier, répond Raoul. Regarde, si on ajoute une barre verticale au croissant de lune cela forme la lettre “d” de “dernier”

- Oui, mais ici on a la tête en bas.

- …?

- Mets la tête à l’envers, les cheveux vers le sol, comme si tu étais aux antipodes, c’est-à-dire en France. La barre ajoutée au croissant forme le “p” de “premier”.

- Exact, reconnaît Raoul.

Pour les Piche, la Nouvelle-Zélande est pleine de petites bizarreries comme celle-là et d’autres.

La température monte lorsqu’on va vers le nord, baisse vers le sud. À midi le soleil indique le nord, pas le sud. Tout ferme à 17 heures. Après, c’est ville-morte. Avec quelques rares exceptions, notamment dans les deux seules “vraies” villes du pays Wellington (la capitale) et Auckland. À Havelock, petite bourgade du sud, le boulanger affiche ainsi ses horaires : “ouverture 8 heures, jusqu’à ce qu’on ait tout vendu”. À Rotorua une boutique indique sur sa devanture : fermé dimanche, lundi, mardi, mercredi “ouverture flottante”.

Autre bizarrerie relevée par les Piche, le goût de la viande d’agneau. Quasi aucun ! Alors que des dizaines de millions d’agneaux paissent en liberté sur des prairies immenses. Mystère. En revanche, les moules à coquilles vertes grandes comme la main sont tellement délicieuses que les Piche s’en sont littéralement gavé.

Les musées et les lieux “historiques” sont innombrables. Le moindre hameau possède le sien : musée des ex-mineurs d’or, des Hollandais, de la bière, des bûcherons, des engins agricoles, etc. Ce qui fait dire à Raoul que moins les pays ont d’histoire, ou si peu, plus ils éprouvent le besoin d’en affirmer une. Pas étonnant que les meilleurs musées soient ceux consacrés à l’histoire et à la culture Maori qui existent, elles, depuis de nombreux siècles. Cela ne procure pas pour autant une place privilégiée aux Maoris dans la société néo-zélandaise, pour employer une litote…

Après avoir parcouru 5000 km, les Piche ont acquis une conviction, la beauté de la Nouvelle-Zélande c’est l’île du sud, peu peuplée mais offrant un spectacle de la nature hors du commun. Bon, en disant cela, ils crachent un peu dans la soupe car ces derniers jours ils ont vu, au nord, une région avec de multiples manifestations volaniques tels que des mares bouillonnantes aux eaux acides de la plus infernale chimie naturelle aux couleurs vert fluo, vert pomme, rouge, blanche, grise perdues au milieu de vapeurs soufrées, d’effondrement de cratères, de failles et d’accidents de terrain qui révèlent toute la force du magma gargouillant sous nos pieds. Toujours au nord, les Piche ont aussi vu des gorges si étroites qu’elles propulsent un torrent d’eau bleu-vert au débit incroyable de 11000 m3 à la minute (une piscine olympique remplie en 11secondes).

Enfin, est-ce à classer au rang des bizarreries, les gens sont chaleureux, souriants, serviables. À l’image de cette employée de la ligne de ferry Bluebridge qui consacre du temps à renseigner les Piche sur la compagnie concurrente, la sienne ne pouvant répondre à leur attente.

L’épopée néo-zélandaise se termine, non sans un changement au score.

Sur le parking du dernier supermarché fréquenté par les Piche, Rose après avoir vidé son caddie ne lui prête plus attention et celui-ci dévalle gentiment la pente au risque  de percuter ce qu’il trouvera sur son chemin. Un homme crie pour alerter Rose qui se précipite et reprend le contrôle.

Raoul, goguenard, lui lance “30/15″.

L’idiot.

Deux jours plus tard, dans la parc Cornwall d’Auckland, sur une petite allée, Raoul effectue une marche arrière malencontreuse et emboutit une voiture venue se placer derrière lui.

Rose, éclate de rire et hilare, lui lance “30/30″

Pourquoi pas eux ?

Jeudi 14 mars 2019

Quel marin occidental à découvert la Nouvelle-Zélande ? Si vous répondez “James Cook”, vous avez gagné… le droit de vous replonger dans vos livres d’histoire. Cook a bien colonisé ces îles et ses habitants Maoris mais celui qui a touché ces côtes, 150 ans avant lui, est un Hollandais du nom d’Abel Tasman.

Parce qu’ils sont tombés en panne au milieu de nulle part, les Piche ont été contraints à une escale imprévue dans la petite ville de Foxton. En son centre trône un moulin à vent furieusement hollandais ainsi qu’un musée de l’immigration hollandaise car Foxton est de peuplement hollandais tant la région ressemble à leur pays d’origine. Bien sûr, ce n’est pas une immigration qui remonte au temps d’Abel Tasman, cependant le musée fait la part belle à ce génial navigateur. Il le mérite, ses navigations étaient fabuleusement audacieuses. Celles des Maoris, d’origine polynésienne, arrivés en Nouvelle-Zélande 800 ans (!) avant Tasman, l’étaient sans doute plus encore si l’on considère leurs moyens de navigation respectifs. Ces derniers ont parcouru des milliers de km en plein océan sans savoir où ils allaient. Tasman, lui, en a parcouru des dizaines de milliers dans la même ignorance mais avec la folle envie de “découvrir”. Au vu de ces exploits maritimes, Raoul, toujours intrigué par les Aborigènes d’Australie s’interroge :

- Les Aborigènes sont sur le continent australien depuis plusieurs dizaines de milliers d’années, ils se trouvent à peine à 2500 km des îles de Nouvelle-Zélande et ils n’ont jamais franchi le pas. Pourquoi ? Ils ne sont pas curieux ?

- Tous les peuples ne sont pas marins. Les Aborigènes ont appris à vivre dans le total dénuement désertique de l’outback australien, c’est déjà pas mal, lui répond Rose. Pourquoi attendre d’eux qu’ils sachent manier la pagaie ou inventer les voiles ?

- La citation d’Aristote pour qui “Il y a les vivants, les morts et ceux qui vont sur la mer”, leur va comme un gant, conclut Raoul. Les Aborigènes sont des morts-vivants. Tout de même 2500 kilomètres…

Gloires et misères de la mécanique

Samedi 9 mars 2019

Est-ce parce qu’ils achètent toujours des voitures dépassées que les Piche aiment visiter les musées automobiles ? Peut-être, mais cette fois-ci ils ne pensaient pas que ce penchant allait trouver une prolongation pour le moins inopportune.

A vrai dire, ils n’attendaient pas non plus grand chose du Southward Car Museum de Paraparaumu, Nouvelle Zélande. Après les excellents musées de Milan et de Malaga qu’est-ce que celui de Paraparaumu pouvait leur apporter ? Eh ! Bien, beaucoup. La surprise est totale. Cette collection privée de plus de 500 véhicules contient de véritables perles. Parmi elles : une voiture électrique américaine de 1918, bourrée de batteries au plomb sous le capot moteur et dans le coffre arrière ; une voiture à vapeur de 1920 qui nécessitait 20 minutes de chauffage avant de démarrer, fâcheux à l’époque où l’on venait d’inventer le démarreur électrique pour les moteurs à explosion ; l’incroyable Cadillac 16 cylindres de Marlène Dietrich, un véritable paquebot construit en 1934 capable de rouler à 160 km/h ; une Mercédès de 1913 dotée d’un invraisemblable moteur de 24 litres de cylindrée (une voiture haut de gamme d’aujourd’hui fait 2,5 litres) et d’une puissance de 1000 cv (140 cv à 200 cv les hauts de gamme actuels) ; la Tatra tchèque, modèle copié par les Allemands pour créer la WV coccinelle (ils ont dû indemniser Tatra après la guerre). Peu nombreuses, les voitures françaises sont représentées par 3 modèles historiques, tous Citroën, la traction avant, la 2cv et la DS. Bon choix.

Après cette visite, les Piche reprennent leur route vers le nord discutant de la grande créativité des constructeurs du XXème siècle, lorsque soudain leur Toyota Hiace tout juste du début du XXIème sonne l’alarme ! Tous les voyants du tableau de bord s’allument à la fois. Raoul s’arrête. Tout semble normal sauf ces alertes. Les Piche appellent à l’aide par téléphone. Un mécanicien les rejoint dans la demi-heure. Diagnostic, l’alternateur est hors service. Mais c’est le week-end. Il faut attendre lundi pour savoir comment résoudre le problème. Rose et Raoul gagnent un camping proche où ils attendent lundi en vous racontant des histoires.

PS Si vous voulez faire plaisir à Rose, offrez-lui la voiture de ses rêves, découverte à Paraparaumu, un cabriolet Mac Laren de 2016 capable de la propulser de 0 à 100 km/h en 3 secondes. Elle aime ça.

Rose orpailleuse

Jeudi 7 mars 2019

Rose plonge délicatement dans l’eau sa batée qui contient du gravier de la rivière. La ressort, vide l’eau, élimine du gravier puis replonge la batée et recommence l’opération plusieurs fois jusqu’à ce qu’il ne reste que quelques grains de sable et… plusieurs paillettes d’or qui brillent au soleil ! Génial !

Au même endroit, Greymouth, il y a 200 ans, ils étaient des centaines à faire le même travail. Ils ont concassé des millions de tonnes de roche, creusé d’invraisemblables tunnels que les Piche ont parcourus puis séparé l’or et la pierre pour gagner chichement leur vie. Le seul qui ait découvert une méga pépite, 2,5 kg dénommée Victoria, n’en a jamais profité. Il l’avait cachée pour ne pas se la faire voler mais, tombé malade, transporté à la ville la plus proche (c’est-à-dire pas proche du tout) il y est décédé abandonnant sa richesse à d’autres. Rose, elle, ramènera son or à sa maison et jouira pleinement de sa contemplation.

Elle ramènera aussi son appareil photo qu’elle a, un temps, oublié au centre d’information d’un site remarquable (les Pancakes) puis récupéré mais qui lui a valu une remarque de Raoul qui a manqué là une occasion de se taire.

Dialogue :

Raoul

- Quand même fais attention. il y a des trucs à ne pas oublier !

Rose

- Tu as raison. C’est vrai que tu en connais un rayon sur les trucs à ne pas oublier. Comme le frein à main sur le parking du supermarché de Te Anau. Tu te souviens ? Tu te demandais qui avait déplacé le camping-car. Personne. Simplement, tu n’avais pas mis le frein à main ! Alors il a reculé tout seul de plusieurs mètres parce que cétait en pente. Une chance qu’il n’ait écrasé personne ni embouti une voiture. Oui, vraiment, il y a des trucs à ne pas oublier.

- C’était une pente très douce, tente piteusement de minimiser Raoul.

- Et moi, un oubli très bref.

15-15 ?

Un recul spectaculaire

Mardi 5 mars 2019

Parfois le plus spectaculaire est ce qui ne se voit pas. Les Piche en font l’expérience sur le site du glacier Franz Joseph qui descend du mont Tasman.

Le glacier est là avec son chaos de glace bleu-vert mais il n’est plus tout à fait là où il était l’année dernière et encore moins les années précédentes. Des panneaux plantés de place en place indiquent, photos à l’appuie, “le glacier arrivait là en 1930″ puis plus loin “… en 1950″, “… en 1960″, “… en 2009″. Le recul se chiffre en km à la base et en centaines de mètres en hauteur soit un volume considérable ou apparaissent désormais des roches à nu.

Jamais les Piche n’avaient vu aussi concrètement et de façon si spectaculaire les effets du réchauffement climatique. Impressionnant.

Au glacier Fox, pas loin de là, les conséquences sont encore plus concrètes : des éboulement dus au retrait du glacier ont provoqué un changement du lit du torrent de fonte qui a détruit les chemins d’accès au dit glacier.

Afin de réduire cette catastrophe, des panneaux pédagogiques suggèrent aux passants des gestes du quotidien destinés à réduire les émissions de CO2. Lisant ce texte, Rose remarque :

- C’est bien tout ça mais pourquoi ils ne mentionnent pas la noria d’hélicoptères qui passent et repassent au-dessus de nos têtes pour montrer aux touristes le glacier “vu du ciel”? Cela en fait un paquet de CO2 que l’on pourrait éviter. Et le bruit aussi dans un site pareil !

- “Monétiser” vous dis-je, “monétiser” et tant pis pour les contradictions, répond Raoul.

Après le glacier, les Piche ont, une fois de plus, fait une marche à travers une forêt. Les forêts humides de Nouvelle Zélande sont parmi les plus extraordinaires qu’il soit. D’une densité et d’une variété de végétation qui les rendraient impénétrables si de bonnes âmes n’y avaient taillé des sentiers (ailleurs des routes, du coup magnifiques). Les troncs sont couverts de mousse, des lichens pendent des branches, des arbres fougères sont partout et même les rochers qui émergent sont moussus. Tout est vert, vert, vert et lorsque les rayons du soleil pénètrent ce paradis vert, les visions sont splendides et… gratuites. Au moins là, le CO2 recule au lieu de progresser.

Monétiser le tourisme

Jeudi 28 février 2019

Les journéess se succèdent dans l’île du sud pour les Piche et avec elles les paysages forts : lacs, rivières, torrents, sommets, forêts, chutes d’eau et même des plaines avec des millions de moutons (les Piche les ont comptés et ils s’endorment rapidement pour de longues nuits…). Le dernier panorama visité par Rose et Raoul à été le fjord de Milford Sound un bras de mer qui pénètre profondément au milieu de hautes montagnes.

Avec une telle nature pas étonnant que les touristes affluent. En fait, il semble que toute l’Europe se soit donnée rendez-vous ici et une bonne partie de la Chine aussi. Des Européens de toutes nationalités avec une prédominance d’Allemands et de Français. Principalement des jeunes de moins de  30 ans et quelques papys de plus de 60. La densité de camping car au km2 est hallucinante. Des engins de petites tailles genre combi VW (en réalité des Hiace Toyota) pour les jeunes et des “vrais”  camping car pour les retraités. Les vacances des Néo-Zélandais étant terminées, ils sont rares à “tourister”.

L’activité reine est la randonnée. Elles sont innombrables et pour tous les goûts, du flemmard à MC Guiver, de 2, 3, 4 ou 6 heures à 2, 3, 6, ou 10 jours ! Pour l’instant, les Piche limitent leur effort à 4 heures car à chaque fois ils ont affaire à des sentiers exclusivement en montée raide. Pénible. Mais au bout du chemin les vues super panoramiques sont garanties.

- Ne photographiez pas sinon le monde entier va envahir notre paradis, lance un campeur Néo-Zélandais à Raoul en train de mitrailler une rivière photogénique sur une aire de camping non-aménagée.

- Il me semble que c’est trop tard, non ? Lui répond Raoul.

Un éclat de rire lui vient en retour comme une forme d’approbation.

Rose et Raoul s’interrogent : pourquoi tant de touristes européens alors que leur continent est le plus éloigné qu’il soit de ce pays ?

- Parce que la nature est exceptionnelle et aussi parce que voyager ici est facile, sûr, sans risques, suggère Rose. D’ailleurs, j’ai remarqué qu’il y a beaucoup de jeunes femmes parmi ces adeptes du camping car.

- C’est tellement sans risque que les Néo-Zélandais n’ont de cesse que de proposer des activités à fort taux d’adrénaline ! Saut à l’élastique, chute libre, speed boat frôlant les rochers dans une gorge étroite, jusqu’à un “bateau-requin” à réaction avec trois passagers effrayés à souhait qui plonge sous la surface du lac Wakatipu à Queenstown pour jaillir ensuite à la verticale hors de l’eau etc.

- Ben oui, les sentiers de randonnées, c’est bien mais ça ne rapporte rien. Il faut bien “monétiser” le tourisme, conclue Raoul pragmatique.

Balades néozélandaises

Vendredi 22 février 2019

La route longe les eaux profondément turquoises du lac Pukaki sur des dizaines de kilomètres. À l’horizon, une dentelle de sommets acérés couverts de neige. Entre eux et le lac, des collines et une plaine ocre avec ici et là des tâches vertes de végétation, le tout couronné par une bataille de nuages blancs et de trouées de ciel bleu.

Le joyau promis aux Piche est là, qui s’offre à leur regard.

La route les conduit vers ce qui doit être le couronnement de ce spectacle : une randonnée dans une vallée glacière débouchant au pied du mont Cook et de ses 3700 m d’altitude.

Plus Rose et Raoul s’approchent du départ de leur randonnée plus le ciel s’uniformise de gris.

Une fois équipés avec chaussures de marche, polaires, eau, biscuits, parapluies ils s’engagent sur le sentier. Après 500 mètres, la bruine arrive, elle cesse pour laisser place à de violentes bourrasques de vent, après ce sera la pluie, puis la pluie et le vent, puis à nouveau la bruine, puis, puis une météo conforme au dicton néo zélandais selon lequel dans ce pays “on peut avoir trois saisons en une heure de temps”.

Les Piche enjambent deux ponts suspendus pour franchir des torrents puissants avec l’espoir, au détour de la vallée, d’apercevoir le fameux mont Cook. En fait, courbés sous les intempéries qui redoublent et après une heure et demi de marche, ils n’apercevront qu’une énorme masse de nuages bas et de pluie qui les convaincront de battre en retraite ! Raté.

Une heure plus tard, Rose et Raoul se retrouvent sous le soleil à suivre à nouveau les eaux turquoises de lac Pukaki sur le chemin du retour.

Deux jours plus tard ils sont vengés. Cette fois-ci ce sont les rives du lac Wakatipu qu’ils suivent au départ de Queenstown sur une route encore plus spectaculaire ! Le ciel dégagé laisse apparaître au loin des sommets enneigés. À l’extrémité du lac une randonnée les attend. Ce sera sous le soleil avec quelques rafales de vent (tout de même…). Une montée continue pendant une heure et demi pour atteindre une ancienne mine et découvrir une magnifique point de vue sur le lac et les cimes blanches des montagnes alentours.

- Ça me fait penser aux lacs italiens en plus grandiose, remarque Rose.

- Sans les palais, ni les hôtels et les résidences de luxe, souligne Raoul.

- En Europe tout cela s’est construit au fil des siècles. Les occupants néozélandais sont ici depuis moins de 200 ans. Une chance. Ainsi, la nature est préservée, observe Rose.

- Heureusement, ils ont eu le temps de construire des routes ce qui nous permet de nous rendre dans ces lieux si difficiles d’accès, reconnaît Raoul.

Vitesse maxi autorisée 100 km/h

Samedi 16 février 2019

La Nouvelle Zélande ce sont deux îles. Une au nord avec la capitale Auckland à la latitude de Sydney, l’autre au sud à la latitude de la Tasmanie. L’île du sud passe pour la plus remarquable. Pour l’instant les Piche ont traversé l’île du nord  qu’ils viennent          juste de quitter.

Ils ont parcouru pas mal de kilomètres sur des routes étroites, sans séparateur central et une vitesse maxi autorisée de 100 km/h. Même lorsque les routes sont tellement sinueuses qu’un champion ne dépasserait pas les 50 km/h, les panneaux indiquent 100 km/h ! Non sans humour, ici, un panneau précise “100 km/h n’est pas la cible ! Conduisez raisonnablement. ”

Lîle du nord apparaît aux Piche comme un pays de beaux paysages, fortement vallonnés, très variés avec de nombreux moutons (habillés et déshabillés), bœuf, vaches.

Cinq étapes ont marqué ce début de voyage néo-zélandais : les exceptionnels jardins de Hamilton qui réhabilitent une décharge de la ville; une grotte tapissée de milliers de vers luisants de la taille d’une Led (ça fait faux mais c’est vrai !); une ballade dans un forêt luxuriante sur les flancs du mont Taranaki, un volcan de 2518 m posé en bord de mer; la jolie ville de Wellington et son musée Te Papa qui passe pour le plus remarquable du pays, où les Piche se sont régalés; enfin Kaikoura, célèbre pour ses langoustes. Raoul qui ne cesse de vouloir retrouver le goût des langoustes pêchées en Corse avec son frère et sa belle sœur dans leur jeunesse (sa madeleine de Proust, pas la belle sœur, la langouste…) s’y est essayé. Verdict : meilleures que les langoustes des Caraïbes, meilleures que les homards de Cuba, très supérieures aux homards du Maine (pas difficile, les Américains massacrent tous les produits de la mer) mais encore loin de la langouste Corse !

- Le prochain voyage ce sera aux Kerguelen, suggère Rose. Je suis sûre qu’elles y sont parfaites.

- Nous n’avons jamais été si près des îles Kerguelen, répond Raoul. Chiche ?

- … (silence éloquent de Rose qui n’est pas chiche du tout)

Les Piche en Nouvelle Zélande c’est parti

Lundi 11 février 2019

Comme prévu les Piche ont quitté Bali ruinés en partageant à l’aéroport de Denpasar un malheureux sandwich à 99 000 rp, leurs dernières roupies.

Leur bref séjour balinais les a laissés perplexes. Ils y ont vu des temples, des maisons, des musées magnifiques, des cultures de riz en terrasses photogéniques, ils ont marché au milieu d’une forêt tropicale dense longeant un fleuve. Ils ont assisté à un spectacle de danses balinaises traditionnelles dans lesquelles les gestes et les postures des danseuses sont tous cassés, déhanchés, tordus. Tout l’inverse de la danse classique occidentale !

Mais leur impression la plus forte tient à l’hyper pression touristique du lieu où ils résidaient, Ubud. Un village réputé être plus épargné par le tourisme que la grande ville du bord de mer, Kuta. En fait, Ubud n’est qu’une succession de restaurants, boutiques, hôtels envahis de touristes alors que c’est la basse saison ! Comme la densité de population est élevée les rues et les routes sont encombrées par des milliers de petites motos et de voitures, moins nombreuses. Bref, que ce soit sur les trottoirs ou sur les rues ça grouille. De l’aéroport à Ubud, 40 km, l’urbanisation est continue avec l’essentiel de l’activité tournée vers la tourisme. Hallucinant.

Après Bali escale en Australie pour Rose et Raoul. Non pour visiter le pays, ils ont parcouru l’Australie il y a 9 ans pendant deux mois et demi, mais pour passer quelques jours avec leurs amis australiens Biddy et Jean-Pierre.

Le premier soir se passe au restaurant. À la table voisine, une jeune femme consulte la carte et interroge le maître de rang :

- Je suis vegan. Qu’est-ce que je peux prendre ?

- Un taxi, madame, un taxi. Lui répond le restaurateur en la fixant dans les yeux.

Rires sous cape à la table des Piche. En effet, dans sa vie active, leur ami Jean-Pierre achetait pas moins de 5 à 10 tonnes de viande par mois pour nourrir l’université de Canberra ! En 25 ans ce sont des milliers de tonnes de steaks qui sont passés par lui, alors la mode vegan…

Reçus comme des princes, coocoonés par leurs amis australiens, Rose et Raoul ont fini par les quitter, à regret, pour rejoindre Auckland et attaquer le “gras” de leur voyage : 40 jours à parcourir les îles nord et sud du pays kiwi.

Ils ont pris possession, non sans mal, d’un petit camping car et les voici maintenant à pied d’œuvre !

A suivre…

Les Piche sont millionnaires !

Lundi 4 février 2019

Les Piche sont millionnaires ! Cela leur procure une curieuse impression. Comme les nouveaux riches, ils laissent facilement 10 fois le prix de leurs emplettes sur le comptoir et ne doivent qu’à l’honnêteté des commerçants de ne pas être dépouillés.

Leurs moyens leur ont permis de prendre pension dans une résidence où ils disposent d’un pavillon individuel, avec patio et forces sculptures pour 250 000 rp par jour. Une misère depuis qu’ils ont reçu pas moins de 1 300 000 rp en échange de 80€ à leur arrivée à Bali. Millionnaires en roupies indonésiennes, sans doute, mais millionnaires tout de même !
Cependant, ils appréhendent le jour de leur départ qui risque de les faire sortir de ce club très sélect.
Quant aux Balinais, les Piche les trouvent à la hauteur de leur réputation, souriants, aimables, gais
- Peut-être parce qu’ils sont tous multi-millionnaires, risque Rose.
- Voilà une idée à verser au “grand débat” qui sévit en France, lui répond Raoul : quitter l’euro et s’aligner sur la roupie indonésienne. Le smic bondirait à près de 30 millions par mois de quoi donner le sourire à tous les Français, non ?

Tout ne se passe pas toujours comme prévu

Jeudi 31 janvier 2019

Tout ne se passe pas toujours comme prévu. Une tempête de neige sur Moscou, où ils ont fait une escale prolongée, et hop ! ratée la visite des Piche à l’immense marché de Bangkok. Ce sera donc le marché des amulettes.

- Nous sommes dimanche, tu crois que ce sera ouvert, interroge Raoul ?

- Les Thaïs ne font pas les 35 heures, ils travaillent tous les jours, lui répond Rose.

Perdu, pas un chat aux amulettes. Le jour suivant, direction le centre des arts et de la culture. Fermé également.

- Bien sûr, nous sommes lundi ! S’exclame Rose qui commence à intégrer la normalité des horaires thaïs.

Le lendemain mardi, va pour le musée national, un des plus intéressant du pays : fermé les lundi, mardi  et jours feriés !

- On s’éloigne de plus en plus des 35 heures ironise Raoul.

Bon. Pourquoi ne pas visiter une nouvelle fois le palais royal et le temple What Phra Kaeo deux joyaux de Bangkok réunis dans la même enceinte. Epaules nues, Rose rate l’examen de passage à l’entrée et se voit sommée d’acheter une chemisette au tarif touristique. Elle tente le repêchage en jetant un châle sur ses épaules indignes. Refusée. Tandis qu’elle négocie, Raoul contemple, effaré, les groupes de touristes chinois qui rentrent par milliers et il n’a qu’une envie, ne pas les suivre !

Rose refusant le racket, les Piche décident de se rabattre sur le marché aux fleurs. 20 roses pour moins d’un euro, des orchidées au poids pour une misère qui font la misère de leurs vendeurs.

Changement de quartier, changement de décor. Au troisième niveau de l’immense centre commercial Siam Paragon, entre un Apple center et une boutique Samsung, les Piche se voient proposer des Bentley, Ferrari et autres Maserati, présentées comme de vulgaires objets de consommation.

Rose et Raoul se demandent si la Thaïlande ne connaîtrait pas un petit problème d’inégalités…


Le tour du monde des Piche, c’est parti !

Lundi 28 janvier 2019

Bangkok, Bali, Sydney, Nouvelle Zélande, Hawaï, San-Francisco, New-York, Paris, les Piche entament leur migration annuelle. La plus longue en si peu de temps (2 mois).

- Migration, migration comme tu y vas lance Rose à Raoul. Tu en connais beaucoup des migrants qui prennent successivement dix avions pour effectuer le tour de la planète et finalement revenir chez eux ?

- Je parle de migration pas de migrants

- Et le bilan carbone de cette petite balade, tu y as pensé ? 30 tonnes de CO2 au bas mot. Bravo !

- Si nous ne prenions pas ces avions ils partiraient quand même. Le bilan CO2 serait le même.

- Oh ! La mauvaise foi !

- Et puis en matière de bilan carbone, j’ai du crédit. L’industrie de l’habillement participe pour 25% aux émissions de carbone devant la totalité des moyens de transport utilisés dans le monde : avions, autos et bateaux confondus.

- Alors ?

- Eh ! Bien ouvre ma penderie et regarde ma garde-robe. Si tout le monde avait la même, l’industrie de l’habillement n’émettrait pas plus de CO2 qu’une centrale nucléaire.

- Provoc !

Attablés devant un délicieux mets thaïlandais (la cuisine thaï est la meilleur du monde, après la française naturellement) Rose et Raoul Piche débutent leur périple par Bangkok une ville qu’ils affectionnent, au climat doux et aux gens aimables. Bien plus que les PIche discutant d’écologie entre eux.

“Votre président ? Une horreur !”

Dimanche 9 avril 2017

A la plantation Ardoyne, à Schriver, les Piche sont forts bien accueillis par celle qui habite les lieux et appartient aux descendants de la famille ayant fait construire cette remarquable bâtisse de style « victorien gothique rural ». Raoul qui apprécie l’hôtesse et sa culture, l’imagine démocrate et il ose une question qui lui brûle les lèvres : « que pensez-vous de votre nouveau président ». Elle esquive, en retournant la question « et vous qu’en pensez-vous ? ». Raoul ne peut s’empêcher de réagir instantanément : « une horreur ! ». Il se rend compte aussitôt que son hôtesse n’est pas du tout de cet avis ! Ce qui se confirme lorsqu’elle lâche cette phrase confondante « vous savez, ici il y a beaucoup de gens qui ne travaillent pas parce qu’ils préfèrent faire des enfants pour toucher les aides de l’Etat ». « Quel idiot je suis », se dit Raoul qui se rappelle soudain que parmi les portraits de famille qui viennent de lui être montrés lors de la visite, figure celui du général Lee, le commandant en chef des sudistes esclavagistes. Bon sang ne saurait mentir.

Innocemment, bien entendu, Rose complète l’échange par la question qui tue : « Et vous, combien avez-vous d’enfants ? ». Elle en a trois mais gagne dignement sa vie en faisant visiter une propriété de plusieurs millions de dollars, sans aide de l’Etat…

Le Brésil n’est pas le paradis

Jeudi 10 mars 2016

Opéra de Sâo Paulo, la foule en habits de soirée descend le grand escalier pour papoter un peu dans le grand hall après le spectacle.

- Combien tu vois de métis ou de noirs ? Demande Raoul à Rose.

- Heu, ben… Si là-bas, il y a une jeune femme métis. Autrement, ils sont tous blancs.

Les Piche traversent le boulevard en face de l’opéra. Là, au pied de la longue vitrine d’un grand magasin une quizaine de sans abris sont allongés sur des cartons. Comme à de nombreux endroits dans la ville.

- Combien tu vois de blancs parmi eux ? Demande Rose à Raoul.

- Heu, ben… Ah ! Si, il y a un blanc, répond Raoul.

A 50 mètres de distance, tout semble dit sur le niveau d’inégalité dans ce pays.

Certes, les Piche ne sont pas en voyage d’étude socio-économique au Brésil, néanmoins ils ont des yeux pour voir. Ils voient que dans les hôtels, le personnel de service le plus subalterne est toujours métis, que les gardiens des immeubles défendus par mille protections dans les quartiers riches sont toujours des métis, qu’à la télévision, sur O Globo la chaine la plus regardée, les journalistes sont tous blancs (”non, non corrige Rose, la présentatrice de la météo est métis”, exact), que sur la chaîne parlementaire les Piche n’ont vu débattre que des hommes blancs et très peu de femmes. Il faut savoir que sur les 204 millions de personnes qui peuplent le Brésil 43,1% sont métis, 7,6% noirs, 47,7 % blancs. il y a donc un peu moins de blancs que de métis et de noirs.

Les observations superficielles de Rose et de Raoul sont confortées par leurs lectures (leurs yeux leur servent aussi à cela ). Ils apprennent ainsi qu’au Brésil les 1% les plus riches gagnent 100 fois ce que gagnent les 10% les plus pauvres, que la tranche maxi de l’impôt sur le revenu est de 27% (40% en France), qu’il n’y a pas d’impôt sur les revenus financiers des personnes physiques, quasiment pas sur l’héritage, etc. Ce qui fait dire à certains que le Brésil est une sorte de paradis fiscal…

Directeur d’étude à l’institut de recherche économique appliquée (IPEA) de Brasilia, André Calixte explique les origines de ces inégalités : “Après l’abolition de l’esclavage, en 1888, le Brésil n’a pas eu de véritable réforme agraire. On a fossilisé les inégalités de richesses qui sont aussi des inégalités de genre et de race”. Du Piketty pur jus.

Certes Lula da Silva a sorti 25 millions de personnes de la misère mais depuis deux ans la situation s’est gravement détériorée. L’inflation est à 11%, le chômage en forte hausse, le PIB en chute de 3,5 % sans compter la crise politique qui agite le pays avec les scandales de corruption qui font les choux gras des journaux TV de O globo tous les soirs. Il n’est même pas certain que la présidente, Dilma Rouseff, puisse terminer son mandat.

Bref, le Brésil va très mal et même les PIche s’en rendent compte !

Déjà à Paraty, ils avaient été frappés de constater que les hélicoptères des riches de Sâo Paulo venus passer le week end dans ce petit paradis en bord de mer, rentraient un peu plus tôt en ville (Sâo Paulo compte 300 héliports contre “seulement” 60 à New York). Ah ! Ma bonne dame, il y a bien de la misère dans ce pays.

Lorsqu’ils voient ce qu’ils voient, qu’ils entendent ce qu’ils entendent, qu’ils lisent ce qu’ils lisent, les Piche sont bien contents d’être venus ici depuis un pays à la pointe du progrès social, de la lutte contre les inégalités et en croissance économique.

Il s’agit bien sûr de l’Uruguay d’où ils ont franchi la frontière vers le Brésil.

Honni soit qui mal y pense…

A bientôt

Du sexe des anges…

Vendredi 4 mars 2016

11 h du soir, les grilles des échopes sont cadenassées, les rideaux de fer baissés, les maisons à moitié finies succèdent à celles à moitié en ruine, des gens sont affalés sur le trottoir, la rue est à peine éclairée. Le bus file mais la vision reste la même. Les Piche sont ébahis devant une telle misère.

Après un long moment, ils parviennent au centre historique de Salvador.

Changement radical de décor.

Autour de Rose et de Raoul qui arrivent de l’aéroport en provenance de Brasilia une foule dense, des musiques qui s’entrechoquent, des vendeurs ambulants, des quémandeurs, des kiosques de boissons et de nourritures, des taxis, des policiers avec gilet pare-balle et pistolet au côté. Des projecteurs illuminent les superbes bâtiments alentour.

Avec leurs bagages sur le dos, les Piche ne se sentent pas vraiment dans la note. Une chose est sûre : ils ne sont plus à Brasilia ! Salvador Brasilia deux villes aux antipodes l’une de l’autre.

Très vite Rose et Raoul qui hésitent sur leur chemin sont entourés de conseillers-quémandeurs-emmerdeurs. Ils décident de ne pas poursuivre à pied vers leur hôtel pour ne pas être suivis dans les petites ruelles qu’ils doivent emprunter et sautent dans un taxi pour finir leur trajet.

Le premier contact avec Salavador est rude.

- “La première impression est toujours la bonne. Surtout quand elle est mauvaise”, rappelle Raoul à Rose qui espère bien que cette citation ne soit rien d’autre qu’un bon mot.

Après plusieurs jours, leur perception de la ville est plus contrastée. Clairement, Salvador ne ressemble à aucune autre ville du Brésil. Elle est débordante de vie. Dans tous ses excès. La musique omniprésente est forte, l’alcool y est fort, les voix et les personnalités y sont fortes. Première capitale du Brésil, principal lieu d’arrivée des millions d’esclaves venus d’Afrique, Salavador a conservé, perpétué, magnifié des pratiques, des arts et des croyances venues du Bénin et du Nigéria. Le Museu Afro Brasileiro en porte témoignage tout comme le musée du Bénin en plein Pelourinho, le lieu de vente des esclaves.

Pour ce qui est de l’art, les Piche sont preneurs mais pour les croyances ils ne sont pas clients. Le rabatteur qui voulait leur vendre une séance de Candomblé (hystérie collective mettant en jeu les Orixas des esprits qui, que …) s’est fait renvoyer dans ses buts.

Les Piche qui ne sont pas non plus trop clients de la religion dominante ont tout de même visité quelques unes des 365 églises (oui, oui, une par jour) que compte la ville. La plus célèbre, igreja Sâo Francisco, est aussi la plus laide intérieurement. Des boursoufflures dorées du sol au plafond, pas un centimètre carré sans sa feuille d’or ! Toutefois, cette visite a permis aux Piche de trancher une question qui les taraude depuis des années (et ils ne sont pas les seuls) : quel est le sexe des anges ? La réponse est là, à Salvador de Bahia, sur les murs de cette église. Les sculputres des anges ont toutes un sexe bien visible et il est masculin. Dans les autres églises un élégant drapé cache la chose. Cette stupéfiante découverte conduit Rose à un début d’induction mêlant église, anges masculins, petits garçons, tribunaux… qui, pour Raoul, manque un peu de rigueur.

A l’extérieur de ce nid à richesses ostentatoires, des pauvres attendent les visiteurs sur le parvis. Plus que des pauvres. Des êtres détruits par le crack et l’alcool qui tentent de trouver pour trois sous de survie. Les Piche ne cesseront de les croiser dans les rues du centre historique, tentant leur chance auprès de la moindre personne passant à portée de main. Un bus specialisé, très équipé, porte écrit sur son flanc “Le crack peut être vaincu”. A l’instant où Raoul photographie ce bus, un de ces pauvre hère passe dans le champ comme pour démentir le slogan volontariste.

Le coeur de Salvador avec ses maisons des XVIII et XIX siècles est magnifique, c’est lui et ceux qui animent ces quartiers, sans y habiter, qui drainent des millions de touristes chaque année.

Pour Rose et Raoul, le séjour prend une autre saveur. Venus à Salvador il y a trente deux ans en voilier depuis la France, ils sont là en pélerinage. Ils traquent les lieux qui ont compté à cette époque.

Pour eux ce modeste restaurant derrière l’ascenceur Lacerda, c’est le fameux “restau des putes”, leur cantine d’alors ! La fontaine qui offre généreusement et gratuitement de l’eau de source à Itaparica, l’île en face de Salvador, continue son office (depuis 1848 !). Elle leur servait à faire les pleins du bateau. De l’eau de source ! Un vrai bonheur. En revanche, la pléïade de voiliers qui mouillaient à l’abri de l’île n’y sont plus. Une modeste marina a poussé là.

Rose et Raoul ont tout de même rencontré un de ces fous de la mer qui vit encore sur son voilier. Ils ont eu des tas de choses à se dire autour d’un verre de caipirinha (alcool de canne à sucre, sucre de canne, citrons verts, glaçons, LA boisson d’ici). Les uns et les autres ont retrouvé le réflexe qui consiste, avant de s’asseoir, à regarder sous la table s’il y a quelques bouteilles de bière. L’habitude veut que pour éviter toute contestation, les consommateurs placent là les bouteilles au fur et à mesure qu’ils les vident. L’addition sera pour vous s’il en reste d’avant votre arrivée.

Signe du ciel (humm, humm), une pluie diluvienne s’abat ce matin sur la ville. Il y a trente deux ans c’était le moment pour la famille Piche de monter sur le pont pour prendre une douche d’eau douce et fraîche. Aujourd’hui, c’est celui de rester cloîtré dans une chambre d’hôtel. Heureusement, avec vue sur la baie “de tous les saints”  (”Bahia de todos os santos”).Tout de même.

A bientôt

PS Les Piche profitent de ce texte pour adresser un salut amical à ceux avec qui ils ont partagé de si bons moments, ici, dans la baie de Salvador, il y a trois décennies. Salut donc à Héphaïstos, Nuage, Dulcimer, Galopin, Chiloé, Maïo, Carpe Diem, Algorithme…

Alerte

Mardi 1 mars 2016

5h10 du matin. Les occupants des 15 étages de l’hôtel Dos Americas de Brasilia sont tous réveillés. Le hurlement des sirènes alerte incendie ne leur laisse aucune chance de poursuivre leur nuit.

En moins de temps qu’il n’en faut pour enflammer une botte de paille, Rose est habillée, sac sur l’épaule prête à quitter sa chambre. Impressionné par cette rapidité, Raoul qui traînait un peu se presse à son tour. Bien sûr, les ascenceurs sont hors service. Par chance, la veille, les Piche ont quitté une chambre au 10 ème pour une autre au 4 ème. Six étages de moins à descendre. Ils rejoignent la foule des clients à l’extérieur de l’hôtel. Ni flamme, ni fumée mais au rez de chaussée une employée qui farfouille dans une armoire électronique. Pour Raoul, furax, la cause est entendue, il s’agit d’une fausse alerte. La suite lui donnera raison.

Fort de leur précédente expérience ratée de piétons brasilianesques, les Piche prennent désormais assez souvent le taxi lorsque les distances s’allongent. Ils notent qu’à chaque fois, le taxi part dans la direction opposée à la destination, effectue un tour de pâté d’immeubles, emprunte une ou deux bretelles de voie rapide pour prendre le bon cap, file bon train avant de sortir par une nouvelle bretelle qui le conduit à la rue finale.

Raoul fait remarquer à Rose que ces trajectoires tarabiscotées ressemblent fort à celles d’un avion en approche d’un aéroport pour atterissage.

- Pas étonnant, réplique Rose. Tu as vu le plan de la ville ? C’est exactement celui d’un avion. L’Eixo Rodoviario (l’axe est-ouest), c’est le fuselage, l’Eixo Monumental (l’axe nord-sud) les ailes. Un avion de 12 km sur 12…

- Je trouve que cela ressemble plutôt à un colibri, façon lignes de Nasca, répond Raoul.

- Si tu veux. On peut tout imaginer à Brasilia : les arches du pont JK forment un parfait monstre du Loch Ness ; la pente qui entoure le dôme du musée national est évidemment un anneau de Saturne ; la pyramide du théâtre national une rampe de skate board ; le dôme de l’asssemblée nationale une parabole TV. etc.

Effectivement, il y a de la magie dans cette ville pour qui veut bien se laisser porter par son imagination.

Il arrive aussi que le hasard en rajoute un peu dans le merveilleux. Tel cette répétition d’une pièce de Haydn par un orchestre de musique classique dans l’église Dom Bosco baignée par la féérique lumière bleue de ses 80 vitraux lorsque Rose et Raoul la visitent. Une harmonie parfaite entre musique et architecture.

De quoi faire oublier la stridence d’une sirène d’alarme incendie.

A bientôt

Brasilia, la vie malgré tout

Samedi 27 février 2016

La plupart des métropoles cherchent comment sortir la voiture de la ville. Il y a 50 ans, Oscar Niemeyer, l’urbaniste Lucio Costa et le paysagiste Burle Marx ont trouvé, eux, en concevant  Brasilia, comment sortir le piéton de la ville ! Pour cela, ils ont créé des espaces verts tellement immenses qu’ils ne peuvent pas être parcourus à pied. D’autant moins qu’ils sont transpercés par d’innombrables voies de circulation.

Les Piche ont fait l’angoissante expérience de cet étrange urbanisme.

Au sortir du Congrès National (les deux paraboles et les tours jumelles connues du monde entier), ils se mettent en route, à pied, vers le pont JK, assez éloigné, un ouvrage remarquable. Ils suivent un trottoir qui longe une avenue bordée d’un côté par le palais de la présidence de la république et de l’autre par une vaste place. Puis les bâtiments disparaissent et seul subsiste un vaste espace boisé. Le trottoir devient piste cyclable puis chemin puis sentier puis plus rien. Pas un être humain visible, uniquement la verdure, les voies rapides, les voitures. Pour continuer leur chemin les Piche devraient traverser  une double voie qui fusionne avec une triple voie puis au-delà du terre plein central, à nouveau une triple voie et une double voie. Soit 10 voies de circulation à franchir au milieu d’un flot ininterrompu de véhicules. Du suicide ! Ils renoncent donc, changent de cap, marchent dans l’herbe et tentent de trouver leur salut à un feu de circulation, espérant qu’un taxi s’immobilisera là et qu’ils pourront s’y engouffrer. Pari gagné ! Ouf, une taxiteuse sera leur sauveur.

Heureusement, Brasilia ce sont aussi et surtout des créations architecturales hors du commun. Elles n’ont pas pris une ride, ni ne se sont démodées. Géniales elles étaient, géniales elles sont restées.

Trois d’entre-elles ont particulièrement subjuguées les Piche : le palais Itamaraty, siège du ministère des affaires étrangères, l’église Don Bosco et la cathédrale. Ces deux dernières, belles de l’extérieur, le sont mille fois plus encore vues de l’intérieur grâce aux extraordinaires vitraux qui inondent cet intérieur d’une lumière bleu océan.

De même, le palais Itamaraty, avec ses vastes salles de 2000 m2 sans pilier de soutien, agrandies encore par un étonnant jeu de miroirs noirs et par leurs ouvertures totales sur l’extérieur est  bien plus étonnant de l’intérieur que de l’extérieur.

Les jours passants, Rose et Raoul ont fini par trouver, ici une marchande de plats familliaux à savourer assis sur un banc, à l’ombre des arbres, là un café avec des chaises à l’extérieur et un chanteur qui accroît le plaisir de déguster une caipirinha. A Brasilia, par endroits, entre les blocs des immeubles ministériels, l’herbe folle a poussé, la vie aussi.

A bientôt

Au nord de Rio, la Suisse

Jeudi 25 février 2016

Rose le croyait plus simple. En fait, Raoul est un peu snob. Prétextant qu’à Rio de Janeiro la chaleur est étouffante il décide d’aller dans les montagnes du nord de la ville à l’instar de l’empereur du Brésil cent cinquante ans avant lui. Cap donc vers Petropolis où Pedro II construisit son palais pour vivre au frais.

Raoul se rue au dit palais. Mais il est un peu déconfit lorsqu’un gardien lui intime d’enfiler des patins pour ne pas abimer le parquet. Raoul passe donc une heure à astiquer les sols du palais de Pedro II. Quel manque de chic !

Le lendemain, il poursuit sa tournée impériale à Teresopolis (ville de l’impératrice Tereza). Là, sa lubie est d’aller voir le “Dedo de Deus” (le doigt de Dieu) ce qui lui attire les moqueries de Rose. Le doigt de Dieu est un étroit pic rocheux vertical, très allongé qui pointe vers le ciel à 1700 m d’altitude. Raoul découvre que la rando qui permet de le découvrir est formée d’une montée non-stop d’une heure, sur une pente super raide. Il souffle, transpire tant et si bien que, parvenu au sommet où se découvre le majestueux pic, Rose ne peux s’empêcher de lâcher à Raoul : “Tu le vois le doigt ? Ce n’est pas le doigt de Dieu, c’est le doigt que Dieu te fait !”.

Petropolis, Teresopolis puis Nova Friburgo autant de villégiatures des riches Cariocas qui se sont emparés des maisons des Suisses (surtout) et des Allemands chargés de coloniser la région au XIX ème siècle parce que le climat y est proche de celui de leurs pays d’origine.

Un siècle plus tard, les maisons et les châlets d’inspiration helvète abondent encore dans les magnifiques montagnes de cette contrée. Les vaches aussi.

Les Piche visiteront même “La crèmerie”, encore dénommée “La ferme de Genève” (en français dans le texte) qui produit crottin, pyramide, boursin, brique etc. Ils caressent les chèvres en train de manger de fins bambous, en suivant les explications du créateur de l’exploitation, un solide vieillard de plus de 85 ans. Il leur raconte notamment, comment sa grand-mère genevoise lui a transmis les recettes des fondues.

Quant aux yeux bleus, fréquents ici, dans un pays pourtant si métissé, il ne sont pas rares.  Influence germanique plutôt que suisse ?

A l’apéritif, les Piche se voient servir des saucisses grillées là où d’autres proposent des cacahuètes. Il n’y a pas que des bienfaits à la colonisation…

A bientôt

Rose “the girl from Ipanema”

Dimanche 21 février 2016

Raoul la croyait plus simple. En fait, Rose est un peu snob. Pour laver son linge, elle l’amène à Copacabana. Elle le met dans le tambour de la machine et part se faire rouler dans les déferlantes qui explosent tout au long de la plage. Cela juste en face du “Copacabana Palace”. A 14 h 30 elle quitte l’endroit et met le cap sur Ipanema où elle devient “the girl from Ipanema”. Ces détails de la vie quotidienne prendront un relief particulier le lendemain, à la lecture des journaux comme on le verra plus loin.

Depuis quelques jours, les Piche parcourent Rio dans tous les sens. Ils y voient le pire comme le meilleur.

Ici d’interminables banlieues aux sites industriels en ruines, là de superbes maisons coloniales, défigurées au rez de chaussée par des commerces bas de gamme, ailleurs des quartiers huppés et au-dessus d’eux, très au-dessus, des favelas construites sur des pentes si raides qu’elles semblent attendre le premier orage pour partir en glissade. Dans le centre historique, le quartier des bureaux grouille de monde dans des rues étroites à l’heure du déjeuner.

La beauté de Rio de Janeiro tient au site extraordinaire dans lequel la ville est construite. C’est du sommet du Corcovado que l’on s’en rend compte, la vue est à couper le souffle. Un spectcle unique. Paradoxalement, le second lieu qui montre toute la beauté du site de Rio ne se trouve pas à Rio mais à Niteroï de l’autre côté de la baie de Guanabara. A Niteroï, l’alignement est parfait : l’étonnant musée d’art contemporain conçu par Oscar Niemeyer posé sur une pointe rocheuse fait face au pain de sucre, au Corcovado, à la baie et à la ville de Rio.

Autre coup de coeur des Piche, le sublime “Museu d’amanha” (”Musée de demain”) qui vient d’ouvrir ses portes. Un extraordinaire bâtiment futuriste sensé représenter un Churinga aborigène (les plus motivés chercheront ce qu’est un Churinga !)

Bref, Rose et Raoul trouvent Rio de Janeiro variée au possible, passionante mais difficile.

La sécurité  pour les visiteurs étrangers ?

-  Un Allemand a été tué il y a un an.

- Un professeur péruvien, lundi dernier. Il était sorti promener son chien à 15h dans un quartier plutôt chic. “Le chien a été retouvé vivant”, précise le journal.

- Une touriste argentine, le mercredi suivant. A Copacabana, face au “Copacabana Palace”, exactement là où Rose se faisait rouler dans les vagues, 12 heures plus tôt.

A bientôt

PS : Rose tient à préciser que se baigner à Copacabana à 2 h de l’après-midi, ce n’est pas du tout pareil que d’y boire des bières à 2 heures du matin avec des copines. C’est toute la différence entre la prudence et l’imprudence. Elle reproche à Raoul de faire des rapprochements injustifiés pour dramatiser le récit. Raoul, estime, lui, qu’il est normal de “faire saigner la tomate”.  Chacun appréciera.

Le risque zéro n’existe pas. Le Zica si.

Mardi 16 février 2016

- Tu as vu que l’épidémie de Zica s’étend au Brésil. Exactement dans les régions où tu m’amènes.

- Humm

- Tu te souviens du tremblement de terre au Costa Rica ?

- Humm

- Et de notre hôtel qui s’est écroulé à Buenos Aires ?

- Humm

- Et de l’incendie à Mexico ?

- Humm

- Et de l’alerte Tsunami en Australie ?

- Humm

- Et de la révolution, place Tahir au Caire ?

- Humm

- Raoul parfois je me demande si tu ne me portes pas la poisse.

- Mais qu’est-ce que tu racontes. Tu as vu les informations ? Un orage de la force d’un ouragan s’est abattu sur Porto Alegre…

- Et alors ?

- Alors, cela s’est produit juste le jour où nous avons quitté cette ville ! Au contraire, je crois que je te porte chance.

-  Demain tu as prévu que nous prenions un bus pour Trindade. Il a tué 15 touristes, il y a 5 mois et deux de plus il y a deux mois. Tu es bien sûr de nous porter chance ?

- Mais oui, tout va bien se passer. Tout de même, tu as pris le répulsif à moustique ?

- Pour aider la chance ? Oui je l’ai pris.

A bientôt

PS : Aux dernières nouvelles, les Piche sont revenus intacts de Trindad, où ils ont découvert Cachadaçao une des plus belles plages du Brésil. Ca valait la peine de prendre le risque, non ?

La plage idylique existe

Dimanche 14 février 2016

La plage idylique existe.

Elle se trouve au creux d’une large baie, entourée de montagnes boisées, terminée à ses extrémités par de gros rochers lisses et ronds qui forment une piscine naturelle. L’eau fraîche d’une cascade finit son cours en serpentant au milieu du sable blanc où elle creuse son lit avant de rejoindre la mer.

La brise qui se lève à midi ajoute à la fraîcheur de l’ombre des arbres qui bordent le haut de la plage. Sous cet ombrage une modeste paillote propose trois tables et quelques chaises et sert des boissons locales. Une noix de coco décapitée avec une paille plantée à l’intérieur et l’on déguste le jus de fruit le plus naturel du monde.

L’eau douce de la cascade, captée par un petit tuyau, tombe en douche pour rincer les rares baigneurs.

La mer est animée de rouleaux complaisants qui s’achèvent sur l’estran en le zébrant des lignes blanches de leur déferlement.

Pas de construction, pas de route d’accès, seulement un chemin escarpé et glissant, mal commode. Le modeste prix à payer pour découvrir ce lieu.

Oui, les Piche ont passé une excellente journée. Merci.

A bientôt

Serra Verde Express, un Express pas trop pressé

Samedi 13 février 2016

Il y a très peu de trains au Brésil. Aussi, les Piche ne veulent pas rater l’occasion d’en emprunter un : le Serra Verde Express, 64 km à travers des montagnes couvertes d’une forêt tropicale, à franchir des viaducs, des tunnels, à longer des lacs, des cascades, etc.

Le mot “Express” est sans doute excessif.

A 8h pile, le train s’ébranle, la précision d’un TGV. Sur les 5 premiers mètres la même vitesse que le TGV. Au-delà, Le Serra Verde Express marque sa différence. Les Piche s’en rendent compte lorsqu’ils voient les cyclistes dépasser le train.

- C’est parce que nous sommes en ville, sentence Raoul. Après il va accélérer.

Pas du tout. Sorti de la ville, à la première côte, il ralentit ! Un coureur à pied le dépasserait. Mais de coureur à pied il n’y a point, car le passage de la voie au milieu de la forêt est si étroit que les branches fouettent les fenêtres des wagons. Raoul doit tenir fermement son appareil photo pour ne pas se le faire arracher par l’agresseur végétal.

Au détour d’un virage, les Piche découvrent un panorama grandiose. Un précipice sur leur gauche (normal, c’est dans l’air du temps…), au loin une vallée encadrée de hauts sommets couverts de forêts avec ici et là des cascades inatteignables.

Les heures passent, le spectacle est permanent.

Bien que sa vitesse ne le laisse guère supposer, le train descend de 900 m au niveau de la mer. Conséquence, la température, elle, monte, monte, monte. Après 4h de parcours à la fabuleuse moyenne de 16 km/h, le train arrive enfin à destination. Les Piche sont ravis mais ils sont cueillis par une chaleur épouvantable car à la perte d’altitude s’ajoute les caprices d’El Nino capable de faire monter la température à 38° voire 40°. Or ces jours-ci El Nino pique sa crise.

Après une rapide visite du bourg où ils se trouvent, Il ne reste plus aux Piche qu’à envisager le retour.

Ils bénissent cette femme qui la veille leur a conseillé de ne pas prendre le train pour revenir car “au retour le train va moins vite” ! Les Piche doutent que cela soit possible mais ils n’ont pas envie de le vérifier. Ils prennent donc un bus qui les ramène à leur point de départ dans le quart du temps pris par l’”Express”.

Plus performant, le bus, sans aucun doute mais bien moins spectaculaire.

A bientôt

Drôle de carnaval

Mercredi 10 février 2016

Les Piche sont dans un de ces fameux bus longs de Curitiba lorsque, à l’arrêt de l’hôpital Nostra Senhora de la Piedad, une femme et un homme montent à bord. Rose sursaute et alerte Raoul :

- Mon dieu (elle qui n’en a pas), quelle horreur ! Tu as vu cette femme ? Elle a le visage tout sanguinolant, comme écorché vif ! C’est fou, on ne quitte pas l’hôpital dans cet état, on y entre plutôt.

- Tu as remarqué, lui répond Raoul, son compagnon est dans le même état. En plus ils rigolent tous les deux !!

- Ce n’est pas possible c’est du faux. Mais bien sûr ! Nous sommes au second jour du carnaval. Incroyable tout de même comme déguisement.

Une demi-heure plus tard, Rose et Raoul arrivent à la grande rue piétonnière du centre ville et là, le choc. Le spectacle qu’ils ont sous les yeux serait inimaginable en France. La foule est constituée de personnes aux visages et aux corps éclatés, meurtris, couverts de sang. Plus gore, tu meurs… Certains portent des armes factices (mal imitées) et pour que nul ne se méprenne, un homme tout de noir vétu brandit la grande faux.

Les grimages et les déguisements sont si réalistes qu’ils en sont insupportables. Seuls quelques participants ont pris le parti d’une recherche esthéthique plutôt que choquante. Finalement, les Piche découvrent que le thème du jour est les “zombis”. Pour Rose et Raoul c’est plutôt “Bataclan”.

La veille, le défilé auquel ils avaient assisté était nettement plus pépère. Parmi les groupes, deux ont particulièrement retenus leur attention. Celui de la CGT locale qui chantait et dansait pour dénoncer le “massacre du 27 avril” date d’une manifestation durement réprimée par la police. La même police chargée de protéger le défilé. (précisons que le “massacre” du 27 avril n’avait fait ni mort ni blessé).

Et puis il y a eu un groupe très coloré, très gai, très vivant, le plus applaudi de tous, uniquement composé de papys et de mamys !

Cela a ragaillardi les Piche auxquels les jeunes cèdent systématiquement les places réservées aux vieux dans les fameux autobus longs de la ville.

A bientôt

Les Piche au régime brésilien : 15 fruits au petit déjeuner

Jeudi 4 février 2016

Pour le dépaysement, le Brésil ce n’est évidemment pas l’Afrique, ni l’Asie ni même l’Amérique centrale. Néanmoins, pour les Piche les motifs de surprise ne manquent pas.

Le premier qui les met en joie dès le matin, est le petit déjeuner brésilien. Le mot “petit” ne convenant pas du tout.

Il s’agit d’un hallucinant buffet qui offre une myriade de fruits frais, de jus de fruits, de yaourts aux fruits mais aussi des variétés de pains, de gâteaux et comme si cela ne suffisait pas du jambon, du fromage, de l’omelette, des saucisses, etc… sans oublier le café brésilien. A volonté. Et de la volonté, Rose et Raoul n’en manquent pas.

Puisqu’on est dans le registre alimentaire, restons-y.

Depuis Porto Alegre, les Piche sont fanas des restaurants “au kilo”. Autrement dit, des restaurants qui proposent de copieux buffets et où l’on paye en fonction du poids de ce que l’on a mis dans son assiette. Il est ainsi possible de déjeuner (plus rarement de dîner) très correctement pour 5  à 7 euros seulement.

Autre fonction essentielle du quotidien des Piche voyageurs, les déplacements.

Rose et Raoul aiment se déplacer avec les bus de ville et non pas en taxi. Pas toujours facile de s’y retrouver mais c’est un jeu agréable parce qu’il conduit fréquemment à se tourner vers les indigènes, unanimement serviables et coopératifs. A Curitiba le système de bus est de renommée mondiale. A juste titre. Le réseau a été créé dans les années 70 lorsqu’un nouveau maire à voulu inverser la tendance urbanistique de l’époque qui consistait à ouvrir les villes aux voitures comme à Los Angeles.

Faute de moyens pour doter la ville d’un métro ou de lignes de tramways, il a “inventé” un métro de surface à base de bus de très grande capacité conçus spécialement à sa demande par Volvo. Ces long bus, articulés par deux soufflets, emportent plus de 200 passagers. Ils s’arrêtent à des quais d’embarquement abrités, en forme de gros tubes qui sont au même niveau que le plancher du bus. L’embarquement et le débarquement sont donc aisés et rapides. Des élévateurs permettent aux personnes handicapées d’accéder au quai et ensuite d’entrer dans le bus sans nécessiter d’aide. Des voies sont réservées à ces bus qui passent toutes les 5 minutes. A Curitiba, deux millions de personnes prennent le bus chaque jour.

Ce n’est pas la seule particularité de cette ville étonnante pour ceux qui ont en tête l’image des mégalopoles brésiliennes agitées, stressantes, criminalisées et criblées de pauvreté. Curitiba est une ville plutôt paisible pour comporter 1,8 million d’habitants. Le niveau de vie y est élevé et les préoccupations sociales et de “bien vivre” y sont manifestes. Le fameux maire a multiplié les places, a planté des millions d’arbres, ouvert des rues piétonnes, organisé le ramassage des déchets. Bref, il a fait d’un univers de béton quelque chose de vivable. Il a constamment été réélu…

La culture y tient une place importante.

Les Piche se sont rués sur le joyau de la ville : le musée d’art contemporain Oscar Niemeyer. Un bâtiment de béton et de verre en forme d’oeil dans le style années 60 du maître. Superbe, avec de nombreuses expositions dont certaines éblouissantes quasi au sens propre. Raoul a pris des photos qu’il montrera peut-être un jour.

Dernier agrément de Curitiba que les Piche apprécient au plus au point, la ville se situe à 930 mètres d’altitude, la température y est donc moins chaude qu’ailleurs. De toute façon, de ce côté-là les choses se sont bien arrangées pour Rose et Raoul. Depuis qu’ils ont grillé sur une plage de Florianopolis le temps s’est mis au gris et à la pluie. Du coup, de rouge façon homard thermidor, ils évoluent gentiment vers un joli brun gâteau sec.

A bientôt

“Les Bidochons en vacances”

Dimanche 31 janvier 2016

En franchissant la frontière du Brésil, pour les Piche tout a changé.

D’abord, ils sont devenus Uruguayens. Dès qu’ils parlent, on leur renvoie un “ah! vous êtes Uruguayens !” qui les ravit. Cela leur laisse à penser que leur espagnol, qu’ils utilisent à la place du brésilien, n’est pas si mauvais. Le brésilien, cette langue si chantante, est précisément le deuxième grand changement. Face aux difficultés des Piche pour échanger dans cet idome, Rose a posé un diagnostic sans appel “lorsqu’ils (les Brésiliens) parlent, je comprends la musique mais pas les paroles”. En habillant leur  vocabulaire espagnol de “ou”, “oum”, “oïs” les Piche parviennent à se faire comprendre mais le plus souvent ils ne comprennent pas les réponses à leurs questions.

Le troisième changement, ce sont les vacances. C’est le plein été et les Brésiliens sont sur les plages. Notamment à Florianopolis. Sable blanc, fin, eau turquoise et chaude, parasols, marchands ambulants, familles… Les Piche qui se sont joints à eux ne sont plus les Piche en voyage mais “Les Bidochons en vacances” ! Repliés sous leur minuscule parasol, ils essayent de ne pas virer au rouge façon homard thermidor.

Raoul a l’impression de revenir 60 ans en arrière à Carnon plage, à une différence près qui, encore une fois, change tout : les culs ! Ici les culs sont nus ou quasiment, tant les strings des dames et des demoiselles ne cachent rien de leur anatomie.

Raoul s’adapte. Sans difficulté.

A bientôt

PS : Les Piche ont échoué ils sont rouge thermidor

Les Uruguayens, drôles de citoyens ?

Mardi 26 janvier 2016

A Montevideo, les Piche sont perplexes. Que penseraient les Français, si :

- Pour se conformer au principe de séparation des églises et de l’Etat, on changeait les appellations des jours fériés nationaux issus des fêtes catholiques et qu’on les remplace par ” le jour de la famille” pour Noël, ” La semaine du tourisme ” pour la semaine de Pâques, “la journée des plages” pour l’Ascencion.

- On accueillait des réfugiés syriens en leur attribuant une aide égale à 2 fois le revenu minimum.

- On vendait le canabis en pharmacie et on autorisait des clubs d’amateurs à en cultiver pour leur consommation personnelle. Histoire de couper l’herbe (hi, hi) sous le pied des trafiquants et de réduire la criminalité.

- Un juge refusait la diffusion des portraits de braqueurs pris par les caméras de surveillance d’une banque au nom de la présomption d’innocence. Et aussi pour ne pas violer le loi sur la protection des mineurs “au cas où les personnes filmées se révèleraient être des mineurs”.

- On choisissait comme capitale une ville avec des dizaines de km de plages depuis le centre jusqu’à la périphérie, longés par une superbe et interminable promenade piétonière.

Les Piche s’interrogent, mais pas les Uruguayens pour lesquels tout cela est réalité chez eux.

A Bientôt

PS Bien sûr ceci n’a aucun rapport avec cela mais les Piche notent que l’Uruguay a un des plus haut niveau d’instruction des pays d’Amérique latine.

Destins croisés

Dimanche 24 janvier 2016

- Hola ! jeune homme, viens voir là. Comment t’appelles-tu ?

- Ernesto, Monsieur.

- Tu habites par ici ?

- Oui, à quatre rues de là.

- Tu aimes la musique ?

- Oui, mais je préfère la lecture et le sport

- Très bien, très bien. Continue et tu réussiras.

- Et vous, Monsieur, comment vous appelez-vous ?

- Manuel, mon garçon.

- Vous aimez beaucoup la musique, j’imagine ?

- C’est ma vie.

- Merci, au revoir Monsieur.

- Adieu petit.

Le vieil homme et le jeune homme se quittent sur cet adieu, réciproquement impressionnés par la force qui émane de l’un et de l’autre.

Nous sommes en 1946 dans la bourgade d’Alta Gracia, perdue au centre de l’Argentine. La famille d’Ernesto s’est installée ici parce qu’il souffre d’asthme. Manuel y est venu pour la tranquillité du lieu. Il mourra dans son lit quelques mois après cette rencontre. Ernesto, 21 ans plus tard, d’une rafale de mitraillette.

Tout deux connaîtront une célébrité mondiale. Manuel de Falla pour ses compositions musicales, Ernesto Guevarra pour sa luttre contre l’oppression des peuples.

Cette rencontre n’a jamais eu lieu mais elle aurait pu. Elle a été imaginée par Raoul Piche après la visite à Alta Gracia des maisons musées de Manuel de Falla et d’Ernesto Guevarra et constaté qu’ils y vécurent durant quelques années au même moment à quelques rues de distance.

A bientôt

Rencontres du troisième type

Samedi 23 janvier 2016

Modeste par l’altitude, le mont Uritorco est pourtant de première importance pour l’humanité.

C’est là, à une centaine de kilomètres au nord de Cordoba que viennent régulièrement nous rendre visite des extraterrestres.

De nombreux témoignages en font foi.

Le premier remonte à 1935. Plus récemment, en 1986, Gabriel et Esperanza Gomez ont vu un vaisseau spatial si grand qu’il illuminait tout le paysage environnant. Le lendemain, le sol était brûlé sur 122 m de long et 64 m de large à l’endroit de l’”atterrissage”. Quelques années plus tard ce sont 300 personnes qui ont vu un vaisseau ayant laissé également une grande marque roussie. Rebelotte en 1991.

Chaque année, 100 000 personnes grimpent sur les flancs du mont Uritorco dans l’espoir d’une rencontre du troisième type.

Les Piche ne pouvaient pas manquer un tel rendez-vous. Ils se sont donc rendus au “centre d’information sur les OVNI” de Capilla del Monte, la commune au pied du mont. Tous les documents et les témoignages sur les événements y sont rassemblés.

Parmi les théories émises pour justifier ces phénomènes, Rose déclare à Raoul que sa préférence va nettement vers celle-ci :

Les extraterrestres visitent le mont Uritorco parce que le chevalier de Perceval y aurait apporté le saint Graal et la croix des Templiers à la fin du XII ème siècle pour les poser à côté du sceptre, réalisé 8000 ans auparavant par Vatan chef des Comechingones, la tribu indienne qui peuplait la région.

Inquiet, Raoul demande à Rose pourquoi cette explication retient sa faveur.

- J’aime bien cette explication car elle montre à quel point les gens qui croient à ces fadaises d’extraterrestres ont l’esprit dérangé. Pour écrire des trucs pareils il faut vraiment être “azimuté” (une expression chère à Rose pour qualifier quelqu’un qui a perdu le nord).

Raoul est rassuré mais de retour à Cordoba la rationalité des Piche est à nouveau mise à l’épreuve.

A la foire artisanale du quartier bobo de Güemes des vendeurs proposent des pyramides censées concentrer l’orgone, cette énergie chère à Wilhem Reich que la physique ignore. Elle transforme “l’énergie négative en énergie positive, purifie les émotions et protège des mauvaises radiations”.

Face au regard plus que dubitatif de Rose, Raoul propose une alternative (c’est le cas de le dire, on va comprendre…).

- Pour obtenir le même résultat, il suffit de mettre les doigts dans une prise de courant qui passe 50 fois par seconde du positif au négatif (60 aux Etats Unis !) pour vivre des émotions fortes qui irradient joyeusement tout le corps au point de le faire se trémousser. Et, avec un peu de chance on peut, en prime, voir des éléphants roses venus de la planète Edé F.

Le manque de spiritualité et de sens poétique des Piche est consternant.

A bientôt

L’herbe roussie sur le lieu de l’”atterrissage”

La zone d’”atterrissage” vue de plus loin

La presse s’est emparé du sujet

Quand on vous dit que c’est lumineux !!!

Les Piche ont effectivement rencontré un extraterrestre à côté de sa soucoupe volante en plein centre ville de Capilla del Monte

La mairie lui paye le stationnement pour service rendu à l’économie de la ville. Des centaines de milliers de visiteurs chaque année.

Il a accepté de poser pour notre caméra. Oui, il a une apparence humaine mais il ne faut pas s’y fier…

Un bien bel engin. Pas aussi grand que dans les descriptions des témoins ? Et alors ? Incroyants !

Le mont Uritorco est en arrière plan

Raoul Piche découvrant le Saint Graal.

Dow Chimical, Dupont, Summit agro, Stinger, Gaucho… Les Argentins ont la main verte

Lundi 18 janvier 2016

Que l’élevage argentin produise la viande la plus suave et goûteuse du monde, les Piche le savaient. Que les Argentins en consomment 8 fois plus par tête que les Etatsuniens, pourtant carnivores patentés, prêts à tout pour défendre leur beefstaek, les Piche s’en doutaient un peu. Au restaurant une tranche de faux filet de moins de 400 g ça n’existe pas.

Mais, en plus, les Piche découvrent que les Argentins ont la main verte.

Sur les 700 km qui séparent Buenos Aires de Cordoba, l’essentiel du paysage est formé de champs d’un vert absolu qui s’étendent à perte de vue. En revanche, Rose et Raoul n’ont pas bien compris les panneaux accrochés aux clôtures : Dow Chimical, Stinger, Dupont, Summit agro, Gaucho, Adama “simply groth together”, Systema full agro, Sinsem NS 5258, Pampero uso intensivo, Nidera (semillas, agrochimicas, fertilizantes), Polaverich inoculando liquido para maïz…  Sans doute des supporters des paysans.

C’est probablement avec leur aide que les Argentins sont devenus les deuxièmes producteurs mondiaux de soja et de maïs. Très forts !

De l’agriculture à la culture il n’y a qu’un pas que les Piche ont franchi le jour de leur arrivée à Cordoba en entrant dans le café “La real”. Dans cette salle rétro résonnaient les voix de Brel, Montand, Aznavour…

La culture comme l’agriculture s’exportent. Aussi naturelles l’une que l’autre ?